Vendredi 4 octobre. A quelques heures du démarrage d' Africapitales (1), la salle principale des Halles vibre encore de la pose de câbles, peintures et décors. L'espace majeur de l'ancien marché couvert schaerbeekois a été divisé en scènes, compartiments et même possibles salons de conversations. " Où il pourra y avoir deux, trois, quatre activités - ou plus - en même temps ", relève Christophe Galent, boss et programmateur du lieu. Par exemple, celle qui accueille, ce 17 octobre, un débat sur " Décoloniser la finance : l'Afrique et la dette illégitime ", mettant en parole l'historien Eric Toussaint en partenariat avec le Journal des sans papiers. Secouer les idées dans un shaker inattendu ? " Oui et forcément, il y a de la politique dans ce premier festival du genre aux Halles. L'endroit que son découvreur culturel, Jo Dekmine, au milieu des années 1970, décrivait comme un feu ouvert ". Cheminée à haute combustion vu le programme intense ayant la particularité d'avoir été fomenté avec " les forces vives des afro-descendants " pour ces trois semaines de théâtre, danse, performance, expo, musique, stylisme, marché ou DJ-ing. Avec la diaspora des 54 pays africains résidant à Bruxelles. " L'Afrique est entrée dans une phase tr...

Vendredi 4 octobre. A quelques heures du démarrage d' Africapitales (1), la salle principale des Halles vibre encore de la pose de câbles, peintures et décors. L'espace majeur de l'ancien marché couvert schaerbeekois a été divisé en scènes, compartiments et même possibles salons de conversations. " Où il pourra y avoir deux, trois, quatre activités - ou plus - en même temps ", relève Christophe Galent, boss et programmateur du lieu. Par exemple, celle qui accueille, ce 17 octobre, un débat sur " Décoloniser la finance : l'Afrique et la dette illégitime ", mettant en parole l'historien Eric Toussaint en partenariat avec le Journal des sans papiers. Secouer les idées dans un shaker inattendu ? " Oui et forcément, il y a de la politique dans ce premier festival du genre aux Halles. L'endroit que son découvreur culturel, Jo Dekmine, au milieu des années 1970, décrivait comme un feu ouvert ". Cheminée à haute combustion vu le programme intense ayant la particularité d'avoir été fomenté avec " les forces vives des afro-descendants " pour ces trois semaines de théâtre, danse, performance, expo, musique, stylisme, marché ou DJ-ing. Avec la diaspora des 54 pays africains résidant à Bruxelles. " L'Afrique est entrée dans une phase très active de sa profondeur culturelle et elle travaille à créer son propre écosystème, sans s'adresser à l'Europe mais en prenant conscience de son rôle dans la construction aux défis de la transition. Et cela est nouveau ", explique Christophe Galent, amateur avoué de transversalité et de défi. Celui-ci en est un, logistique et, pourquoi pas, poétique. Ce qui différencie cette manifestation d'autres festivals, impliquant les artistes africains sur le Vieux Continent, tient aussi à son montage culturel, incluant davantage les afrodescendants. Comme Gia Abrassart, responsable de Café Congo, 400 mètres carrés aux Studios CityGate, ex-friche industrielle à Anderlecht : " Oui, cette programmation artistique est faite de positions personnelles, un peu en marronnage, en maquis culturel. Elle n'est pas frontale et est sans doute plus mystérieuse que ce que l'on propose généralement. Aux Halles, il y a eu un travail de fond face aux artistes africains qui, souvent, ont eu l'habitude d'être pris en pop-up ". Christelle Pandanzyla, de Roots Events, ayant notamment ouvert une école de langues et de cultures congolaises à Bruxelles, en précise l'humeur ambiante : " Souvent les événements sur l'Afrique en Belgique sont des monologues, mais ici, il s'agit bien d'un dialogue de trois semaines vivantes, sous forme de large carte blanche. A un moment pour se compléter, il faut savoir d'où l'on vient : le 18 octobre, les Halles vont ainsi proposer un kids corner, des ateliers pour enfants. Ce qui doit aussi leur permettre de tisser des liens entre eux. Dans un processus quasi existentiel. " Si le Congo est bien présent dans Africapitales, il n'est qu'un territoire clé parmi d'autres. Celui d'un contexte qui ne veut pas forcément se définir par rapport à la (dé)colonisation. L'intérêt est donc de mettre en valeur la création africaine, celle du Maghreb comprise, pour elle-même. De signaler les réseaux qui s'établissent sur le continent : notamment par la biais de la fondation Montresso basée au Maroc. Elle est à l'origine d'une triple exposition tenue du 9 au 24 octobre aux Halles, du peintre-sculpteur béninois Nathanaël Vodouhè, de l'Ivoirien Pascal Konan - réalisateur d'une fresque géante à base d'e-déchets et de composants électroniques - et de l'un de ses compatriotes, Joachim Silué, sculptant sur le thème de l'esclavage mental. " Ce genre de rencontres amène l'idée qu'il faut irriguer plus largement l'Afrique, souligne Christophe Galent. C'est souvent un fait culturel qui fait prendre conscience aux gouvernements africains mais aussi aux opérateurs économiques et institutionnels de ces pays, qu'il faut arrêter de passer systématiquement par l'Europe. Et tout cela est occupé à bouger. Vite ! " Parmi les initiatives originales d' Africapitales, cette idée d'envoyer une dizaine d'artistes africains dans les rues et arrière-cours de Bruxelles pour y recueillir des portraits-photos mais aussi des histoires " singulières, le grain d'une vie " chez les afroxellois. Dont le résultat glané, sous l'appellation Gens de Bruxelles, est proposé à quatre reprises entre le 18 et le 20 octobre aux Halles. Le processus est donc présent-futur, pas seulement tributaire de la digestion continue du passé. Même si tout semble - forcément - se réunir en scène. Il y a donc ce vendredi 11 octobre, Les sans... joute aussi verbale que théâtrale entre " deux camarades de lutte, ayant pris des voies différentes, se retrouvant après dix ans de séparation ". La pièce est inspirée du livre Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon, essayiste tiers-mondiste, écrivain antillais questionnant l'effet de la domination (coloniale) sur le corps et sa psychologie. Changement de tempo le 15 octobre avec Spirit Child, du Nigérian Qudus Onikeku. Dans un contexte live où interviennent aussi des musiciens, " du bois sec, des vidéos et des lasers ", ce danseur et chorégraphe se demande s'il ne faut pas quitter les souffrances du monde matériel pour se poser dans un univers d'esprit, plus idyllique. " Le spectacle combine danse, improvisation, arts plastiques autour de la transe et toute une trajectoire qui se déroule en direct, la limite de temps de la représentation dépendant aussi des réactions des spectateurs, détaille Christophe Galent. A noter que ce chorégraphe organise dans son pays, malgré toutes les difficultés, un espace - comme d'autres au Congo, au Rwanda ou au Sénégal - qui permet d'accompagner les jeunes danseurs. L'exemple de quelqu'un formé en Europe, qui a glané plusieurs succès au festival d'Avignon mais qui, comme d'autres, a choisi de se réimplanter chez lui. Et qui travaille à la transmission. Alors que les anciens ne se sont peut-être pas posé cette question-là, Qudus Oneku a le désir de créer un réseau vivace ". On ne saurait dire mieux du programme d' Africapitales : un geste d'explorateur, varié et funky, à vivre et investiguer.