Les fonctionnaires européens sont certes bien payés, du moins au regard de leurs collègues belges, mais les assauts contre leur statut se multiplient. La réforme en cours en est l'illustration. Que propose la Commission ? Une réduction de 5 % des effectifs sur cinq ans, un passage de 37 h 30 à 40 heures semaine, un relèvement de l'âge de la retraite de 63 à 65 ans, une forte baisse des salaires d'entrée des secrétaires et des commis... Economie escomptée : 1 milliard d'euros. Mais, crise oblige, il en fallait bien plus pour amadouer le Conseil (à savoir les Etats membres) qui parle d'un " bon point de départ " mais " totalement insuffisant " ! Et la majorité des Etats de propose...

Les fonctionnaires européens sont certes bien payés, du moins au regard de leurs collègues belges, mais les assauts contre leur statut se multiplient. La réforme en cours en est l'illustration. Que propose la Commission ? Une réduction de 5 % des effectifs sur cinq ans, un passage de 37 h 30 à 40 heures semaine, un relèvement de l'âge de la retraite de 63 à 65 ans, une forte baisse des salaires d'entrée des secrétaires et des commis... Economie escomptée : 1 milliard d'euros. Mais, crise oblige, il en fallait bien plus pour amadouer le Conseil (à savoir les Etats membres) qui parle d'un " bon point de départ " mais " totalement insuffisant " ! Et la majorité des Etats de proposer, entre autres, de supprimer la juteuse indemnité de dépaysement (16 %) ou, au minimum, sa dégressivité sur dix ans. Dans la foulée, ils suggèrent de passer les pensions à la moulinette : un nouveau mode de calcul les amputerait de 30 %. La pilule est d'autant plus dure à avaler pour les différents syndicats (trois au Conseil, une... dizaine à la Commission) que le Coreper, ou comité des représentants permanents des Etats membres, a refusé, fin 2011, l'adaptation annuelle des salaires de 1,7 %. Contrairement à une simple indexation, cette méthode qui arrive à échéance cette année permet de répercuter automatiquement les politiques salariales menées dans huit Etats membres (soit au moins 75 % du PIB de l'UE), à la hausse comme à la baisse. C'est pourquoi nous reproduisons ci-dessous le même tableau que l'an dernier... " Encore un détail gênant, le Coreper a mis à la porte le représentant de la Commission. C'est un véritable scandale ! " tonne l'Union syndicale (US), majoritaire au Conseil. Le refus d'adapter les salaires s'était déjà manifesté en 2010. Les eurocrates avaient toutefois obtenu gain de cause auprès de la Cour de justice de Luxembourg. " Le conflit social autour de la réforme en cours est quasi sûr, prédit Félix Géradon, secrétaire général adjoint de l'US. Nous ne comprenons pas comment des Etats comme l'Allemagne - dont l'économie crève tous les plafonds - qui acceptent d'augmenter leurs propres fonctionnaires, nous refusent une augmentation de 1,7 % sous prétexte de la crise. Il faudra donc s'attendre à un conflit très long et très dur avec le Conseil. Grèves et manifestations seront plus que probables. " Voilà qui ne va pas redorer le blason des eurocrates, déjà la cible de tous les arguments populistes. " Qu'on nous comprenne bien, se défend aussitôt Félix Géradon. Nous acceptons les économies demandées par la Commission, même si ce n'est pas de gaieté de c£ur. Mais nous ne pouvons accepter qu'elles se fassent au détriment des salaires les plus faibles, d'autant que cela aura une incidence sur le recrutement. Comment encore attirer des secrétaires de Suède ou d'Allemagne si, in fine, elles ne gagneraient pas plus à Bruxelles ?" Rappelons qu'un eurocrate ne perçoit ni pécule de vacances ni treizième mois, ne dispose pas de voiture de société, de cartes d'essence ou de chèques-repas. Jusqu'à présent, la Belgique s'est abstenue de participer à la bronca des Etats membres. Sa position favorable à la construction européenne et surtout les dividendes qu'elle en perçoit l'incitent à rester sur la touche. Et puis, à quelques encablures des élections communales, mieux vaut ne pas braquer les eurocrates belges. Ni leurs nombreux collègues qui pourront voter chez nous... FRANÇOIS JANNE D'OTHÉE