Nous n'avions aucun plan d'avenir, c'est ce qui nous a sauvés ! " Plus de quarante ans qu'ils s'aiment en dépit du bon sens, et ces deux amants-là rêvent toujours à deux voix. Patrice et Renate Dechavanne, 66 et 59 ans, se sont croisés dans la pénombre d'un cinéma de province en 1968. Lui, déjà divorcé, était venu avec son ex-femme et l'amant de cette dernière. Elle, à peine majeure, avait quitté l'Allemagne pour jouer les jeunes filles au pair. Ils sont allés manger une crêpe après le film et ne se sont plus quittés.
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Nous n'avions aucun plan d'avenir, c'est ce qui nous a sauvés ! " Plus de quarante ans qu'ils s'aiment en dépit du bon sens, et ces deux amants-là rêvent toujours à deux voix. Patrice et Renate Dechavanne, 66 et 59 ans, se sont croisés dans la pénombre d'un cinéma de province en 1968. Lui, déjà divorcé, était venu avec son ex-femme et l'amant de cette dernière. Elle, à peine majeure, avait quitté l'Allemagne pour jouer les jeunes filles au pair. Ils sont allés manger une crêpe après le film et ne se sont plus quittés. Liberté, liberté chérie. Les premiers mois, les tourtereaux hippies ne croient qu'en l'amour libre. " Lui avait une copine, moi, un copain, pas de chichis ", résume Renate. C'est à elle, pourtant, que Patrice propose de se lancer dans un tour du monde en bateau. La frondeuse accepte sans réfléchir. Et sans regrets. La traversée de la Méditerranée leur a coûté quelques tempêtes - dont une passée ficelés au mât pour ne pas y rester. Mais jamais un alizé ne sépare leurs deux âmes nomades. Six années à s'aimer en pleine mer les ont soudés à vie. " On envisage de s'installer quelque temps en Australie, murmurent aujourd'hui les amants voyageurs. Le monde est à nous, quel dommage qu'il soit si petità "Alors qu'à peine 1 mariage sur 2 survit à la routine, que les infidélités déciment les tandems les plus solides, que la pornographie impose ses codes, comment font-ils, les amoureux durables, pour croire encore en leur avenir ? " La meilleure façon de savoir si un couple va durer, c'est de lui demander de raconter ses débuts ", s'amuse la sexologue Catherine Solano, auteure, avec son confrère Albert Barbaro, de Savoir aimer, les secrets du plaisir (Flammarion). A ceux qui cristallisent et se souviennent avec émoi de leur coup de foudre, des efforts déployés pour conquérir l'autre, elle l'assure tout de go : " Tout est encore possible. " En revanche, quand les trémolos se font rares, le ciel s'assombrit pour les conjoints en crise. Tel ce mari aigri, invoquant sa rencontre devant la thérapeute : " Elle était déjà moche. " Ou cette indifférente chronique : " Je ne l'avais pas remarqué. " Dont acte. A ce jeu-là, Alain et Marie-Cécile de Taillac, cinquante-deux ans de vie commune et cinq enfants, s'étonneraient presque de leur longévitéà Lui : " Elle était très jolie, intelligente, vive, amusante. Et elle m'insupportait ! " Elle : " Il m'a tout de suite fait rire. "Ancien consultant pétrolier et spécialiste du Moyen-Orient, il était pourtant la plupart du temps en vadrouille. " Ses absences nous ont rapprochés ", sourit sobrement sa femme, restée pour sa part plus souvent occupée qu'à l'attendre. Car les voyages ne forment pas seulement la jeunesse : " Quand nous nous retrouvions, nous sortions tous les soirs. Nous ne nous sommes jamais ennuyés ", raconte, les yeux brillants, son octogénaire de mari. Vivre à deux tout en sachant exister seul, s'étreindre sans s'éteindre, voilà une garantie de bonheur durable. Mais comment trouver l'impossible équilibre ? Dans " la complicité et le respect de l'autre ", scande en ch£ur l'indéfectible duo de Taillac. Jacques Dutronc et Françoise Hardy, pour leur part, défendent depuis longtemps les bienfaits de l'amour mitoyen. Certains préfèrent invoquer Eros : la sexualité décomplexée au service du plaisir partagé. D'autres poussent même jusqu'au libertinage, brisant à deux les derniers tabous romantiques. Quitte à jouer avec le feuàA entendre les psys, les bonnes recettes seraient souvent plus prosaïques. La fidélité, par exemple. Cette injonction morale, si longtemps imposée par une société hypocrite, rejetée par les baby-boomeurs, moquée par les libertins assumés, est désormais inscrite sur toutes les ordonnances de thérapeutes de couples. Sans elle, dit-on, point de confiance possible, encore moins de complicité - ce piment essentiel. La liberté, pourtant, demeure elle aussi un ciment efficace, jurent les mêmes conseillers conjugaux. Mais selon le principe du contrat de confiance, précisent-ils aussitôt, pas celui des sentiers parallèles : je t'aime si je te crois. Au