C'est le braqua-ge de la rentrée au Parti socialiste. Martine Aubry a dévalisé le fonds de commerce de sa nouvelle camarade Ségolène Royal. A l'université d'été de La Rochelle, elle a dit oui aux consul-tations directes des militants. Oui, aussi, à la remise à plat du fonctionnement du PS, à la fin du cumul des mandats, tout en lançant un appel aux " démocrates " du MoDem. Les formules utilisées par la première secrétaire relèvent aussi du vol à l'étalage, dénoncent les fidèles de l'ex-candidate à l'Elysée. On la prendrait presque pour une militante de Désirs d'avenir : Aubry vante désormais la "démocratie jusqu'au bout", chère à Royal. Lors d'un dîner chez le maire de La Rochelle, le 21 août, autour de quelques huîtres et de tartes aux quetsches, la Poitevine s'est d'ailleurs amusée, avec quelques amis, à énumérer les emprunts linguistiques. " Nous nous faisions allumer sur nos idées en novembre, commente Kamel Chibli, un proche de la présidente de Poitou-Charentes. Maintenant, Aubry est aux manettes avec notre vocabulaire et nos propositions. "
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C'est le braqua-ge de la rentrée au Parti socialiste. Martine Aubry a dévalisé le fonds de commerce de sa nouvelle camarade Ségolène Royal. A l'université d'été de La Rochelle, elle a dit oui aux consul-tations directes des militants. Oui, aussi, à la remise à plat du fonctionnement du PS, à la fin du cumul des mandats, tout en lançant un appel aux " démocrates " du MoDem. Les formules utilisées par la première secrétaire relèvent aussi du vol à l'étalage, dénoncent les fidèles de l'ex-candidate à l'Elysée. On la prendrait presque pour une militante de Désirs d'avenir : Aubry vante désormais la "démocratie jusqu'au bout", chère à Royal. Lors d'un dîner chez le maire de La Rochelle, le 21 août, autour de quelques huîtres et de tartes aux quetsches, la Poitevine s'est d'ailleurs amusée, avec quelques amis, à énumérer les emprunts linguistiques. " Nous nous faisions allumer sur nos idées en novembre, commente Kamel Chibli, un proche de la présidente de Poitou-Charentes. Maintenant, Aubry est aux manettes avec notre vocabulaire et nos propositions. "Les rivales sont-elles devenues jumelles ? Chose impensable il y a quelques mois, leurs expressions convergent au mot près. Royal et Aubry ont ainsi, l'une et l'autre, fait référence aux " villages Potemkine " pour dénoncer le supermarché peuplé de fausses clientes, où le ministre de l'Education, Luc Chatel, avait convié la presse en août. Le fond leur a également permis d'esquisser un rapprochement. Après le fiasco des européennes, où la fraîcheur de la liste Europe Ecologie avait ringardisé le PS, Aubry a choisi de ne plus laisser à sa rivale le thème de la rénovation. " L'échec nous a donné les coudées franches, explique son directeur de cabinet, Jean-Marc Germain. C'est dans ces moments qu'on peut créer un électrochoc pour dépasser les guerres de courants. "C'est aussi dans ces moments-là qu'un leader, pour survivre, doit s'affirmer. La première secrétaire, qui prônait le " collectif ", court-circuite désormais, à l'image de Royal l'incontrôlable, toutes les instances. Même ses alliés, comme Bertrand Delanoë ou le porte-parole Benoît Hamon, sont mis devant le fait accompli. Efficace : le référendum annoncé pour le 1er octobre a surpris et ravi les militants. A l'inverse, il a contraint les quadras à la discrétion. " Aubry joue la base contre l'appareil et prend Royal à son propre jeu, c'est habile ", note le député de l'Ardèche Olivier Dussopt. Sauf que la Poitevine a aujourd'hui monté une nouvelle affaire. Son créneau s'appelle la " croissance verte ". L'ex-ministre de l'Environnement de Pierre Bérégovoy inaugure, au nom de la " politique par l'exemple ", " le premier lycée euro-péen de l'après-pétrole ", un établissement aux toitures végétalisées et à l'architecture bioclimatique. Elle expose des motos à trois roues et des voitures électriques de l'entreprise Heuliez sur le parvis de l'université d'été de La Rochelle. Dans son allocution, elle s'enorgueillit de ses efforts en matière d'énergies renouvelables : " Nous avons reçu 400 millions d'euros pour installer 600 000 mètres carrés de panneaux voltaïques. " Présentation un tantinet biaisée : le montant est celui de l'enveloppe totale que les banques sont disposées à prêter aux Poitevins s'équipant en panneaux solaires. De son côté, la région garantit ces prêts. " La politique, répète-t-elle, c'est d'avancer dans son couloir " - une image empruntéeà au Nicolas Sarkozy d'avant 2007. Actuellement, elle sprinte pour finir en tête aux régionales, en érigeant sa collectivité en vitrine écolo. " Elle cherche à réaliser en mars l'un des scores les plus élevés des socialistes ", explique l'un de ses anciens lieutenants. L'important est d'apparaître comme la championne de la gauche avant les primaires. Au passage, crise oblige, elle s'efforce de gommer son image paillettes. Dominique Besnehard, qui l'avait accompagnée depuis la présidentielle, a été brutalement mis sur la touche pour avoir critiqué Arnaud Montebourg. Aubry et Royal n'affichent pas seulement leur réconciliation en posant ensemble devant les photographes. Les deux femmes se sont rencontrées discrètement à l'hôtel Saint-Jean-d'Acre pendant l'université d'été. Ce qui ne les empêche pas de s'observer. La Lilloise négocie à son tour le virage écologique. Pas question de se laisser distancer. Oubliées, ses sorties malheureuses sur les écolos - " On ne va pas manger du bio et des radis " - et la dénonciation du " néo-naturalisme ", ce refus du progrès au nom de l'environnement. Elle mise sur " l'exigence écologique " comme socle de la refondation idéologique et tacle le laxisme du gouvernement, qui " enlève " les algues vertes " sans s'attaquer aux pollutions agricoles et donc à un modèle de développement intensif qui est en train de faire faillite ". La course-poursuite entre les deux femmes fragilise forcément le pacte de non-agression qui les lie depuis les européennes. Déjà, des dissensions éclatent sur la taxe carbone. Royal dénonce cet " impôt sur l'essence " et se vante d'avoir fait bouger Aubry sur le sujet. La direction du PS jure avoir toujours été contre une taxe carbone socialement injuste et glisse, au passage, que Royal a approuvé le pacte écologique de Nicolas Hulot, qui préconise ce prélèvement. Après les régionales, le pacte risque carrément de voler en éclats. Car, pendant que Royal va sillonner Poitou-Charentes de long en large, Aubry sera au contact des militants dans tout l'Hexagone. Dans quelques jours, elle démarre - enfin ! - un " tour de France ". Pour sa première étape, le 22 septembre, elle voudrait commencer par Angoulême, en terre royaliste. Contre l'avis de certains responsables du PS. C'est ce qu'on appelle le tour de chauffe. Marcelo Wesfreiddéjà, des dissensions éclatent sur la taxe carbone