Le compte à rebours a bel et bien commencé: le sort des accords de la Saint-Polycarpe et consorts (et, par conséquent, celui de l'avenir de la Communauté française et du gouvernement Verhofstadt) devrait être scellé pour le 31 mai. Or le suspense reste entier: le PSC, pourtant soumis à la pression de la CSC-enseignement, répugne à baisser sa garde - comment lui donner tort? - dans un délai aussi court. Quant à la Volksunie, dont le soutien (ou, à défaut, l'abstention de l'un ou l'autre de ses députés) est indispensable pour atteindre la majorité des deux tiers, elle reste largement imprévisible. Combien de temps, d'ailleurs, évitera-t-elle encore le schisme? Samedi dernier, le petit parti nationaliste flamand a sauvé - momentanément - la mise: son conseil général (le "parlement" interne, qui compte 150 membres-électeurs) s'est majoritairement prononcé (à 60 % des votes) en faveur du "manifeste" concocté par Fons Borginon, le président ad interim du parti. Or le texte précise clairement que les parlementaires VU sont instamment priés de voter les différents volets des accords de Saint-Polycarpe et du Lambermont. Ce vote ne dissipe pas pour autant tous les doutes qui continuent de peser ...

Le compte à rebours a bel et bien commencé: le sort des accords de la Saint-Polycarpe et consorts (et, par conséquent, celui de l'avenir de la Communauté française et du gouvernement Verhofstadt) devrait être scellé pour le 31 mai. Or le suspense reste entier: le PSC, pourtant soumis à la pression de la CSC-enseignement, répugne à baisser sa garde - comment lui donner tort? - dans un délai aussi court. Quant à la Volksunie, dont le soutien (ou, à défaut, l'abstention de l'un ou l'autre de ses députés) est indispensable pour atteindre la majorité des deux tiers, elle reste largement imprévisible. Combien de temps, d'ailleurs, évitera-t-elle encore le schisme? Samedi dernier, le petit parti nationaliste flamand a sauvé - momentanément - la mise: son conseil général (le "parlement" interne, qui compte 150 membres-électeurs) s'est majoritairement prononcé (à 60 % des votes) en faveur du "manifeste" concocté par Fons Borginon, le président ad interim du parti. Or le texte précise clairement que les parlementaires VU sont instamment priés de voter les différents volets des accords de Saint-Polycarpe et du Lambermont. Ce vote ne dissipe pas pour autant tous les doutes qui continuent de peser sur le sort de la réforme de l'Etat. Le fond du problème reste, en effet, entier: au moment du vote en séance plénière à la Chambre, quelle attitude adopteront les quatre mandataires (soit la moitié du groupe VU à la Chambre) rétifs aux accords? Geert Bourgeois et Frieda Brepoels paraissent toujours, à première vue, opposés à ce qui s'apparente à leurs yeux à une "capitulation" flamande. Karel Van Hoorebeke et Danny Pieters, en revanche, semblent pencher davantage pour l'abstention. Le suspense est plus intense que jamais... Le voile est également loin d'être levé sur l'avenir du parti. Certes, la manche du dernier week-end a été remportée par la tendance progressiste et participationniste incarnée par Bert Anciaux: le parti s'est, une fois de plus, prononcé pour le vote de la réforme de l'Etat, considérée comme un moindre mal par rapport aux nouvelles concessions qu'il faudrait consentir aux francophones si le coup de pouce devait provenir des mandataires PSC. Tout le parti? Non: les membres du conseil général (les "cadres" du parti, en quelque sorte) sont considérés comme plus progressistes que le congrès du parti, réunissant l'ensemble des quelque 15 000 membres (ils étaient encore 52 000 en 1984!). Rien d'étonnant donc si, au terme d'une discussion malgré tout passablement houleuse, ce conseil général a rejeté l'idée de soumettre le "manifeste" de Borginon au vote du congrès: il risquerait fort d'y être recalé. Mais on ne peut museler indéfiniment les membres: ceux-ci seront donc invités à s'exprimer plus tard (probablement en septembre), lorsque le doute autour de l'avenir de la réforme de l'Etat - et sur celui du gouvernement Verhofstadt - sera levé. Au menu, notamment, le programme social de la VU et l'avenir du nationalisme flamand: deux questions qui pourraient bien saper définitivement les restes de cohésion interne. Et, bien avant cela, si le "clan" Bourgeois s'entêtait dans la dissidence en votant contre les accords Polycarpe et consorts à la Chambre des représentants, la Volksunie exploserait à coup sûr dans les plus brefs délais. Certains, dans le parti, ont déjà envisagé pareille échéance et proposé, le cas échéant, un "partage de frères": les avoirs de la VU seraient divisés en deux parts égales et "légués" respectivement aux clans Bourgeois et Anciaux. Le nom "Volksunie", lui, disparaîtrait du paysage politique. Vers quels cieux s'exileraient, dès lors, les actuels mandataires de la VU? La composante "progressiste" s'éparpillerait vraisemblablement vers le SP et Agalev. Certes, le SP n'épouse pas vraiment la voie du libéralisme "libertaire" défendue par Bert Anciaux et la chapelle "ID21" de la Volksunie. D'autre part, la position modérée des écologistes flamands sur le terrain communautaire - de même que les liens formels et informels qu'ils entretiennent avec leurs alter ego francophones - n'est pas de nature à faciliter l'adhésion de mandataires au profil malgré tout très flamand. Mais à défaut de grive... Les cadres proches de Bourgeois, à la fibre résolument nationaliste et plus conservatrice sur le plan éthique, trouveront sans doute, lorsqu'il s'agira de quitter le navire volksunien définitivement en perdition, quelques affinités avec le CVP. L'opposition n'a-t-elle pas rendu les sociaux-chrétiens plus agressifs sur le terrain communautaire, et moins enclins que jamais à l'ouverture sur les questions de société? Autant de particularités qui "collent" avec le profil du député rebelle et des siens. Et les électeurs, eux, vers quelles listes reporteront-ils leurs voix? "Aucun parti ne bénéficiera massivement de la disparition de la VU, pronostique le politologue Pascal Delwit (ULB). Les électeurs se reporteront vraisemblablement à parts plus ou moins égales entre le CVP, le VLD, le SP, Agalev et le Vlaams Blok." Les raisons de semblable panachage? Elles tiennent aux caractéristiques mêmes de la Volksunie: voilà des années que ce parti intègre tant bien que mal des projets politiques et de société fortement différents, permettant à chacun d'y "trouver son compte". Ainsi, la "chapelle" ID21 n'est-elle rien d'autre qu'un noyau progressite accolé de façon un brin artificielle à la VU. "Cette ouverture à gauche a permis à la VU de reporter un débat de fond - idéologique, communautaire et de société - qui aurait, sans aucun doute, débouché sur un divorce, analyse Delwit. Aujourd'hui, ce sont les accords de la Saint-Polycarpe et consorts qui servent de révélateurs: il est désormais impossible de jeter un voile pudique sur les dissensions internes. Résultat? La VU ne peut plus donner le change: elle a perdu les caractéristiques d'un parti politique." Pourtant, la petite formation nationaliste flamande peut se targuer d'avoir réalisé presque l'entièreté de son programme en matière de réforme de l'Etat. Un bilan que peu de partis - c'est un euphémisme - peuvent afficher. Ironie du sort...Isabelle Philippon