"Cet été-là, j'avais remarqué une petite boule dans le creux de l'aisselle. Mon médecin a immédiatement mis en route toute la machinerie diagnostique: examens complémentaires, ponction, etc. Au fond de moi, je savais déjà que quelque chose ne tournait pas rond. La période qui s'est écoulée jusqu'au diagnostic a été un enfer. Quand on a deux enfants, on envisage tous les scénarios, même les pires. Et si je n'étais plus là dans quelques mois? J'étais terrassée par l'incertitude. Juste après le diagnostic, curieusement, j'ai ressenti un sentiment d'euphorie. S...

"Cet été-là, j'avais remarqué une petite boule dans le creux de l'aisselle. Mon médecin a immédiatement mis en route toute la machinerie diagnostique: examens complémentaires, ponction, etc. Au fond de moi, je savais déjà que quelque chose ne tournait pas rond. La période qui s'est écoulée jusqu'au diagnostic a été un enfer. Quand on a deux enfants, on envisage tous les scénarios, même les pires. Et si je n'étais plus là dans quelques mois? J'étais terrassée par l'incertitude. Juste après le diagnostic, curieusement, j'ai ressenti un sentiment d'euphorie. Savoir à quoi m'en tenir et connaître les traitements qui m'attendaient a été un énorme soulagement. Sentiment qui a toutefois très rapidement cédé la place au doute quant à ma capacité d'affronter, physiquement et psychologiquement, cette lourde thérapie." Durant sa prise en charge, Mieke a été accompagnée par une oncopsychologue hospitalière. "Cette aide valait vraiment son pesant d'or et je ne peux que la recommander. J'ai pris la résolution de ne pas réprimer mon anxiété et ma tristesse: cela ne sert qu'à vous pomper votre énergie ; il est déjà bien assez dur d'accepter ce que l'on ressent. J'ai beaucoup pleuré au cours de mon traitement. À la fin, j'étais physiquement et émotionnellement épuisée. Durant 9 mois, je n'ai pensé qu'à guérir. Tout ce qu'on veut entendre, c'est que la prochaine chimio, la prochaine séance de radiothérapie sera la dernière... Pourtant, c'est après tous ces traitements que j'ai sombré dans un trou noir, prenant vraiment conscience de ce qui m'était arrivé: jusque-là, j'étais simplement en mode survie. Après avoir trouvé un précieux soutien auprès des médecins et du personnel infirmier, je me suis retrouvée chez moi avec un suivi beaucoup plus espacé. Je me sentais complètement perdue." "Pour les gens autour de moi, j'étais guérie, mais ce n'était pas mon impression. Des mois durant, on en est réduit à tout subir en espérant que les choses s'arrangeront, on n'a plus de vie ou de projets à soi. Se reconstruire après une période comme celle-là, avec un corps différent, cela prend du temps. Et c'est vrai, c'est une forme de deuil." "Lorsque j'ai repris le travail, d'irrépressibles crises de larmes m'envahissaient parfois. Peut-être aurais-je dû me laisser plus de temps pour digérer toutes ces émotions... mais ça, on le comprend toujours mieux a posteriori. C'est pourquoi je voudrais conseiller de ne pas se mettre trop ou trop vite la pression sur le plan professionnel. Aujourd'hui, mon attitude face à la vie n'a pas forcément changé. La prise de conscience que rien n'est éternel m'aide toutefois à m'accorder plus rapidement la priorité, sur le plan privé ou professionnel. En un sens, mon cancer du sein continue à influencer mes choix. Ce chapitre de ma vie ne sera jamais tout à fait clos."