(1) Het geld van de partijen, par Bart Maddens et Karolien Weekers, Ed. Acco, 160 p.
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(1) Het geld van de partijen, par Bart Maddens et Karolien Weekers, Ed. Acco, 160 p. C'est un " club des douze " au portefeuille bien garni. Pas de fins de mois difficiles en vue. Un privilège, par les temps qui courent. Les temps sont durs, prière de se serrer la ceinture. Mais les partis politiques qui jouent dans la cour des grands passent entre les gouttes. Sans faire de vagues. Ni connaître la crise. PS , MR, CDH, Ecolo, FDF, CD&V, SP.A, Open VLD, N-VA, Vlaams Belang, Groen!, Lijst Dedecker (LDD). Ces douze partis sont assis sur un trésor de guerre de plus de 88 millions d'euros. 88 334 747 euros très exactement, sur foi des compteurs arrêtés au 31 décembre 2011. Ce joli matelas financier, logé en placements de trésorerie et en liquidités, s'était alors alourdi de quelque 18 millions d'euros en un an. " Les partis baignent dans l'argent ", prétend Bart Maddens, politologue à la KUL, qui a disséqué les ressorts et l'évolution de ce magot (1). En tout cas, ils ont de quoi voir venir. Et de quoi aborder 2014 et son triple cap électoral (fédéral, régional, européen) avec une relative sérénité sur le plan financier. Mieux vaut se préparer à amortir le choc. Les partis y veillent : ils ont profité du répit offert en 2011, année sans élections, pour se remplumer. Et faire passer à 24,5 millions d'euros leurs provisions électorales. Mettre de côté n'est pas un luxe, tant la cadence des scrutins est devenue infernale. Neuf élections en quatorze ans : les finances des partis souffrent. Elles dégustent méchamment, pour peu qu'un scrutin anticipé s'en mêle. Il a encore fallu casser les tirelires au printemps 2010. Sortir en catastrophe 28 085 775,79 euros pour assurer la promo électorale. Et pourtant, ces mauvaises passes à répétition ne parviennent pas à entamer la santé financière des partis. Pas plus que l'hémorragie persistante de militants ne les appauvrit gravement. 157 000 adhérents en moins en vingt ans, soit une saignée de 29 % : N-VA exceptée, les partis se vident de leur sang. Pas de leur argent. La tendance lourde est même à l'enrichissement, observe Bart Maddens : " L'actif total, tous partis confondus, a notablement augmenté depuis le début des années 1990. Les six partis traditionnels ont vu leurs moyens augmenter de 18 millions d'euros en 1992 à au moins 76 millions en 2007. " Même la crise économico-financière n'a pas franchement brisé l'élan global : en 2008, an I du grand plongeon, leur bas de laine global valait 73 406 072,9 euros. Il s'est enflé de 15 millions en quatre ans. 20 % de hausse. Un placement sûr. On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Les partis se sont octroyé une coquette assurance-vie, qui les met à l'abri du besoin. Ils se shootent désormais à l'argent public : ils en sont devenus dépendants pour au moins 80 % de leur financement. En 2011, les 12 formations représentées au Parlement fédéral ont eu droit à une injection de 65 008 934 euros. Cotisations de membres, contributions des mandataires, dons et autres rentrées financières, ne pèsent plus guère dans la balance. 65 millions d'euros : c'est le prix à payer pour ne plus soumettre les partis politiques à la tentation et les délivrer du mal de la corruption. Il a bien fallu mettre le holà, il y a vingt ans d'ici. Sortir des eaux troubles l'argent des partis, l'ôter des mains d'hommes de l'ombre chargés de jouer aux collecteurs de fonds et aux porteurs de valises noires. Centre Paul Hymans, Inusop, Smeerpijp, obus de Jersey, Agusta-Dassault. La Belgique a eu sa dose d'affaires politico-financières au cours des années 1980-1990. Chaque parti sentait un besoin impérieux de se débarrasser de ses casseroles. La face du financement des partis s'en est trouvée toute