Voilà une soirée qui, chaque année, crée des embouteillages. Mais, cette fois, la circulation fut des plus fluides. Le 10 janvier dernier, veille de l'ouverture du Salon automobile de Detroit, les VIP, smoking noir et chemise blanche, ont été moitié moins nombreux à participer au traditionnel black-tie event. Un signe précurseur : jamais Salon ne fut si morose.
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Voilà une soirée qui, chaque année, crée des embouteillages. Mais, cette fois, la circulation fut des plus fluides. Le 10 janvier dernier, veille de l'ouverture du Salon automobile de Detroit, les VIP, smoking noir et chemise blanche, ont été moitié moins nombreux à participer au traditionnel black-tie event. Un signe précurseur : jamais Salon ne fut si morose. Partout dans le monde, la bagnole donne des sueurs froides. Elle traverse une crise historique et d'une extrême brutalité. Et l'heure est à la mobilisation générale. Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan, tire la sonnette d'alarme. Il sait qu'il ne parviendra pas à atteindre ses objectifs (voir l'encadré). Il ne se doute pas encore de la catastrophe qui va s'abattre après le 15 septembre et la chute de Lehman Brothers. L'accélération de la crise financière et le marasme bancaire vont inciter les particuliers à reporter leurs achats de voitures et vont surtout durcir les conditions d'emprunt. Un vrai cauchemar. Primo : 2 véhicules sur 3 sont vendus à crédit. Secundo : les constructeurs sont de gros dévoreurs de capitaux. Le choc, brutal, est d'autant plus grave que la crise est aussi globale. Aucun pays, aucun acteur n'est épargné. Aux Etats-Unis, les Big Three - General Motors, Ford et Chrysler (en passe d'être contrôlé par Fiat) - luttent pour leur survie. Frappées à la fois par la dégringolade du dollar par rapport au yen et par celle du marché américain, où elles réalisent jusqu'aux trois quarts de leurs bénéfices, les firmes japonaises sont touchées de plein fouet. Même sinistrose en Europe et dans les pays émergents. " Nous subissons l'une des crises les plus sévères et les plus profondes du secteur ", analyse, à Detroit, Xavier Mosquet, du Boston Consulting Group. Le bilan est, d'ores et déjà, sans précédent. Aujourd'hui, la production automobile mondiale ne représente que 75 % de ce qu'elle était voilà un an ! Les surcapacités industrielles sont de plus en plus criantes. " Dans les pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Espagne, où les ménages sont le plus touchés par les crises immobilière et boursière, les ventes se sont effondrées ", note Yann Lacroix, responsable des études chez Euler Hermes Sfac. De ce point de vue, 2008 fait déjà figure, si l'on ose dire, de cru exceptionnel. Et 2009 s'annonce tout aussi redoutable : chez les constructeurs, on reconnaît naviguer à vue. Pour eux et pour leur kyrielle de sous-traitants - l'" armée des ombres ", dixit la ministre française de l'Economie - les conséquences sont doubles. Et d'abord sociales. Pour diminuer les stocks - les parkings des constructeurs sont pleins - et limiter les coûts, les chaînes ont été arrêtées pendant plusieurs semaines. Les firmes taillent aussi dans leurs effectifs. En Europe, ce sont de 150 000 à 200 000 emplois qui pourraient être supprimés cette année. Conséquences financières, ensuite. Outre le plongeon de leur cours en Bourse, les fabricants voient leur trésorerie s'assécher et leurs bénéfices fondre. Cette année, plusieurs d'entre eux devraient faire une croix sur le versement d'un dividende. Tous ont resserré les boulons. Renault, par exemple, a abandonné certains projets, tel le remplacement de l'Espace, sans pour autant renoncer à l'essentiel. La firme au losange poursuit toujours le développement du véhicule électrique. Mais, devant l'ampleur de la crise, tous - aussi - ont fait appel aux Etats. " 2009 sera l'année de tous les dangers, prévient Ghosn. Personne ne sortira indemne de cette crise. "B. A.