Vous êtes de plus en plus nombreux à vivre cette triste expérience : faire un bébé n'est plus aussi facile qu'autrefois. Selon notre enquête, 20 % des couples interrogés ont rencontré des problèmes pour avoir un enfant. C'est énorme ! Statistiquement, les chiffres sont à peine plus rassurants : 15 % des couples connaissent une difficulté pour concevoir un enfant, et ce pourcentage croît légèrement. Qu'est-ce qui ne tourne plus rond chez l'être humain ? " La pollution est responsable de l'augmentation de l'infertilité masculine, détaille le Dr Patrick Pauwels, qui dirige l'unité de procréation médicalement assistée au CHR de Namur. Chez la femme, c'est surtout le fait de retarder le moment de la grossesse - en raison des études et de la carrière professionnelle - qui pose problème. Avec l'âge, la fertilité diminue. "
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Vous êtes de plus en plus nombreux à vivre cette triste expérience : faire un bébé n'est plus aussi facile qu'autrefois. Selon notre enquête, 20 % des couples interrogés ont rencontré des problèmes pour avoir un enfant. C'est énorme ! Statistiquement, les chiffres sont à peine plus rassurants : 15 % des couples connaissent une difficulté pour concevoir un enfant, et ce pourcentage croît légèrement. Qu'est-ce qui ne tourne plus rond chez l'être humain ? " La pollution est responsable de l'augmentation de l'infertilité masculine, détaille le Dr Patrick Pauwels, qui dirige l'unité de procréation médicalement assistée au CHR de Namur. Chez la femme, c'est surtout le fait de retarder le moment de la grossesse - en raison des études et de la carrière professionnelle - qui pose problème. Avec l'âge, la fertilité diminue. "Pas question de se résigner ! Dorénavant, on consulte les services d'aide à la procréation comme on va chez le dentiste : 24 % des répondants ont eu recours à une insémination artificielle et 33 %, à une fécondation in vitro. Les couples n'hésitent plus à franchir les portes des hôpitaux et " exigent " un bébé à tout prix. " Ces attitudes ont un côté désagréable, car on ne nous regarde plus que comme des techniciens. On nous présente comme des faiseurs de miracles et les couples espèrent le miracle. Pour l'insémination intra-utérine, le taux de réussite moyen au sein de notre unité est de 15 à 20 %; pour la fécondation in vitro, il atteint 50 %. Il n'y a donc pas de miracle. " Pourtant, le désir d'enfant peut devenir une obsession, au point de multiplier les essais malgré les échecs répétés. Jusqu'où ? En tout cas, l'unité du CHR de Namur se refusera toujours à inséminer une femme ménopausée, mais elle ne reste pas insensible à de " nouvelles " demandes : depuis un an, les médecins répondent positivement aux couples lesbiens. Face au rêve d'enfant, les couples sont visiblement prêts à entamer des traitements lourds et coûteux. Mais ils se tournent difficilement vers l'adoption. Seuls 3 % des sondés ont adopté un enfant, suite à leur infertilité. " Grâce à une technologie sophistiquée, on pourrait croire que les parents se déconnectent des rythmes et des contraintes biologiques imposés par le corps, analyse Florence Caeymaex, chercheur FNRS en philosophie (ULg) et membre du Comité consultatif de bioéthique de Belgique. C'est inexact : avec la technologie, on renforce plutôt l'idée que, pour avoir un enfant, il faut passer par les voies biologiques. La technique n'a pas " artificialisé " la reproduction mais elle montre plutôt que le lien de parenté est profondément lié à la biologie. " Par ailleurs, grâce aux remboursements Inami, la procréation médicalement assistée est accessible à une large couche de la population alors que le processus d'adoption reste long et compliqué. " Symboliquement, cela renforce l'idée qu'il est simple d'avoir un enfant avec son propre corps plutôt qu'un enfant qui a été enfanté par quelqu'un d'autre, poursuit Florence Caeymaex. C'est pourquoi les mères porteuses suscitent aussi tant de résistances : le lien entre la mère et l'enfant se crée tout au long de la grossesse : de nos jours, grâce aux échographies notamment, on peut se rapprocher de l'enfant qui grandit dans le milieu intra-utérin. "Aujourd'hui, les césariennes et les accouchements provoqués sont des actes banals. Trop ? 