bouleversée. Fini, les petits cadeaux d'entreprises qui entretenaient de louches amitiés. Les partis, pour peu que les électeurs les hissent au Parlement, vivront avant tout aux crochets du contribuable-électeur. Ils seront alimentés par de l'argent sain, sorti en toute transparence des caisses du Palais de la nation. Plus belle la vie. Gratifiés depuis 1989 d'un win for life, les partis n'ont rien perdu au change. Le financement public des partis est une affaire qui roule. Même si rien n'est jamais acquis. Un gros revers électoral peut faire office de variable d'ajustement : les Verts n'ont pas été que laminés aux élections de 2003, ils ont aussi été financièrement lessivés. Mais après une année électorale 2010 qui a pesé sur les bilans, les partis ont renoué avec les bonis en 2011 : 9 043 545,65 euros de bénéfices dégagés. Seul le FDF, qui revole de ses propres ailes, a clôturé en perte de 25 710,50 euros. La division 1 de la politique ne connaît pas d'entreprises chroniquement déficitaires. Encore moins au bord de la faillite. Ce confort financier n'est pas le fruit du hasard. L'imagination est au pouvoir : au fil du temps et d'une Belgique qui se fédéralise, les partis ont élargi et dopé leur base de financement public qui est lié au nombre de voix obtenues. " Ils sont créatifs en matière de self-service financier ", note Bart Maddens. Et pas trop chiches envers eux-mêmes. Ils ont multiplié les prises d'alimentation : après la Chambre et le Sénat, les parlements régionaux et communautaires ont été mis à contribution. Sans parler de subsides à tous les niveaux de pouvoir, y compris provinciaux. Ticket gagnant. Il garantit aux partis des rentrées plus que suffisantes pour faire face aux coûts de leurs campagnes électorales. Mauvaise excuse, estime au passage Bart Maddens. " Les partis prétendent qu'ils ont besoin d'une dotation élevée parce que leurs campagnes sont toujours plus chères. C'est faux. Une élection ne leur coûte en moyenne que 2 à 3 millions d'euros. La plupart n'y consacrent que 10 % de leurs dépenses. " Mais ils ont d'autres besoins à financer : en personnel, en service d'études, en immobilier, en frais de fonctionnement... Il en faut du carburant, pour faire tourner ces machines de guerre. Ce vieux briscard d'Herman De Croo (Open VLD), ancien président de parti, le confessait : " La plupart des partis logent dans de grands bâtiments, emploient beaucoup de personnel. Un président de parti a même le salaire et l'état-major d'un ministre. Les partis sont devenus des parastataux politiques, qui se paient via les pouvoirs publics, fédéral ou régionaux. " Aucune source n'est négligée pour maintenir ce niveau de vie. Pas même les dotations explicitement attribuées aux groupes parlementaires. Elles sont parfaitement libres d'être transvasées dans les caisses des partis. Qui ne s'en privent pas. Collaborateurs, bureaux, ordinateurs, photocopieuses : toute la logistique parlementaire est à la disposition des partis. L'osmose est parfaite, les mouvements de fonds sont réglés par voie de règlements adoptés derrière les portes des bureaux d'assemblée. Tous parlements confondus, ce filon représente plus de 20 millions d'euros. Coup double. Non contents d'arrondir ainsi leurs fins de mois, les partis confortent leur emprise sur leurs parlementaires. L'un d'eux, le sénateur MR Alain Destexhe, l'avait un jour vertement dénoncé devant ses pairs : " La montée en puissance de quelques leaders de partis n'est pas étrangère au mode d'allocation de la dotation publique. Disposant des ressources, ils peuvent plus facilement contrôler les hommes. Le financement public contribue à donner à quelques-uns un pouvoir démesuré, hors de tout contrôle. " Particratie ? Le vilain mot tombe à plat. " Faux débat, rétorque le sénateur CDH Francis Delpérée. Les systèmes parlementaires reposent sur le fonctionnement