Le 9 novembre dernier, déjà, le Premier ministre français avait donné l'alerte. Rompant la tradition de n'annoncer les chiffres des actes racistes qu'une fois par an, Edouard Philippe avait communiqué le bilan à étape des statistiques de l'antisémitisme en France - les actes antijuifs étaient alors en hausse de 69 %. Les deux derniers mois de l'année n'ont pas inversé la tendance et l'ont même un peu renforcée : d'après le ministère de l'Intérieur, 541 actes antisémites (1 homicide, 81 violences et tentatives d'homicide, 102 atteintes aux biens et 358 menaces) ont été signalés à la police en 2018, contre 311 en 2017. Soit un bond de 74 % alors que la courbe dévissait depuis deux ans. " L'antisémitisme se répand comme un poison ", s'est ému ce jour-là le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à Sainte-Geneviève-des-Bois, où un arbre planté en mémoire d'Ilan Halimi avait été scié à sa base pendant la nuit. En 2006, le corps de ce jeune juif de 23 ans avait été découvert là, brûlé, lardé de coups de cutter, laissé pour mort. Torturé trois semaines...

Le 9 novembre dernier, déjà, le Premier ministre français avait donné l'alerte. Rompant la tradition de n'annoncer les chiffres des actes racistes qu'une fois par an, Edouard Philippe avait communiqué le bilan à étape des statistiques de l'antisémitisme en France - les actes antijuifs étaient alors en hausse de 69 %. Les deux derniers mois de l'année n'ont pas inversé la tendance et l'ont même un peu renforcée : d'après le ministère de l'Intérieur, 541 actes antisémites (1 homicide, 81 violences et tentatives d'homicide, 102 atteintes aux biens et 358 menaces) ont été signalés à la police en 2018, contre 311 en 2017. Soit un bond de 74 % alors que la courbe dévissait depuis deux ans. " L'antisémitisme se répand comme un poison ", s'est ému ce jour-là le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à Sainte-Geneviève-des-Bois, où un arbre planté en mémoire d'Ilan Halimi avait été scié à sa base pendant la nuit. En 2006, le corps de ce jeune juif de 23 ans avait été découvert là, brûlé, lardé de coups de cutter, laissé pour mort. Torturé trois semaines par le " gang des barbares ", le jeune homme avait rendu son dernier souffle dans l'ambulance.Eloquentes, ces statistiques disent pourtant peu de la parole antisémite qui résonne sans complexe dans la crise sociale actuelle. Samedi, le philosophe Alain Finkielkraut a essuyé une salve d'invectives de la part d'une poignée de gilets jaunes. Sur certains tags, on associe Macron à une " pute à juifs ", à un " youpin ". Sur d'autres, on traite le footballeur du PSG Kylian Mbappé de " nègre enjuivé ", accompagnant cette insulte d'une croix celtique, symbole accaparé par l'extrême droite. Ailleurs, comme au pied du Sacré-Coeur, à Paris, on " glisse " des " quenelles ", geste popularisé par le polémiste antisémite Dieudonné. La provocation se niche jusque dans les profondeurs du métro parisien où, en décembre, trois gilets jaunes ont copieusement injurié une vieille dame, fille de déportée d'Auschwitz, qui les priait de cesser ce geste...Le 14 février, c'est la présidente socialiste de la région Occitanie (sud de la France), Carole Delga, qui reçoit un courrier de menaces, avec quatre croix gammées (dessinées à l'envers), s'ouvrant sur ces mots : " Chère salope et cher sale juif ". Le tout servi avec des " ignominies " du même acabit, témoigne l'ancienne parlementaire. " Je reçois parfois des lettres d'insultes, et c'est la deuxième fois avec des menaces de mort, mais la première fois avec des symboles fascistes ", a raconté l'ex-secrétaire d'Etat au Commerce, qui a déposé plainte.Face à ces relents haineux, une quinzaine de partis politiques se sont réunis contre l'antisémitisme, le mardi 19 février, place de la République à Paris, ainsi que dans d'autres villes de France. L'occasion, pour certains, de fustiger une série d'actes illustrant d'après eux la dérive antisémite des gilets jaunes. Pour d'autres, il s'agit des conséquences d'une greffe sur ce mouvement aussi polarisé que disparate, de groupuscules d'extrême gauche dont l'antisionisme virulent sert souvent de faux nez à un antisémitisme ancien (anticapitaliste), ou au ralliement de figures de l'ultradroite antisémite.Pour l'historien Pierre Birnbaum, cité dans les colonnes du Monde, ce mouvement de colère antiélites et antioligarchie n'a pas mûri sur un terreau antisémite. Mais il créerait un " climat propice " à l'expression d'un vieil imaginaire antisémite, qui associe les juifs à l'exercice du pouvoir. Même si tous sont loin de céder à ces sirènes. Durant l'acte IX, le 12 janvier, un échange capté par les caméras montrait des partisans de Dieudonné conspués par des gilets jaunes. Pendant que les uns scandaient " Dieudonné président ", " Les juifs sont des criminels ", leurs contradicteurs répliquaient: " C'est quoi votre problème avec les juifs ? " " Casse-toi, sale facho de merde ", " On est juif, on est arabe, on est Noir, on est tous pareils. [...] Le seul clivage, c'est les riches et les pauvres. On est tous ensemble ici, et on ne veut pas d'antisémites ", s'égosillait même l'un d'eux. Dimanche 27 janvier, à Lyon, une chaîne humaine de gilets jaunes s'est par ailleurs jointe à la commémoration des victimes de la Shoah.D'autres symboles ont été profanés ces dernières semaines en France. Dans la nuit du 10 au 11 février, deux portraits de Simone Veil, rescapée d'Auschwitz, ont été barrés de croix gammées. Ces oeuvres de street art, commandées au moment de la panthéonisation de la femme politique, étaient peintes sur des boîtes aux lettres près de la mairie du xiiie arrondissement de Paris. " Quand on s'en prend aux juifs [...] c'est toujours le prélude à une violence qui va s'abattre sur tout le monde ", a présagé le rabbin Delphine Horvilleur après cet outrage. A Villiers-le-Bel (au nord de Paris), une stèle dédiée aux victimes de l'Holocauste a été renversée et brisée le 14 février. Depuis quatre ans qu'elle y était installée, jamais elle n'avait été souillée... Plusieurs graffitis antijuifs sont également apparus dans les rues de Paris, notamment ce tag " Juden " (" juif " en allemand), en lettres jaunes, le 8 février, sur la vitrine d'une enseigne Bagelstein. Une référence aux inscriptions qui signalaient les commerces juifs pendant la Nuit de cristal, en Allemagne, en 1938.