De notre correspondant
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De notre correspondant Pouvait-on imaginer un tel fiasco ? Huit heures de négociations, achevées le 28 septembre, avaient conclu dix jours de délire politico-financier par un accord entre le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, et les leaders démocrates et républicains du Congrès, instituant un plan de rachat d'une valeur de 700 milliards de dollars. La création, en l'occurrence, d'un fonds public chargé de récupérer et de liquider les créances frelatées détenues par les institutions financières américaines. Un plan de sauvetage sans précédent, équivalent à la facture de deux guerres d'Irak, que George Bush en personne avait promu à sa manière virile : " Il faut lâcher l'argent ou nous allons droit dans le mur. "On ne l'a pas écouté. Le non du Congrès, le lundi 29 septembre, par 3 démocrates sur 10, mais surtout par les deux tiers des républicains de la Chambre des représentants, a confirmé l'insondable indifférence et même le mépris des législateurs pour un président en partance et moins populaire encore que Richard Nixon au lendemain du Watergate. Bush a, de plus, gaffé. Une fois encore reclus dans ses certitudes, il a cru pouvoir reproduire, face au péril financier, l'union sacrée parlementaire et la discipline politique qui prévalaient aux grandes heures de la lutte antiterroriste, en tentant d'imposer sans compromis un plan de renflouement public massif, une " nationalisation socialisante " totalement contraire à l'orthodoxie conservatrice des membres de son parti. Le président en fin de carrière a négligé des points essentiels : l'hostilité générale et l'incompréhension de l'opinion envers le projet et la gravité des enjeux pour l'économie américaine autant que l'angoisse des élus de son parti, obnubilés par leur réélection en novembre et bientôt confrontés, dans leurs circonscriptions, à leur base militante, qui menace de les lâcher à la veille du scrutin. Pour ne rien arranger, les idéologues républicains ont trouvé un appui inattendu dans les rangs des populistes démocrates. 93 de leurs représentants ont voté contre le plan pour obéir à des électeurs convaincus que ces 700 milliards seraient dévolus à l'indemnisation des nababs de Wall Street et au paiement des traites de leurs yachts ou, pis, au sauvetage de la réputation du gouvernement Bush. Cet affront aux consignes des leaders démocrates du Congrès est d'autant plus surprenant que ces derniers semblaient avoir imposé leurs exigences lors des négociations avec le Trésor américain, en obtenant un contrôle du Congrès sur l'attribution de la deuxième tranche de 350 milliards de dollars nécessaires au sauvetage qui aurait rogné les prérogatives de la Maison-Blanche. En l'occurrence, des plafonds sanctions sur les montants des parachutes dorés accordés aux dignitaires de banques sollicitant le secours de l'Etat et la promesse d'un futur remboursement au contribuable du pactole budgétaire utilisé. Et plus encore : le soutien de l'Etat pour contraindre les organismes prêteurs à plus de mansuétude envers les ménages incapables de payer leurs traites immobilières. Peu importe. En attendant le vote, prévu le jeudi 2 octobre à l'heure où nous imprimions le magazine, sur fond de chute dramatique de Wall Street et d'étranglement du crédit, le lundi noir de Washington n'aura pas rehaussé l'image et la crédibilité des institutions de la première puissance mondiale. Peut-il seulement influer sur l'issue de la présidentielle ? Barack Obama, comme John McCain, est resté tiède envers le plan de sauvetage, qu'il a décrit comme le " point culminant d'une période désolante de notre histoire ". Le marasme économique augmente ses chances à l'élection, mais l'énormité du plan augure, si le démocrate est élu, une révision déchirante de son programme. Obama, président de " l'espoir ", serait déjà promis à devenir celui des vaches maigres et du réalisme. Philippe Coste