24 % des répondantes ont accouché par césarienne et 44 % ont eu un accouchement provoqué. Mais les sondés insistent pour que ceux-ci ne soient pas réalisés dans un " souci " de " confort ". Une grande majorité se dit favorable à la césarienne (81 % des femmes et 77 % des hommes), si elle est motivée par des indications médicales, et une proportion non négligeable estime qu'elle doit être limitée autant que possible (16 % des femmes et 19 % des hommes). L'accouchement provoqué doit aussi se pratiquer, toujours selon nos sondés, pour des raisons médicales (70 % des femmes et 67 % des hommes) et de manière circonscrite (24 % des femmes et des hommes). Faut-il s'inquiéter de ces nouvelles pratiques ? Certes, le nombre de césariennes a explosé en trente ans mais, par comparaison à d'autres pays européens, la Belgique ne figure pas parmi les mauvais élèves. En 2006, on totalisait 18,9 % de césariennes en Flandre, 17,2 % à Bruxelles ( NDLR : les données ne sont pas disponibles pour la Wallonie) selon l'étude Europeristat. Aux Pays-Bas, le chiffre s'élevait à 15,1 %, à 37,8 % en Italie et à 33,1 % au Portugal. " On sort du domaine du rationnel dans la thématique de la césarienne ", commente le Dr Sophie Alexander (ULB) de l'unité de recherche en hépidémiologie périnatale. " Aucune explication ne tient la route lorsqu'on voit les différences entre les pays européens. Dans notre pays, les enquêtes par maternité révèlent de grandes disparités : on passe du simple au double selon les cliniques. " D'après Sophie Alexander, il ne s'agit pas d'un problème médical mais d'un problème sociologique : " Par rapport à notre mode de vie, beaucoup de femmes ne supportent pas de ne plus rien contrôler, et pour le gynécologue, c'est évidemment très confortable. Tout le monde a l'impression que c'est plus facile. Mais je pense qu'il y aura bientôt un retour de balancier. "Le nombre d'accouchements provoqués est également assez élevé en Belgique (27 % en Flandre, 25 % à Bruxelles, toujours selon l'étude Europeristat, et 28,7 % en Communauté française, selon l'ONE), en comparaison des 10 % suédois, des 12 % danois et des 17 % allemands. Là aussi, difficile de faire la part des choses entre les déclenchements de convenance et les raisons médicales : la culture du " programmé " gagne du terrain partoutàAutre débat récurrent : pour ou conte la péridurale ? Une majorité des sondés (58 % de francophones et 30 % de néerlandophones) se déclarent pour, et une bonne proportion envisage de la demander (34 % côté francophone et 56 % côté néerlandophone). A la question de savoir s'il faut d'abord tenter un accouchement sans analgésique, 56 % répondent oui, et 26 % des futures mères la demandent immédiatement. En tout cas, la péridurale est fortement utilisée, puisque, selon les chiffres de l'ONE, 70,83 % des femmes de la Communauté française ont accouché sous péridurale en 2007. Enfin, si l'accouchement à l'hôpital demeure la norme absolue (95 %), des répondants se disent ouverts à d'autres manières de donner naissance : accoucher à la maison est envisageable (28 % côté francophone), tout comme accoucher dans l'eau (50 %). " Par rapport à l'accouchement, on perçoit une grande confiance des gens vis-à-vis du corps médical, analyse Myriam Sommer, directrice à la direction Etudes et stratégies de l'ONE. Les femmes vont accoucher à l'hôpital et remettent peu en question les pratiques médicales actuelles. En même temps, elles se disent intéressées par l'accouchement à la maison et l'accouchement dans l'eau, ce qui pour moi signifie qu'elles veulent aussi pouvoir garder une certaine maîtrise de la naissance de leur enfant. " Il n'est guère étonnant, dans ces conditions, que les sages femmes reviennent en force : " La demande est de plus en plus grande pour un accompagnement psychologique et émotionnel de la naissance, martèle Myriam Sommer. Il faut un vrai dialogue entre les futurs parents et les infirmières accoucheuses. "Face aux recherches scientifiques et aux nouvelles techniques, pas de frilosité excessive ! Les sondés ne ferment pas la porte au progrès, à condition qu'il soit contrôlé. Ainsi, le choix du sexe de l'enfant est acceptable dans des circonstances exceptionnelles (30 %) et s'il est contrôlé (9 %). 6 % des répondants jugent même que le choix du sexe est acceptable sans restriction. Une certaine largesse de vue est aussi de mise en ce qui concerne la possibilité pour les hommes d'être enceints : 4 % sont d'accord, 4 % sont d'accord sous contrôle et 12 % dans des circonstances exceptionnelles ! Plus étonnant : 60 % des sondés ne s'opposent pas aux manipulations génétiques sous certaines conditions, et 35 % acceptent le clonage humain dans certains cas. " Ces résultats montrent combien la communauté scientifique doit continuer ses efforts d'information et de vulgarisation, surtout par rapport à des techniques qui évoluent très vite, analyse Florence Caeymaex, chercheur FNRS en philosophie (ULg) et membre du Comité consultatif de bioéthique de Belgique. Soyons