"Nous avons constaté une perte de confiance envers les représentants locaux et la démocratie en général. " Mélanie Carboni, en ce 12 juillet 2012, s'adresse au bourgmestre de Charleroi, aux échevins, aux conseillers communaux et au public dans l'impressionnante salle du conseil de l'hôtel de ville. Elle, toute jeune, parle au nom d'un collectif regroupant une quinzaine d'associations, usant ainsi du droit d'interpellation reconnu au citoyen de la première ville de Wallonie. Et elle va secouer le cocotier.
...

"Nous avons constaté une perte de confiance envers les représentants locaux et la démocratie en général. " Mélanie Carboni, en ce 12 juillet 2012, s'adresse au bourgmestre de Charleroi, aux échevins, aux conseillers communaux et au public dans l'impressionnante salle du conseil de l'hôtel de ville. Elle, toute jeune, parle au nom d'un collectif regroupant une quinzaine d'associations, usant ainsi du droit d'interpellation reconnu au citoyen de la première ville de Wallonie. Et elle va secouer le cocotier. Tout était pourtant parti d'une bonne intention. Dans la foulée du mouvement des indignés espagnols, la Ville de Charleroi et le CPAS avaient organisé, les 25 et 26 mai derniers, une animation baptisée " We must act ". Considérant que " le système démocratique peine à tenir ses promesses et que le désenchantement gagne du terrain ", les concepteurs, qui pensaient avoir " pris la mesure de ce ras-le-bol citoyen ", avaient axé le week-end sur le thème : " De l'indignation à l'action ". L'événement mélangeait un peu tous les genres, colloque, concert, village de stands... " Un forum citoyen où artistes, associations et habitants échangent leurs opinions ", précisait le site Internet. Plusieurs associations (Espace citoyen, la Ligue des familles, le MOC, des centres de jeunes...) auraient plutôt souhaité un campement de tentes, sur le modèle de ce qu'avaient fait les Indignés ici et là dans le monde. Mais sans succès. Les associations se sont alors regroupées dans le collectif " Yes, we act - Aux ACTes citoyens " pour donner leur propre réponse et participer à leur façon. Avec, par exemple une parodie de manifestation " de droite " aux slogans provocateurs (" Le fric, c'est chic ! ", " SDF, rentrez chez vous ! ", etc.). La réflexion s'est poursuivie au départ de cet événement. " Les citoyens que nous avons rencontrés ne se retrouvent plus dans les propos et les actes des élus, explique Mélanie Carboni. Ils ne se sentent pas assez représentés, pas assez et pas bien. La démocratie représentative ne fonctionne pas. Les élus promettent tout pendant la campagne, puis plus rien. Ils n'ont besoin de nous qu'une fois tous les six ans... "Les associations ont alors décidé d'interpeller les élus de leur ville. " Mais c'est une démarche lourde, précise la jeune femme. Il faut en faire la demande officielle au bourgmestre, et ce n'est qu'après trois courriers qu'on nous a donnés l'autorisation. Pourtant, le but de notre collectif est vraiment de créer un dialogue entre les citoyens et les élus, d'ouvrir les portes d'une démocratie locale aux travers de différentes actions. " L'intervention au conseil (" qui n'a pas été la seule action de notre collectif ") a été construite autour des rencontres du mois de mai, qui ont recueilli les indignations des Carolos, et les solutions qu'ils proposent pour pouvoir " reprendre confiance en leurs élus " : logement et éthique, sécurité et prévention, emploi plutôt que lutte contre les chômeurs, propreté et chasse aux déchets clandestins, aménagement d'une ville où l'on peut se poser tranquillement et non un lieu de passage... Et pour couronner le tout, la création d'un échevinat de l'Ecoute, qui devrait être lien entre les citoyens et les élus. " La seule réponse que nous avons reçue du bourgmestre