La crise économique pousse les Belges à couper dans leurs dépenses. Selon une enquête du Crioc (Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs) publiée début février, " les consommateurs ont fortement mis l'accent sur la limitation des dépenses de loisirs (sorties, voyages, restos) au cours des six derniers mois ".
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La crise économique pousse les Belges à couper dans leurs dépenses. Selon une enquête du Crioc (Centre de recherche et d'information des organisations de consommateurs) publiée début février, " les consommateurs ont fortement mis l'accent sur la limitation des dépenses de loisirs (sorties, voyages, restos) au cours des six derniers mois ". Pour donner un coup de pouce à l'horeca, les autorités européennes ont donc décidé de réduire les taux de TVA applicables dans les secteurs " à haute densité de main-d'£uvre ", tels que la restauration. L'accord est survenu début mars. La directive devrait entrer en vigueur au plus tard le 1er janvier 2011, mais plusieurs pays aimeraient hâter le processus décisionnel pour appliquer la réduction de la TVA dans l'horeca dès 2010. En Belgique, le gouvernement fédéral a pris les devants. Fin mars, le ministre des Finances a convié les fédérations du secteur horeca à une réunion. Il leur a fait comprendre que, si l'Etat baisse la TVA à 6 %, cette mesure devra s'accompagner de progrès dans la lutte contre la fraude fiscale. Ce n'est en effet un secret pour personne : une partie du chiffre d'affaires du secteur n'est pas déclarée. Les clients qui paient en espèces ne reçoivent pas toujours une souche TVA, impliquant la prise en compte du montant dans la comptabilité du restaurateur. Sans même parler du travail au noir, qui concernerait jusqu'à 70 000 équivalents temps plein selon la FGTB Horeca-Alimentation, pour 100 000 travailleurs déclarés et 80 000 indépendants. Les fédérations ont dit être disposées à fournir un effort à cet égard. Il est question de sanctions aggravées, dont la suspension des activités du restaurateur, en cas de fraude manifeste. Cela permettrait à l'Etat, à qui la réduction de la TVA devrait coûter 482 millions d'euros, de tempérer son effort budgétaire grâce aux rentrées fiscales supplémentaires amenées par la fin du travail au noir et l'augmentation de l'activité. Cela suppose toutefois que la baisse de la TVA se répercute peu ou prou dans l'addition finale. Or tout le monde n'est pas d'accord sur l'utilisation de cette " manne " fiscale. Pour les organisations de défense des consommateurs, la baisse des tarifs doit être prioritaire. Les syndicats, quant à eux, estiment préférable de rendre un statut plus décent au personnel du secteur horeca. Les patrons de restaurants, enfin, entendent bien profiter de la TVA réduite pour augmenter leur marge. Une autre question s'impose : la méthode est-elle la bonne ? Selon un rapport publié en 2003 par la Commission européenne, " la transmission, dans les prix aux consommateurs, de la baisse du taux de TVA n'est jamais totale. Une partie de cette baisse a servi à augmenter la marge des prestataires ". Clément Carbonnier, maître de confé-rences à l'université de Cergy-Pontoise, près de Paris (cité par Le Soir), a calculé qu'une baisse de TVA n'est répercutée, en moyenne, que pour deux tiers dans les prix. Quant aux créations d'emplois, la Commission a balayé l'argument : " La baisse du taux de TVA n'est jamais la mesure la plus efficace, et son coût budgétaire est élevé par rapport à ses effets économiques. " Ph.G.