clair, le clonage reproductif est refusé quasi unanimement par les pouvoirs publics et n'est pas à l'ordre du jour, car il n'est pas fiable et ne peut faire l'objet d'une pratique courante et sécurisée. Mais rappelons qu'il y aura toujours des variations entre deux clones. Ainsi, les vrais jumeaux sont des clones naturels, qui se ressemblent très fort, mais ils ne sont pas des individus identiques : la construction de l'existence conduit à la singularisation de la personnalité. " L'humain se reproduira-t-il de façon différente à l'avenir ? " La reproduction naturelle passe par un cloisonnement rigoureux des générations, de manière verticale, mais si nous voulons franchir une étape supplémentaire, cela passera par une autre manière de penser les générations. L'humanité n'est pas encore confrontée à cette question mais, quand elle le sera, la réponse devra se construire collectivement. " Au vu de notre enquête, la pilule contraceptive pour hommes est ardemment souhaitée : 49 % des sondés francophones y voient une bonne évolution et 19 % la trouve géniale, seuls 10 % s'y opposent catégoriquement. Symboliquement, il s'agit d'une évolution très importante. " S'il y a des raisons techniques et médicales au fait que la pilule pour homme arrive si longtemps après celle des femmes, on peut imaginer qu'il y a aussi des raisons culturelles ", estime Florence Caeymaex. La grossesse, l'accouchement, la petite enfance étaient autrefois une affaire des femmes : le contrôle des naissances a donc " naturellement " été considéré, à l'origine, comme relevant de la responsabilité des femmes. Aujourd'hui, les choses ont bien changé : beaucoup de pères suivent avec autant d'attention que les mères l'évolution de la vie intra-utérine du bébé, sont présents et coopératifs lors de l'accouchement et participent davantage aux soins de la petite enfance. " Faciliter la contraception masculine par la mise à disposition de nouveaux moyens (autres que le préservatif et la vasectomie) - et ainsi, l'encourager - s'inscrit dans un long et lent mouvement d'égalisation de la condition féminine et de la condition masculine, qui est loin d'être achevé et qui, je pense, est considéré par une majorité de gens comme une évolution positive. Il n'est donc pas très surprenant de voir la pilule masculine plébiscitée. La possibilité de recourir à une contraception masculine fiable aurait l'avantage de permettre le partage des responsabilités face aux grossesses non désirées. Si l'on pense, en particulier, aux adolescents et aux très jeunes adultes, la généralisation de l'accès à la pilule masculine à côté de l'accès à la pilule féminine pourrait utilement renforcer la prévention des grossesses non désirées. En outre, dans les cas de litige entre partenaires, si les femmes ont depuis longtemps la liberté d'éviter d'avoir un enfant, il n'en va pas de même pour les hommes. Il semble juste de rétablir dans ce cas également l'égalité. "Cette égalité n'est pas pour tout de suite : les recherches se poursuivent en laboratoire mais la pilule masculine n'est toujours pas disponible en pharmacie ! Par rapport aux pays scandinaves, la Belgique accuse un grand retard en matière de congés de maternité et de paternité. Les sondés sont sans appel : il est temps de généraliser le congé de paternité, et ce pour plusieurs raisons : hommes et femmes doivent avoir les mêmes droits (32 %) ; les hommes doivent apprendre à s'occuper de leur enfant (41 %) ; cette égalité éviterait les discriminations à l'embauche liées au congé de maternité (10 %). Trop souvent encore, c'est la débrouille qui règne en maître au sein des foyers pour concilier famille et travail. A la question de savoir quelles personnes et services permettent d'accorder vie familiale et boulot, les grands-parents arrivent largement en tête (72 % côté francophone), suivis par les crèches (54 %), la mutualité (27 %), les frères et s£urs (29 %), les amis (23 %) et l'employeur (17 %). Certaines mesures sont donc attendues avec impatience, comme l'allongement du congé de maternité (72 %), l'augmentation du nombre de places en crèches (67 %), l'élévation des allocations du congé parental (65 %), la hausse des allocations familiales (65 %), la création de crèches d'entreprise (53 %) et l'augmentation de la durée du congé parental (48 %). Pour les enfants plus particulièrement, les sondés souhaitent une assistance en cas de handicap ou de maladie infantile (57 % des francophones) et une couverture soins de santé " tout compris " pour les nourrissons (54 %). l Pour lire l'ensemble de l' enquête, consultez : www.euromut.be/avoirunenfanten2009 ou www.levif.beFrédérique Piron