Pendant quinze ans, la Turquie a été sa base arrière au Moyen-Orient. Emeric Lhuisset, 35 ans, a longtemps pensé que le pays pouvait être un modèle de démocratie pour ses voisins arabes en pleine révolution. " Je n'ai pas su ou pas voulu voir ce qui était en train de s'y dérouler ", reconnaît l'artiste. Après la tentative de coup d'Etat de 2016 et la vague d'arrestations qui a suivi, il ne peut plus fermer les yeux. Les atteintes à la liberté d'expression, l'oppression de la minorité kurde... Mais comment montrer ce qu'il est interdit de photographier ? En détournant le regard, justement. Aux 50es Rencontres de la photographie d'Arles, à l'entrée de l'exposition Quand les nuages parleront, le visiteur est invité à prendre un journal. Dans cette publication, baptisée " Bulutlar " (" nuages ", en turc), le lauréat 2018 de la résidence BMW aux Gobelins, l'école de l'image, à Paris, a rassemblé une vingtaine de clichés de ciels bleus traversés par des cumulus. Ils sont les seuls témoins des destructions qui ont eu lieu dans des villes kurdes lors des affrontements entre le Parti des travailleurs du Kurdistan et la Turquie en 2015 et 2016.
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