Tous ceux qui ne retiennent de la pratique de Fernando Botero (Medellin, 1932) que les nus potelés, adipeux diront les mauvaises langues, en seront pour leurs frais. L'exposition Au-delà des formes, présentée au Beaux-arts Mons (BAM), permet d'embrasser une oeuvre globale et inclusive bien plus vaste que l'étiquette "art moderne périphérique" dont on l'affuble aussi distraitem...

Tous ceux qui ne retiennent de la pratique de Fernando Botero (Medellin, 1932) que les nus potelés, adipeux diront les mauvaises langues, en seront pour leurs frais. L'exposition Au-delà des formes, présentée au Beaux-arts Mons (BAM), permet d'embrasser une oeuvre globale et inclusive bien plus vaste que l'étiquette "art moderne périphérique" dont on l'affuble aussi distraitement qu'injustement. Périphérique? Venu de Colombie, l'artiste n'a pas manqué de pâtir, en termes de reconnaissance s'entend, de cet éloignement géographique envers un marché de l'art que les grandes puissances économiques façonnent à leur image. "Il n'y a pas un seul Botero dans les collections des institutions belges, ni même dans l'espace public", confirme Xavier Roland, directeur du musée montois. Pourtant, c'est bien à un artiste majeur que l'on a affaire. "Ce qui étonne, c'est sa faculté à digérer et s'approprier toute l'histoire de l'art, note la curatrice Cecilia Braschi. C'est un regardeur à l'affût des avant-gardes, on ne se rend pas compte que son travail dialogue avec une foule de courants artistiques, il intègre aussi bien Willem de Kooning, auquel il s'intéresse bien avant tout le monde, que l'abstraction. Son génie est de restituer toutes ces références sous une forme incroyablement harmonieuse, de ce fait accessible à tous." Si la forme est l'obsession majeure de Botero - pour faire exister celle-ci pleinement dans le champ de l'oeuvre, il n'a de cesse d'étirer et distordre le réel -, il ne faudrait pas, pour autant, faire de lui un esthète retiré dans sa tour d'ivoire. Une bouleversante section consacrée à la série, entamée en 2007, sur la prison d'Abou Ghraib (corpus qu'il a préféré céder à l'université de Berkeley plutôt que le vendre) témoigne d'un plasticien attentif au monde, soucieux d'en panser les plaies.