Alice Anderson (1972) est l'une des rares plasticiennes à esquisser un dépassement des contradictions de notre époque face au rapport ambigu que celle-ci entretient avec la technologie, envisagée à la fois comme mère de tous les maux et seule planche de salut possible. Pour ce faire, la Britannique signe des performances qui embarquent physiquement les objets techniques dans le champ culturel de la représentation par le biais d'un rituel corporel rythmé. Le résultat, puissant et sacré, ...

Alice Anderson (1972) est l'une des rares plasticiennes à esquisser un dépassement des contradictions de notre époque face au rapport ambigu que celle-ci entretient avec la technologie, envisagée à la fois comme mère de tous les maux et seule planche de salut possible. Pour ce faire, la Britannique signe des performances qui embarquent physiquement les objets techniques dans le champ culturel de la représentation par le biais d'un rituel corporel rythmé. Le résultat, puissant et sacré, se découvre sous forme de traces déployées au long de "circuits mémoriels" aux relents cosmiques, agencés sur plusieurs mètres dans la nef de La Patinoire royale. Depuis les films de Jean Rouch, on sait qu'une culture a besoin de pratiques rituelles pour intégrer ce qui la dépasse. Des intercesseurs sont nécessaires. Peut-on dire qu'il existe une dimension chamanique dans votre travail? Je crois, oui. Nous sommes à un moment de rupture anthropologique. Par conséquent, cette reconnexion à la nature par des danses fait sens. Mettre l'objet technique et l'humain sur le même plan est une façon d'envisager la planète comme un système vivant homogène, sans rupture. Vous revendiquez-vous du "care", cette thématique qui traverse l'art contemporain en entendant "prendre soin" du monde et des individus? Le collectif est central dans ma pratique. C'est ensemble que nous pourrons changer les choses. Nous retrouver tels des monades, coupés des autres, nous fait nous enfoncer chaque jour un peu plus dans l'absurde et la tristesse. Comment avez-vous réalisé ces quatre panneaux de quarante mètres qui redistribuent l'espace de la galerie? Je déroule des mètres et des mètres de toile noire à même le sol. Cela délimite l'espace physique dans lequel je vais me mouvoir, plus précisément danser. Ensuite, il y a un rituel avec l'objet lui-même, en l'occurrence un satellite GPS de type "1U", ayant une taille de 10 × 10 × 10 cm, ou un panneau solaire, que j'imbibe de peintures d'une même gamme chromatique. Avant de me mettre à danser, j'élabore un rythme intérieur qui va scander la performance. Je crée donc la cadence moi-même, présidant au dialogue avec l'objet que je vais appliquer à intervalles réguliers sur le support. Je fixe une relation homme-technique qui dépasse la question de l'esthétique. Qu'est-ce qui en signe la fin? L' épuisement du corps ou cette impression de ne plus rien avoir à dire.