Cette fois, le PS liégeois fait bloc. Abonné, jusqu'à un passé récent, aux luttes fratricides, il se présente aux électeurs en affichant une surprenante unité (de façade). Au lendemain du 7 juin, il pourrait s'affirmer comme le maillon fort, voire le dernier bastion, du socialisme belge. A Charleroi, Huy, Namur, ou dans le Borinage, le PS tangue, blessé par les " affaires ". L'agglomération liégeoise, elle, reste épargnée. Le scénario de 2007 va-t-il se répéter ? Aux dernières élections fédérales, les socialistes avaient bu la tasse partout en Wallonie, sauf en province de Liège, où ils avaient limité les pertes, passant de 35 à 32 %. Deux ans plus tard, même la rivalité entre Michel Daerden et Jean-Claude Marcourt, qui briguaient tous les deux la tête de liste pour les régionales, n'a pas rallumé le feu au sein de la fédération liégeoise du PS. Le ministre wallon de l'Economie s'est incliné, non sans avoir reçu un lot de consolation : la tête de liste à l'Europe.
...

Cette fois, le PS liégeois fait bloc. Abonné, jusqu'à un passé récent, aux luttes fratricides, il se présente aux électeurs en affichant une surprenante unité (de façade). Au lendemain du 7 juin, il pourrait s'affirmer comme le maillon fort, voire le dernier bastion, du socialisme belge. A Charleroi, Huy, Namur, ou dans le Borinage, le PS tangue, blessé par les " affaires ". L'agglomération liégeoise, elle, reste épargnée. Le scénario de 2007 va-t-il se répéter ? Aux dernières élections fédérales, les socialistes avaient bu la tasse partout en Wallonie, sauf en province de Liège, où ils avaient limité les pertes, passant de 35 à 32 %. Deux ans plus tard, même la rivalité entre Michel Daerden et Jean-Claude Marcourt, qui briguaient tous les deux la tête de liste pour les régionales, n'a pas rallumé le feu au sein de la fédération liégeoise du PS. Le ministre wallon de l'Economie s'est incliné, non sans avoir reçu un lot de consolation : la tête de liste à l'Europe. Grand meeting électoral, ce mardi soir, dans l'ancien cinéma Rialto d'Ougrée, au c£ur du Seraing industriel. En attendant les premiers discours, les militants boivent des coups ou commandent un morceau de tarte. Les ténors locaux sont tous là : Jean-Claude Marcourt ; Willy Demeyer, bourgmestre de Liège et président de la fédération ; Isabelle Simonis, députée wallonne et bourgmestre de Flémalle ; Véronique De Keyser, députée européenne ; Christie Morreale, vice-présidente du PS et échevine à Esneux ; Alain Onkelinx, député wallon (et frère de Laurette) ; Julie Fernandez, secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées... L'atmosphère ? Détendue, étonnamment. Même si tous évoquent une campagne " difficile ". Sur les marchés, les candidats ne comptent plus les insultes racistes ou homophobes. " On n'a jamais connu ça, confie Véronique De Keyser. Sur 10 personnes, 3 réagissent de façon agressive. Pour moi, nous vivons des moments semblables aux débuts du rexisme. "A droite de la scène, le drapeau européen. A gauche, le drapeau wallon. Une chorale entonne L'Internationale. Suivent les discours. Jean-Claude Marcourt, dans un style tribun un peu forcé, roule des mécaniques : " Le Val Saint-Lambert, Durobor à Soignies, Royal Boch à La Louvière, ce ne sont pas des secteurs verts. Qu'auraient fait les écolos pour toutes ces entreprises que les socialistes ont sauvées ? " Willy Demeyer, autre baraqué, prend le relais : " Sans nous, la relance serait menacée. Car, pour sortir de la crise, nous aurons besoin d'un coup de pouce des finances publiques, et probablement d'un léger déficit pendant quelques années. " Pendant que son " ami " Willy s'exprime à la tribune, Michel Daerden assure le show dans l'arrière-salle. Accoudé au bar, devant 3 verres de vin (2 rosés et 1 blanc), il harangue les militants, cause wallon, évoque ses souvenirs. Quand vient son tour de monter sur l'estrade, il tire la sonnette d'alarme. " On est mal... Lisez les sondages de Vers L'Avenir. A Mons, Elio perd. A Liège, je perds aussi. Tout le monde perd. A mon avis, ils truquent les chiffres... " Hilarité dans la salle. Daerden se retourne vers Demeyer, et l'interpelle, mi-condescendant, mi-fraternel : " Willy, on va faire mieux que ça, hein ! " Le ministre du Budget reprend : " Mes amis, si on ne se ressaisit pas, on est foutus. Il reste quelques jours. Que chacun d'entre vous ramène 2 ou 3 voix, je vous en supplie. Sans ça, le 8 juin, on n'est plus là. " A peine son discours achevé, Michel Daerden traverse la salle, vide le verre de rosé qu'il a laissé au bar, puis s'engouffre à l'arrière de son Audi aux vitres teintées. Plusieurs véhicules convertis en panneaux électoraux ambulants stationnent dans la même rue. Une Citroën Jumpy blanche à la gloire de Willy Demeyer. Le combi orange VW Transporter d'Alain Onkelinx. Un utilitaire Iveco bardé d'affiches d'Isabelle Simonis. A quelques rues de là, la carcasse refroidie du haut-fourneau B d'ArcelorMittal, à l'arrêt depuis le 19 mai, domine toujours la Meuse. Un symbole. Mais de quoi ? L'arrondissement de Liège pèse lourd : plus de 400 000 électeurs, 13 députés au parlement wallon (contre 9 pour Charleroi). Des 6 sièges que le PS avait conquis en 2004, combien en sauvera-t-il ? En parfaite disciple de Didier Reynders, Christine Defraigne, tête de liste du MR, cogne contre les socialistes : " Le Groupe de reconversion économique, présidé par Michel Daerden, ne se réunit jamais, dénonce-t-elle. On a créé l'Agence de stimulation technologique pour faire plaisir au CDH, l'Agence de stimulation économique pour contenter le PS, et plein d'autres bidules pour caser les petits copains. " Paroles agressives, à l'image de cette campagne. En toile de fond : la reconversion de la sidérurgie, le tracé du futur tram, l'emplacement du nouveau stade du Standard, la construction de l'autoroute Cerexhe-Heuseux-Beaufays... Autant d'enjeux cruciaux pour la région liégeoise, sur lesquels le prochain gouvernement wallon devra se prononcer. FRANÇOIS BRABANT