et du Collège, c'est qu'il fallait leur laisser du temps. Mais nous, nous leur demandons de montrer qu'ils avancent ", conclut Mélanie Carboni. Le fossé n'est pas près d'être comblé. Autre ville, autre préoccupation, plus prosaïque. Pierre Francis, le porte-parole d'un comité de quartier de Jambes a, le 25 juin dernier, interpellé le collège namurois à propos de l'installation d'un night shop pakistanais. Le commerce, parfaitement en règle, ouvre aux environs de 17 heures et ferme vers 5 ou 6 heures du matin. Il propose, entre autres, alcools et cigarettes. Le problème ? Les rassemblements et le bruit que ce genre d'établissement suscite, au point que le précédent maïeur, Jacques Etienne (CDH), avait dû procéder à des fermetures. Namur, ville tranquille s'il en est, protège plutôt l'enseigne " Night&Day ", qui y est née et connaît pas mal de succès un peu partout avec des boutiques basées sur la librairie, et surtout avec des horaires plus vespéraux que nocturnes. Il y en a deux à Jambes, non loin du night shop contesté. " C'est le fédéral qui autorise l'implantation de ces commerces, précise Pierre Francis, mais les communes peuvent imposer des restrictions ou imposer des taxes dissuasives (2 500 euros par exemple à Liège) pour tenter d'en diminuer le nombre. Namur ne l'a pas fait, mais le bourgmestre m'a répondu qu'on pouvait l'envisager. "Ce qui fut fait mais à 1 heure du matin, alors que la moitié des conseillers avaient quitté la séance. Un résultat plutôt décevant ? " Oui et non, reprend Pierre Francis. C'est une manière d'amener le débat, au conseil et sur la place publique, de faire réfléchir à une situation, et de conforter une relation de confiance avec la Ville. Nous avions déjà interpellé sur l'état de la route régionale qui traverse notre quartier, et le sujet est remonté au cabinet du ministre wallon des Travaux. Mais il ne faut pas interpeller sur tout et sur n'importe quoi. " Pourquoi ne pas plutôt demander à un conseiller local de relayer le problème ? " Parce qu'il appartient forcément à un parti. "A deux reprises, en novembre et février dernier, Andrea Gagliardi a interpellé le collège communal de Mettet, à chaque fois sur les aspects financiers de la gestion communale. L'homme n'est pas tout à fait un citoyen ordinaire : il a été conseiller communal de 1994 à 2000, et a présidé le MR local de 2008 à 2010. Aujourd'hui, il n'est plus en très bons termes avec le MR, qui fait partie de la majorité. Il lui a même déclaré la guerre et emmènera aux prochaines élections une liste " Gérer autrement " composée de libéraux, d'indépendants, et de FDF. Ces interpellations sont donc pour lui des tribunes politiques bien opportunes. C'est en tout cas ce que lui a reproché l'échevin des finances. " Pour lui aussi, cela aurait pu être une belle tribune, s'il avait répondu à mes questions, et s'il y avait eu un débat, affirme Andrea Gagliardi. J'ai respecté la loi, rien n'interdisait ma démarche, alors autant en profiter. J'aurais voulu pouvoir intervenir chaque mois, jusqu'en avril, à six mois des élections, parce qu'après ce n'est plus autorisé, mais cela ne m'a pas été accordé. J'ai en tout cas pu dire publiquement que tout le monde pouvait interpeller, parce que cela ne se savait pas. "De manière générale, le monde politique ne respecte pas assez le public qui assiste aux conseils communaux, estime-t-il. " Il faudrait mettre moins de points à l'ordre du jour, mais expliquer davantage. Les gens ne peuvent pas comprendre ce qui se passe, ni sur quoi un vote a lieu. C'est dans le dossier peut-être, mais eux, ils ne l'ont pas. Et les comptes rendus des réunions devraient être diffusés sur Internet. " A Mettet, les PV secs des séances sont publiés, mais pas les interpellations. A l'avenir, elles devront l'être. Michel Delwiche