passage, inutile de tout dire, la transparence totale brise les indispensables mystères, insistent-ilsà L'urgence serait plutôt, estime la psychologue Isabelle Filliozat, auteure de L'Intelligence du c£ur (Marabout), de " construire une relation véritablement authentique ". Débarrassée du poids de l'inconscient, des fausses pudeurs, des vraies peurs et des accessoires inutiles. Bonne nouvelle, les personnalités que tout oppose sont souvent aussi les plus solidaires ! Les différences se révéleraient, à l'usage, extrêmement adhésivesà " Les dissonances sont même indispensables pour entretenir la vitalité des échanges ", certifie le psychologue Pascal Duret, auteur de S'aimer quand on n'a pas les mêmes valeurs (Armand Colin). La vie se charge parfois de créer des remous. Mariés depuis plus d'un demi-siècle, Pierre et Monique Haour ont fondé l'une des premières familles françaises recomposées assumées, et pour cela ils furent sévèrement pointés du doigt. Ils se sont rencontrés dans les années 1960, sur le palier de leurs appartements respectifs. Chacun engagé de son côté : elle, mère de trois enfants, lui, de deux. Leurs divorces, puis leur union dans la foulée, ont fait grincer des dents la bourgeoisie puritaine de l'époque. " Un tas de gens ne nous recevaient plus, on ne nous disait plus bonjour, raconte la téméraire octogénaire. Les enfants n'étaient plus invités chez certains de leurs copains d'école. " Erreur stratégique : l'amour se nourrit aussi largement des épreuves. Fuyant l'opprobre, les nouveaux mariés ont migré vers la capitale, plus épris que jamais. Il y a trois cents ans, un homme disposait à 15 ans d'à peine " trente ans d'espérance de vie ", rappelle le sociologue Francis Godard, dans son enquête " La définition des âges de la vie ". A l'époque, faire durer son couple n'était pas une gageure. L'extraordinaire allongement de l'espérance de vie (elle a doublé en un siècle), l'émancipation féminine et toutes les révolutions sexuelles qui ont suivi ont rendu la tâche autrement plus ardue. " Auparavant, l'idée de rester avec quelqu'un toute sa vie était non seulement possible, mais c'était un but en soi, parfois même une obligation ", relève Frédéric Beigbeder, marié et divorcé deux fois, dont le best-seller, L'amour dure trois ans (Grasset), sera bientôt adapté au cinéma. C'est que la fatalité n'a plus cours. " Tout semble organisé pour faire disparaître l'amour durable, dénonce le serial séducteur. On est dans la frénésie, les êtres sont interchangeables sur Facebook ! Dès que vous avez le moindre souci avec votre conjoint, vous pouvez le remplacer par 3 000 amis virtuels. " Tentations dévastatricesà D'autant que les erreurs ne sont pas toujours instructives. Aux Etats-Unis, les premiers mariages se soldent une fois sur deux, en moyenne, par un échec. Les deuxièmes unions, deux fois sur trois. Et les troisièmes, trois fois sur quatre ! En Belgique non plus, l'expérience ne change rien à l'affaire : en deuxièmes noces, le taux de divorce est encore supérieur de 10 % à celui des premiers mariages. Quelle que soit la maturité des époux, la moitié des séparations sont prononcées au cours des sept premières années de vie maritale. " C'est déjà difficile de rester trente secondes avec quelqu'un, clame Frédéric Beigbeder, alors trois ans avec la même personneà c'est magnifique ! "Les disputes, les malentendus, les reproches continus, la crise de la quarantaine : la plupart des conflits récurrents sont " insolubles ", préviennent les conseillers conjugaux. Apprendre à accepter les frustrations, évoluer à deux, pas toujours au même rythme, accepter les désillusions, les mésententes, sans toujours y chercher une solution miracle, voilà sans doute la sagesse des marathoniens de l'amour. " Il faut être différents pour s'épater ", s'amuse Marie-Cécile, du haut de ses cinquante-deux ans de mariage. " L'amour est dans ce qu'on y met ", martèle, quant à elle, Florence Escaravage, fondatrice d'une agence de coaching amoureux et auteure de la bible des débutants, Les Relations amoureuses pour les nuls (First). Si les couples peuvent encore faire l'amour et être heureux après cinquante ans de mariage, " ce n'est pas grâce à leurs performances physiques ni à leur plastique de rêve ", insiste le Dr Catherine Solano, qui vient de publier Les Trois Cerveaux sexuels (Robert Laffont). " C'est parce que partager une intimité profonde avec un partenaire suffit à nourrir le désir. " Le bonheur augmente aussi avec le nombre des annéesà M. C. et J. J., avec M. E.Mahaut chantrel et julie joly, avec mathilde enthoven et jacqueline remitsle bonheur augmente aussi avec le nombre des années