Le Vif/L'Express : Les médias sont-ils davantage des marchands d'apocalypse aujourd'hui qu'hier ?
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Le Vif/L'Express : Les médias sont-ils davantage des marchands d'apocalypse aujourd'hui qu'hier ? > François Heynderickx, président de la section de journalisme à l'ULB : Je n'ai pas l'impression. La presse a appris à manier les discours catastrophistes avec prudence, tout en restant tentée par un certain sensationnalisme racoleur. Et c'est finalement de bonne guerre, pour autant, bien sûr, que l'info ne soit pas inventée. S'ils n'annonçaient pas les catastrophes, les journalistes se le verraient reprocher aussi. Ce qui se passe d'ailleurs avec les médias économiques qu'on accuse de ne pas avoir suffisamment annoncé la crise. > Tout à fait. Les médias ont un rôle de veille par rapport aux pouvoirs publics. Si les journalistes ont le sentiment qu'on nous cache une menace ou une catastrophe à venir, c'est leur rôle de le dévoiler. Avec le risque toujours de déborder... La peur, c'est vendeur pour les médias. Certains en jouent, non ? > Oui. Mais le public a tout de même une mémoire. Etant donné qu'ils traversent eux-mêmes une crise, les médias seraient irresponsables de mettre leur crédibilité en danger. Ils le savent. En temps de crise, la presse ne se fait-elle pas davantage l'annonciatrice de catastrophes ? > Pas forcément. Les journalistes ont conscience qu'en période d'inquiétude leur public a besoin d'être rassuré. Les médias ne se voilent pas la face sur l'ampleur de la crise. En même temps, ils sont à l'affût de solutions : comment telle entreprise s'en sort, comment cette famille se débrouille pour dépenser moins, etc. La couverture éditoriale est équilibrée. La couche d'ozone, la grippe A... autant de catastrophes potentielles annoncées par des scientifiques. Du pain bénit pour les médias ! > On ne peut ouvrir l'appétit du public en se contentant d'évoquer une catastrophe à venir. Le procédé s'use vite. Il faut nourrir la curiosité ainsi titillée avec des arguments et des infos constructives qui permettent d'espérer. Les gens en ont vite marre de lire que le monde va mal. La difficulté pour le journaliste est qu'il ne peut trancher ces questions scientifiques lorsqu'il y a controverse, comme sur le réchauffement ou la dangerosité de la grippe mexicaine. A lui d'analyser, d'enquêter, de trouver les bons experts. C'est ce qui sauvera d'ailleurs le métier par rapport à Internet, le média par excellence des fausses rumeurs et des marchands d'apocalypse. Entretien : Thierry Denoël