L'affaire agite le landerneau politico-culturel. En 1794, après la bataille de Fleurus, les troupes révolutionnaires françaises organisent à Tournai ce qu'il convient d'appeler un pillage en règle. Cible privilégiée : les £uvres d'art de grande qualité. C'est ainsi que quatre peintures disparaissent, trois Rubens et un Jordaens. Plus de deux siècles plus tard, une seule a réintégré les collections de la cathédrale après un passage au Louvre : la Délivrance des âmes du purgatoire. Les trois autres doivent revenir. Au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles...

L'affaire agite le landerneau politico-culturel. En 1794, après la bataille de Fleurus, les troupes révolutionnaires françaises organisent à Tournai ce qu'il convient d'appeler un pillage en règle. Cible privilégiée : les £uvres d'art de grande qualité. C'est ainsi que quatre peintures disparaissent, trois Rubens et un Jordaens. Plus de deux siècles plus tard, une seule a réintégré les collections de la cathédrale après un passage au Louvre : la Délivrance des âmes du purgatoire. Les trois autres doivent revenir. Au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, une motion a été approuvée à l'unanimité pour réclamer au musée des Beaux-Arts de Nantes, où l'£uvre est conservée, la restitution du Triomphe de Judas Maccabée. Les deux dernières n'ont pas quitté le pays : elles se trouvent aux Musées royaux des beaux-arts de Bruxelles depuis le XIXe siècle ; c'est donc à l'Etat belge que Tournai demande de lui rendre ce qui lui appartient. " A l'époque du pillage, les tableaux sont exposés dans l'église de l'ancienne abbaye Saint- Martin ", affirme le conservateur du musée des Beaux-Arts de Tournai. Il s'agit d'une Adoration des Mages de Rubens sur trois et d'un Saint Martin guérissant un possédé, de Jordaens. Dans une note à l'intention du collège communal, le conservateur Jean-Pierre De Rycke affirme que la propriété de ces tableaux n'a jamais été contestée. " A la chute de Napoléon en 1815, ils auraient dû regagner les lieux de leur enlèvement, écrit-il. En dépit de réclamations insistantes de Tournai au XIXe siècle, ils restèrent à Bruxelles sur la base d'arguments tout aussi spécieux les uns que les autres . " C'est ce débat que vient de rouvrir en commission Economie de la Chambre la députée MR Marie-Christine Marghem. Rouvrir parce qu'il n'est pas nouveau. En 1928, le premier conservateur du musée des Beaux-Arts de Tournai avait déjà porté le différend devant le Parlement par le biais du sénateur Asou. S'il fut décidé, à l'époque, de restituer les £uvres, le gouvernement mis sous pression par les Musées royaux et le lobby artistique de la capitale refusa d'appliquer la décision. Un compromis fut négocié pour la mise en dépôt à titre compensatoire de neuf £uvres de qualité, d'une valeur nettement inférieure à celle des tableaux réclamés. Progressivement jusqu'en 2008, ces £uvres sont retournées à leur expéditeur. Il n'en reste plus que deux. Rendre justice à Tournai ? C'est ce qu'exigent les membres du conseil communal. La députée Marghem a relayé leur revendication auprès du ministre de tutelle Paul Magnette, qui n'a pas la même lecture de l'histoire. Pour lui, le dépôt de l'époque n'impliquait en rien un transfert de propriété de l'Eglise vers la Ville. Insatisfaits et frustrés de la réponse, les Tournaisiens n'entendent pas désarmer. D'autant qu'ils nourrissent de nouvelles ambitions culturelles. DIDIER ALBINInsatisfaits et frustrés, les Tournaisiens n'entendent pas désarmer