Après des années de léthargie, la recherche sur le sida, qui n'avait plus connu d'avancées marquantes depuis l'arrivée des trithérapies, dans les années 1990, s'accélère. Pour la première fois depuis l'apparition de la maladie, un essai de vaccin, inoculé à 16 000 hommes en Thaïlande, a permis d'obtenir une protection partielle. Cette annonce, le 25 septembre, a résonné comme une première victoire, mais elle est encore timide : il s'agit en fait de la combinaison de deux vaccins mis au point voilà une dizaine d'années par Sanofi Pasteur et la firme américaine GSID, dont l'efficacité est limitée à 30 % et qui ne...

Après des années de léthargie, la recherche sur le sida, qui n'avait plus connu d'avancées marquantes depuis l'arrivée des trithérapies, dans les années 1990, s'accélère. Pour la première fois depuis l'apparition de la maladie, un essai de vaccin, inoculé à 16 000 hommes en Thaïlande, a permis d'obtenir une protection partielle. Cette annonce, le 25 septembre, a résonné comme une première victoire, mais elle est encore timide : il s'agit en fait de la combinaison de deux vaccins mis au point voilà une dizaine d'années par Sanofi Pasteur et la firme américaine GSID, dont l'efficacité est limitée à 30 % et qui ne concerne que la souche de VIH circulant en Thaïlande. La principale difficulté pour la mise au point du vaccin tient au fait que le VIH (HIV en anglais) ne cesse de modifier son enveloppe afin d'échapper au système immunitaire. De grands progrès ont cependant été réalisés récemment dans la connaissance des mécanismes d'infection. Des chercheurs de l'université d'Heidelberg, en Allemagne, ont publié en juillet une carte en trois dimensions des protéines qui constituent les " briques " chimiques formant l'enveloppe du HIV. Cette " photographie " va permettre d'identifier les points faibles du virus. Autre avancée : une équipe de l'université de Caroline du Nord a publié en août, dans la revue Nature, une analyse de la structure de l'ARN du virus. Ce minuscule programme génétique permet au VIH de se répliquer à l'intérieur des cellules qu'il infecte, en " piratant " leur ADN. La course au vaccin est également repartie sur de nouvelles bases grâce aux recherches sur les " porteurs asymptomatiques ", comme celle menée par le Pr Jean-Claude Chermann. En effet, près de 10 % des personnes contaminées par le virus ne développent pas la maladie : elles produisent naturellement des anticorps capables de contenir l'agressivité du VIH, sans toutefois l'éliminer complètement de leur organisme. En 2008, des médecins allemands ont ainsi guéri un malade du sida grâce à une greffe de moelle prélevée sur un séropositif doté d'une immunité naturelle. Les chercheurs de la Rockefeller University, de leur côté, ont passé au crible les sérums provenant de centaines de porteurs sains du monde entier, identifiant ainsi des dizaines d'anticorps réagissant au VIH. Ces travaux, comme ceux d'autres équipes, ont permis d'identifier une série de sites sensibles à la surface du virus sur lesquels viennent s'accrocher ces anticorps. On dispose donc dé-sormais d'un certain nombre de " serrures " : il s'agit ensuite de faire fabriquer au système immunitaire les clefs correspondantes. En combinant les propriétés de plusieurs anticorps, des chercheurs de l'université du Texas ont conçu un prototype de vaccin " universel ", qui bloque l'infection de nombreuses variantes du VIH. Une autre piste prometteuse, suivie à l'Institut Pasteur, consiste à utiliser un virus de la rougeole atténué qui, tel un véhicule, transporte dans les cellules des fragments d'ADN, permettant à ces mêmes cellules de fabriquer des anticorps. Les essais cliniques n'ont pas encore été programmés. Gilbert Charles