DE NOTRE CORRESPONDANT
...

DE NOTRE CORRESPONDANT Leur audience est renvoyée au 28 novembre. Ce jour-là, ils seront quatre sur le banc des accusés de Larbaâ Nath Irathen, petite ville de Kabylie. Quatre Algériens âgés de 35 à 45 ans, poursuivis pour avoir ouvert un lieu de culte chrétien sans l'autorisation préalable des autorités. Depuis 2006, en effet, l'" affectation d'un édifice à l'exercice d'un culte " nécessite l'obtention d'un permis délivré par une commission nationale. La même loi rend passible d'emprisonnement " quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ". Cette législation avait été adoptée à la suite de rumeurs, relayées par la presse islamo-conservatrice, selon lesquelles la Kabylie était devenue la cible d'une campagne d'évangélisation visant, à terme, toute l'Algérie. Longtemps réfractaire à l'islam et terre de prédilection du messianisme des Pères blancs à l'époque coloniale, la Kabylie compterait aujourd'hui quelque 3 000 évangélistes. C'est dans cette région aussi que le tribunal correctionnel a prononcé le 5 octobre la relaxe de deux " dé-jeûneurs ", Hocine Hocini, 44 ans, et Salem Fellak, 34 ans. Ces ouvriers chrétiens avaient été interpellés au mois d'août, en plein jeûne du ramadan, alors qu'ils cassaient la croûte dans une maison en construction. Trois mois de prison ferme avaient été requis contre eux par le procureur. Ils étaient accusés d'avoir " offensé " l'islam. Comme huit autres personnes qui comparaîtront le 8 novembre, après avoir été prises " en flagrant délit de consommation de denrées alimentaires " à Ouzellaguen, un bourg de Petite Kabylie situé à une cinquantaine de kilomètres de Béjaïa. Certains journaux algériens n'hésitent plus à parler d'" inquisition " ou de " persécution ". Président de l'Eglise protestante d'Algérie, le pasteur Mustapha Krim est plus mesuré, mais dénonce un climat " étouffant " et se dit convaincu que la législation adoptée en 2006 est pour beaucoup dans les " humiliations " et les " vexations " dont sont victimes les chrétiens d'Algérie. Officiellement destiné à " protéger " les confessions non musulmanes, le texte de 2006 avait également suscité, lors de son entrée en vigueur, l'inquiétude de la hiérarchie catholique algérienne. A l'époque, une campagne antichrétienne s'était soldée par l'expulsion de plusieurs ressortissants africains et brésiliens, ainsi que par la condamnation (en 2008) d'un prêtre du diocèse d'Oran, coupable d'avoir prié " hors d'un lieu de culte " avec des immigrés camerounais, puis celle d'une Algérienne convertie au christianisme, arrêtée pour avoir transporté des exemplaires de la Bible. ANIS ALLIK