Louise Bourgeois
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Louise BourgeoisDepuis plus de quarante ans, Louise Bourgeois (Paris, 1911) visite les douleurs de son enfance et celles de sa chair par l'élaboration de chambres mystérieuses autant qu'inquiétantes. L'une des dernières, Cell XIX, est actuellement présentée, en compagnie de nombreux dessins des années 1997-1998, dans l'espace clinique et lumineux de la galerie Hufkens. C'est une armoire vitrée, aux encadrements gris. Ses quatre faces de verre, çà et là dépoli, sont grillagées. A l'intérieur, suspendues comme autant de jambons dans le saloir, trois têtes confectionnées dans le tissu, blanc ou noir, provenant des effets personnels de l'artiste. Cousues, couturées, reprisées, construites autant que blessées, les figures déclament un psychodrame universel: celui des relations impossibles à l'autre, à soi, aux autres. Les fils-cicatrices entourent la douceur des joues ou des lèvres, du front, du cou étiré. Des excroissances dérangent, comme un mot malvenu. Le silence demeure, opaque, prisonnier. Non loin, dans une autre salle, Roni Horn (New York, 1955) a déposé une sphère en cuivre, pesant de tout son poids sur l'horizontale brillante du sol. L'objet, comme naguère ceux imaginés par Giacometti, intrigue, d'autant plus qu'à la perfection géométrique attendue s'est insidieusement substituée une progressive déformation. Plus on la regarde, plus on ressent sa maladresse comme la preuve de son existence inaliénable. Elle est, pourrait dire l'artiste américaine, comme chacun des hommes, jamais conforme. Si la frustration est la condition première de l'interrogation que pose la relation à l'oeuvre d' Allan Mc Collum (Los Angeles, 1944), c'est au contraire un immense point d'exclamation en poils de brosse imaginée par Richard Artschwager (Washington, 1924)) qui fera sourire d'aise dans l'ultime salle. Bruxelles, galerie Hufkens, 6-8, rue Saint-Georges. Du mardi au samedi, de 12 à 18 heures. Tél.: 02-639 67 30.Carlo MistiaenNon loin de là, à l'ombre de l'abbaye de la Cambre, Carlo Mistiaen (Gand, 1965) a confectionné un petit écolier dont la chemise, le pantalon, les mains et les pieds sont constitués de multiples gommes rectangulaires. Assis derrière une table en formica gris, le visage dissimulé sous un immense sac d'emballage en papier brun, il dessine des cercles, de plus en plus nerveusement. Depuis de longues années, l'artiste flamand, comme Wim Delvoye mais sur un ton plus discret (et moins théâtral), prend appui sur le quotidien et le régional pour imaginer des oeuvres où l'ironie côtoie la poésie et la provocation. C'est avec de la dentelle en plastique qu'il dresse les figures de squelettes soutenues par une suite de vertèbres réalisées par l'empilement de tasses de cantines. C'est avec un faux tapis d'Orient détouré qu'il capture une lune blanchâtre qui n'est autre que la célébrissime lampe en papier japonais, et c'est avec de la mayonnaise qu'il dessine, en l'honneur de la cuisine des peintres flamands, de très sensibles pétales d'iris.Bruxelles, galerie Van Damme, 37, allée du Cloître. Du mercredi au samedi, de 12 à 18 heures. Tél.: 02-644 30 63.Philippe RametteL'art est aussi un jeu, l'occasion de prendre le temps de s'étourdir, de s'amuser de petits riens mis en scène avec grand soin et soutenus par une réflexion sur la liberté dont dispose l'artiste (ici, Philippe Ramette) de renverser toutes les vapeurs du bon sens. Ainsi, à quoi sert un casque, sinon à se protéger? Et comment mieux se protéger qu'en renvoyant les images agressives? D'où le casque-miroir... Ailleurs, le jeune artiste français invite le visiteur à s'asseoir sur un siège qui, à l'instant même, provoque la naissance d'un courant d'air... dans le dos. Le jeu est, certes, toujours une affaire sérieuse. Encore faut-il que le jeu en vaille la chandelle...Guy Gilsoul