des partis. On aime ou on n'aime pas, mais c'est un fait. Les parlementaires n'ont pas forcément besoin d'argent pour faire preuve d'autonomie. " André Flahaut (PS), président de la Chambre, est bien de cet avis : " Les parlementaires sont membres d'un parti, ils sont élus sur des listes de partis. Je ne suis pas pour la particratie, mais pour la politisation. " Longue vie aux partis et à leur standard de vie. Le sérail politique s'en félicite tous les jours. Manquerait plus que ça : c'est lui qui a conçu le mode de financement, qui en fixe les règles, et balise le contrôle. Joseph George, député fédéral CDHet membre de la commission parlementaire dela comptabilité des partis,prend la mesure du progrès accompli : " Imaginez un match de football sans règles, sans arbitre, sans juges : c'est la situation que connaissaient les partis avant la mise en place du financement public. Maintenant, nous avons des barrières. " Elles sont apparemment assez solides pour maintenir les partis dans le droit chemin. La Belgique n'est plus la France ni les Etats-Unis. Ici, plus de scandales de financement à la Sarkozy. Les embrouilles détectées ne se comptent plus que sur les doigts de la main. Les esprits rebelles et les voix discordantes sont tout aussi rares. Celle du MR Alain Destexhe s'est éteinte depuis sa charge qui remonte déjà à 2004 :" Aucun pays n'accorde un financement public aussi généreux aux seuls partis représentés au niveau fédéral, sans que l'on sache si ces montants correspondent à une nécessité ou aux impératifs de la vie publique. La dépendance aux fonds publics est-elle préférable à celle vis-à-vis du secteur privé ? La loi belge a créé un système très inéquitable, peu démocratique et très particratique, sans doute encore plus injuste que le système antérieur. " La diatribe s'était perdue sous les ors du Sénat. Le contestataire solitaire a depuis lors ravalé sa salive. Personne n'a pris le relais. Pas touche au gâteau financier. Les partis qui ont la chance d'y goûter ne sont pas disposés à le partager, en élargissant le cercle des convives. Il faut faire ses preuves pour être admis à la table du festin : franchir le seuil électoral de 5 % qui ouvre les portes du Parlement fédéral relève de l'exploit. " Une prime aux puissants, une barrière aux petits ", résume Jean Faniel, politologue au Crisp. C'est le but inavoué de l'obstacle ainsi dressé : verrouiller le marché électoral et ses dividendes. " Les partis installés abusent de cette arme pour écarter la concurrence et maintenir leur emprise sur le paysage politique ", soutient Bart Maddens. Pas de pitié pour les faibles. Certains en éprouvent un malaise : " Le financement des partis tient compte du passé, pas de l'avenir. Un système plus égalitaire serait souhaitable ", confesse le sénateur Delpérée. Bien installées à la table, les vieilles familles politiques font barrage. Socialistes, libéraux et chrétiens ont été rejoints, il y a plus de trente ans, par les Verts et le Vlaams Belang. L'un ou l'autre petit nouveau parvient à saisir une chaise : la Lijst Dedecker, aujourd'hui réduite à un seul élu, ne fera plus long feu. La N-VA, entrée par la petite porte, est devenue brutalement encombrante. Ces privilégiés ne sont pas complètement sourds ni aveugles à l'air du temps. Ils paient eux aussi un tribut à l'austérité : les partis ont consenti à geler le montant de leurs dotations publiques. La disparition du Sénat comme assemblée élue pourrait leur coûter autrement plus cher, en les privant d'une dotation de 10, voire 15 millions d'euros (voir Le Vif/L'Express du 4 janvier 2013). Ils n'iront pas jusqu'à ce sacrifice. Il ne faudrait pas non plus les pousser à bout. Joseph George (CDH) avertit : " Attention à ne pas mettre les partis en difficultés financières : ce serait les pousser à des dérives. " Tout, mais pas ça. PIERRE HAVAUX