Il est un pays surréaliste où l'extrême gauche défend l'unité de la mère patrie... Toujours fidèle à son credo marxiste, le Parti du travail de Belgique est le seul parti du pays à ne pas être scindé en une aile francophone et une aile néerlandophone. Son porte-parole est un grand gaillard au verbe haut, biologiste de formation et ornithologue par passion, dont les racines familiales en disent long : un père originaire d'Oostkamp, près de Bruges, et une mère native de Hasselt, l'un comme l'autre venus travailler dans l'industrie liégeoise. Entretien.
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Il est un pays surréaliste où l'extrême gauche défend l'unité de la mère patrie... Toujours fidèle à son credo marxiste, le Parti du travail de Belgique est le seul parti du pays à ne pas être scindé en une aile francophone et une aile néerlandophone. Son porte-parole est un grand gaillard au verbe haut, biologiste de formation et ornithologue par passion, dont les racines familiales en disent long : un père originaire d'Oostkamp, près de Bruges, et une mère native de Hasselt, l'un comme l'autre venus travailler dans l'industrie liégeoise. Entretien. Raoul Hedebouw : Tout analyser sur une base Nord-Sud, c'est ça, le vrai aveuglement. J'ai toujours ressenti qu'il y avait beaucoup plus de points communs entre les Liégeois et les Limbourgeois qu'entre Liège et, par exemple, Nivelles. Avec mon accent liégeois, quand je parle néerlandais, ça donne l'accent limbourgeois : une langue chantante, traînante, où on n'est pas pressé de mettre les lettres les unes à la suite des autres... Au Standard, je me retrouve avec 30 % de Limbourgeois dans le stade. L'an passé, lors du match Standard-Genk, il y avait une banderole en tribune 3 : " Er is maar één club in Limburg : Standard de Liège " (1). Si je dis ça, c'est pour brouiller les cartes, pour montrer qu'on ne peut pas résumer la Belgique à une opposition entre francophones et néerlandophones. Pourquoi les Liégeois et les Limbourgeois sont-ils si proches ? Parce qu'ils partagent la même histoire, et notamment la même histoire sociale. La principauté de Liège comprenait une grande partie de l'actuelle province de Limbourg. Comme nous, les Limbourgeois ont connu les fermetures des mines. Comme nous, ils ont connu l'immigration grecque, turque ou italienne. Je ne nie pas ces différences. Ce qui m'énerve, c'est qu'on ne voit qu'elles, alors qu'il y a aussi des choses qui nous rapprochent, par-delà la frontière linguistique. Ma grand-mère, à Hasselt, préparait toujours de la tarte au riz pour le goûter. C'est une spécialité limbourgeoise. Qu'est-ce que j'en ai mangé ! Eh bien, la même délicieuse tarte au riz, on la retrouve à Verviers. Malheureusement, je me demande combien de Verviétois et de Hasseltois le savent encore... Les gens ne se connaissent plus. Et cette absence de dialogue permet de facilement véhiculer des clichés. Exemple : les Flamands ne savent pas s'amuser. Tous ceux qui ont déjà mis un pied dans un café flamand savent que ce n'est pas vrai. Une fois par mois, je vais dans mon pub irlandais sur la Groenplaats à Anvers. Je peux vous dire que c'est la " fiesse " complète. Je vois les choses autrement. Je pense que notre gros problème, c'est l'enseignement des langues. Un Etat fédéral moderne devrait être capable de rendre tous ses citoyens bilingues. J'aime rappeler qu'en Belgique l'organisation du mouvement ouvrier (centrales syndicales, mutualités, coopératives), elle est née à Gand. La combativité, elle est venue de Wallonie. Et la revendication politique, la conceptualisation, elle s'est développée à Bruxelles. C'est grâce à sa diversité que le mouvement ouvrier a obtenu ses acquis. (1) " Il n'y a qu'un seul club limbourgeois : le Standard de Liège. "FRANÇOIS BRABANT