C'est un sujet incommensurablement poétique sur lequel s'est arrêté l'objectif de Philippe Herbet (1964) à l'occasion de sa nouvelle exposition à La Châtaigneraie. Le photographe belge, à propos duquel on avait déjà écrit beaucoup de bien lors d'un précédent accrochage, à Flémalle, dédié aux "filles de Tourgueniev", s'est attaché à la figure d' Albert Dadas (1860 - 1907).
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C'est un sujet incommensurablement poétique sur lequel s'est arrêté l'objectif de Philippe Herbet (1964) à l'occasion de sa nouvelle exposition à La Châtaigneraie. Le photographe belge, à propos duquel on avait déjà écrit beaucoup de bien lors d'un précédent accrochage, à Flémalle, dédié aux "filles de Tourgueniev", s'est attaché à la figure d' Albert Dadas (1860 - 1907). Albert qui? Ce personnage romantique peu connu possède sa notice sur Wikipédia en ce qu'il fut le premier individu diagnostiqué de la folie du fugueur, symptôme connu également sous le nom d'"automatisme ambulatoire". Dromomane, ce modeste employé du gaz à Bordeaux s'est brusquement mis à errer. Ses voyages compulsifs l'ont mené au coeur de plusieurs villes françaises (Paris, Nantes...) mais également vers des destinations plus lointaines, comme la Russie ou l'Algérie. "Je me suis attaché à ce personnage, nous avons des points communs: un traumatisme crânien, une mémoire défaillante, de grands maux de tête, nous pleurons vite, des poussées mélancoliques, le goût du voyage et des grands espaces, l'errance à tout prix, l'attirance pour le Nord-Est, le sens de la propreté vestimentaire, un rapport spécifique à Liège, le besoin irrésistible d'aller dans une ville dont le nom nous plaît...", livre Herbet en guise d'explication. Il n'en fallait pas plus pour que l'intéressé se lance sur les traces de la grande fugue de 1880-1882 qui mit Dadas sur la route, de Valenciennes à Moscou en passant par Liège, Cologne, Kassel, Linz, Vienne, Prague, Berlin, Varsovie et Minsk. Travaillées par des temps de pause longs, de trente secondes à plusieurs minutes, les images qui en résultent convoquent le spectre d'un voyageur éternel tout autant qu'il parle d'époques obsédées par ce qui les nie, soit ce "goût du vagabondage", destin des "sans-papiers qui errent d'une ville à l'autre".