Independence porte bien son nom. Cette petite ville de l'Iowa, dans l'Amérique profonde, est témoin des retrouvailles poignantes entre quatre femmes, Evelyn, mère possessive, névrosée, abandonnée par son mari, et ses filles qui ne désirent qu'une chose: partir, s'évader, prendre leur indépendance vis-à-vis de l'amour tyrannique et égoïste de leur génitrice. Trois soeurs, trois personnalités contrastées. Sherry, la benjam...

Independence porte bien son nom. Cette petite ville de l'Iowa, dans l'Amérique profonde, est témoin des retrouvailles poignantes entre quatre femmes, Evelyn, mère possessive, névrosée, abandonnée par son mari, et ses filles qui ne désirent qu'une chose: partir, s'évader, prendre leur indépendance vis-à-vis de l'amour tyrannique et égoïste de leur génitrice. Trois soeurs, trois personnalités contrastées. Sherry, la benjamine, s'enferme dans la désinvolture et la provocation. Jo, la cadette, est coincée entre son sentiment de culpabilité d'abandonner sa mère et son envie irrépressible de voler de ses propres ailes. Kim, l'aînée, professeur de littérature, lesbienne, est pleine d'ambiguïté, déchirée entre un besoin de séduire et ses aspirations à s'assumer. Elle a réussi, elle, à fuir l'enfer familial depuis quatre ans. Son retour au bercail, à la demande de Jo, donne lieu à un cruel et violent huis clos au féminin.Jamais montée auparavant en Belgique, Independence, de l'auteur américain Lee Blessing (on se souvient de sa Guerre des roses, adaptée au cinéma), parle d'amour et de haine, d'angoisse et de solitude, de manipulations et d'attentes désespérées. Le ton est à la fois cinglant, drôle et profondément humain. On sort du spectacle mal à l'aise, perturbé, avec une question obsédante: à quoi sert la famille? La balle est dans notre camp... Dans un décor kitsch à souhait, parfaitement révélateur de l'esprit étroit des petites villes provinciales américaines, Anne Marev, bouleversante et effrayante de vérité, règne en maître dans cette pièce de Blessing. Elle est entourée de Lesly Bunton (Kim), faussement sage dans le rôle de l'aînée, de Axelle Maricq (Jo), habituée des scènes italiennes mais que l'on aimerait voir davantage sur nos planches car son talent est une agréable découverte, et, enfin, de la jeune et prometteuse Eléonore Meeus (Sherry), fraîchement émoulue du conservatoire de Bruxelles. La mise en scène d'Yvan Baudouin, si elle manque un peu de rythme, souligne néanmoins avec justesse les subtilités de caractère des personnages.Bruxelles, Théâtre Baudouin-Bunton, jusqu'au 24 mars. Tél.: 02-640 27 60.Th.D.