C'est l'une des éminences grises du parti socialiste. L'une des femmes de l'ombre les plus puissantes de la politique belge. Directrice de l'Institut Emile Vandervelde (IEV), le centre d'études du PS, Anne Poutrain remplit le rôle de bras droit d'Elio Di Rupo. Et pourtant... Alors que Di Rupo a multiplié les initiatives pour rapprocher Bruxelles et la Wallonie, allant jusqu'à prôner la constitution d'une " nation francophone ", Anne Poutrain affiche des convictions bien trempées dans le régionalisme wallon. Rien à voir avec la ...

C'est l'une des éminences grises du parti socialiste. L'une des femmes de l'ombre les plus puissantes de la politique belge. Directrice de l'Institut Emile Vandervelde (IEV), le centre d'études du PS, Anne Poutrain remplit le rôle de bras droit d'Elio Di Rupo. Et pourtant... Alors que Di Rupo a multiplié les initiatives pour rapprocher Bruxelles et la Wallonie, allant jusqu'à prôner la constitution d'une " nation francophone ", Anne Poutrain affiche des convictions bien trempées dans le régionalisme wallon. Rien à voir avec la vision romantique des Dehousse, Happart et Van Cau. Ce temps-là est révolu. Anne Poutrain est une régionaliste raisonnable, pragmatique. Mais l'avenir de la Communauté française la passionne manifestement moins que celui de la Wallonie. Logique : Anne Poutrain a passé près de vingt ans au c£ur de la machinerie wallonne. D'abord comme collaboratrice de Guy Spitaels, lorsqu'il était ministre-président de la Région wallonne. Puis comme chef de cabinet de Michel Daerden, Elio Di Rupo, Jean-Claude Van Cauwenberghe et Rudy Demotte. Un palmarès qui en fait l'une des apparatchiks socialistes les plus expérimentées. Sa nomination à la tête de l'IEV (et donc son transfert de Namur à Bruxelles), en septembre 2008, aurait pu tempérer sa fibre régionaliste. Mais non. Les récentes négociations pour la formation des gouvernements régionaux en ont offert la preuve. " Parmi les socialistes, Jean-Claude Marcourt et Anne Poutrain étaient de loin les plus en pointe sur toutes les questions institutionnelles et symboliques touchant à la Région wallonne ", raconte l'un de ceux qui ont participé aux négociations. Pas vraiment demandeurs au départ, CDH et Ecolo ont ainsi dû céder à cette demande émanant du camp socialiste : réserver une place pour un représentant de la Région wallonne et une autre pour un représentant de la Cocof (institution représentant les francophones de Bruxelles) au conseil d'administration de la RTBF. " C'est un peu ridicule, car les Wallons et les Bruxellois regardent une seule et même RTBF ", estime un négociateur écologiste. Autre proposition émise par Anne Poutrain lors des négociations, mais rejetée celle-là : vendre (ou louer) le parlement de la Communauté française. Celle-ci n'aurait dès lors plus d'hémicycle propre, et les députés se seraient réunis en alternance une semaine au parlement wallon, à Namur, une semaine au parlement bruxellois. Argument avancé : économiser les frais de fonctionnement du parlement. " En réalité, le but était clairement de montrer que la Communauté française n'était qu'une sous-institution, sous tutelle des Régions ", souffle un cabinettard PS. François Brabant