C'était la première surprise, qui étonne encore à l'UCL : en janvier, son patron Bernard Coulie a jeté l'éponge. Ça, personne ne l'avait pressenti. Pourquoi le recteur-philologue n'a-t-il pas brigué un second mandat ? En cause, une lassitude face à une forte contestation interne et une grande résistance au changement, ressentie par Bernard Coulie. " Il n'était pas sain de repartir de la même manière sans réfléchir posément aux raisons des difficultés, et à la suite des réformes à apporter à l'UCL. Il y a eu, aussi, des comportements de certaines personnes... ", confie-t-il.
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C'était la première surprise, qui étonne encore à l'UCL : en janvier, son patron Bernard Coulie a jeté l'éponge. Ça, personne ne l'avait pressenti. Pourquoi le recteur-philologue n'a-t-il pas brigué un second mandat ? En cause, une lassitude face à une forte contestation interne et une grande résistance au changement, ressentie par Bernard Coulie. " Il n'était pas sain de repartir de la même manière sans réfléchir posément aux raisons des difficultés, et à la suite des réformes à apporter à l'UCL. Il y a eu, aussi, des comportements de certaines personnes... ", confie-t-il. Des membres du corps académique - le recteur est élu en réalité par les professeurs, puisque leurs votes pèsent 61 % des voix - admettent que Coulie a manqué " d'un sens du dialogue formel ". Mais ils lui reconnaissent " un désir d'action " et " une vraie volonté réformatrice ". Les syndicalistes et les étudiants, eux, épinglent surtout un climat délétère, créé par la " méthode Coulie ". En clair : une concentration du pouvoir et une gestion de l'université, comme une entreprise, dans une logique compétitive. Conséquence de l'abandon de Coulie : une campagne pour sa succession menée en un mois (en février) opposant l'agronome Bruno Delvaux et le mathématicien Vincent Blondel, " deux challengers qui n'en sont pas ", selon leurs détracteurs. Un premier vote, le vendredi 6 mars, n'a pas permis de départager les deux candidats. Ni Bruno Delvaux (49,99 %), pointé comme favori, ni Vincent Blondel (42,96 %) n'ont en effet obtenu 50 % des voix plus 1, comme les statuts l'exigent. Il est vrai que l'élection se déroule dans un contexte qui voit l'Alma Mater affronter une importante remise en question. Le c£ur de l'enjeu du scrutin, qui survient alors que se négocient deux grands chantiers indissociables. 1. La réforme de l'UCL (" plan de développement ", dans le jargon louvaniste). Pour se maintenir au-dessus du panier belge et européen, et surtout intégrer le groupe des happy few (les universités les plus performantes), l'UCL doit changer. L'université évolue dans un marché globalisé et concurrentiel ; les rankings internationaux en sont la partie visible ( NDLR : le Times classe l'UCL dans le top 100 des meilleures universités du monde). Le " plan de développement " prévoit donc, et surtout, une gestion différenciée des entités Enseignement et Recherche. Objectifs : renforcer le pôle recherche, en créant des instituts, pour lui donner plus de visibilité, attirer des crédits, et accéder aux grands réseaux de recherche européens et internationaux. 2. La fusion des quatre universités catholiques (UCL, Mons, Namur, Saint-Louis) pour former l'Académie Louvain, s'inscrivant dans la foulée du décret Bologne en 2004. Un véritable pôle universitaire : c'est la nouvelle UCL; plus qu'une simple fusion, il devrait gommer la concurrence économique entre les quatre universités. Car, face au sous-financement de l'enseignement supérieur en Communauté française et au manque de " visée politique ", pour édifier un réel pôle universitaire, il est nécessaire de rassembler les moyens. Tout cela ne passe pas sans anicroche. " Le futur recteur se frottera aux mêmes difficultés que Bernard Coulie : les défis sont les mêmes ", commente un professeur. En tout cas, les deux candidats plaident, comme l'actuel recteur, pour la fusion. Même si Bruno Delvaux prend ses distances avec le plan de développement. Prochaine étape : un second tour de scrutin les 18 et 19 mars. Si aucun des challengers n'emportait la majorité absolue ? En pratique, le vice-recteur Armand Spineux, qui n'est pas candidat, pilotera l'institution. Surtout, la plus grande université de la Communauté française plongerait dans une crise majeure. Or ce n'est pas le moment : dans le cadre de la fusion, c'est l'UCL qui conservera sans doute le leadership, et le poids de son recteur ira grandissant. Soraya Ghali