1 ASSURANCE GROUPE Un avantage non négligeable

Joël, 25 ans, est ingénieur. Il vient à peine d'entrer sur le marché du travail mais est déjà courtisé par plusieurs sociétés. Entre deux d'entre elles, son coeur balance. Elles lui proposent grosso modo le même salaire brut (2 800 euros par mois) mais l'une des deux lui offre en plus une assurance groupe. Réellement intéressant ou pas ?
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Joël, 25 ans, est ingénieur. Il vient à peine d'entrer sur le marché du travail mais est déjà courtisé par plusieurs sociétés. Entre deux d'entre elles, son coeur balance. Elles lui proposent grosso modo le même salaire brut (2 800 euros par mois) mais l'une des deux lui offre en plus une assurance groupe. Réellement intéressant ou pas ? Assuralia, l'union professionnelle des compagnies d'assurance, a sorti sa calculette pour lui. En se basant sur l'hypothèse d'une rémunération qui augmente chaque année de 3 %, un rendement de 3,25 %, une capitalisation où les prestations en cas de décès sont égales aux réserves constituées ainsi que sur une allocation patronale de 2 % de son salaire chaque mois, Joël en arriverait, après quarante ans, à un capital brut de 92 187 euros. Pour un net de 79 770 euros, après déduction d'une cotisation de 3,55 % à l'Inami, de 2 % de solidarité, de 10 % d'impôt final et (enfin) de 7 % d'additionnels communaux. L'assurance groupe est donc un " plus " non négligeable. Dommage que toutes les entreprises ne procurent pas cet avantage complémentaire : elles n'y sont en effet pas obligées. Celles qui le font peuvent en outre décider de prendre elles-mêmes en charge tout ou partie des primes ou d'en imputer le montant à leurs salariés. Quant au capital payable à 65 ans, il peut également être transformé en une rente mensuelle. Tous les spécialistes le répètent : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Caroline l'a bien compris. Elle n'a que 25 ans, vient à peine de s'installer dans sa vie professionnelle, mais elle commence déjà à épargner pour ses vieux jours. Elle a opté pour un compte épargne-pension classique, qui lui permet de se constituer un joli capital en bénéficiant d'un sérieux coup de pouce fiscal. Et quitte à s'y prendre tôt, autant le faire à fond : elle verse d'emblée le maximum autorisé, à savoir 940 euros par an - pour 2013, ce plafond étant indexé chaque année. Soit moins de 80 euros par mois. Si elle maintient le même rythme jusqu'à ses 65 ans, à quel pactole peut-elle s'attendre ? Elle bénéficiera d'abord, chaque année, d'une réduction d'impôts de 30 % maximum, soit 282 euros. Ensuite, si l'on additionne tous les versements, que l'on se base sur un rendement moyen (fictif, puisqu'il est impossible de prédire l'avenir) et que l'on retire toutes les taxes, on obtient un capital de 114 213 euros. Tous les jeunes n'ont bien sûr pas les moyens (ou l'envie) de commencer à épargner pour un avenir qui peut sembler si lointain. Libre à eux de commencer avec des montants inférieurs, voire d'interrompre un temps puis de reprendre les versements. " C'est un produit souple, mais pour avoir de bons résultats, mieux vaut se montrer régulier, conseille Carine Van Gorp, spécialiste en fiscalité chez Belfius. Surtout à partir de 50 ans, sinon cela peut avoir des répercussions sur les versements ultérieurs. " Caroline aurait aussi pu choisir un plan épargne long terme, qui lui aurait permis de verser maximum 2 260 euros pour obtenir de nouveau 30 % (au mieux) de réduction d'impôts, ainsi qu'un rendement minimum garanti. Mais cette option est moins prisée des jeunes, puisqu'elle se situe dans la même corbeille fiscale que le crédit hypothécaire. Il était temps ! A la plus grande satisfaction de Jean, les pensions des indépendants sont désormais alignées sur celles des salariés, depuis le 1er avril dernier. Lorsqu'il décidera de remettre son magasin, après quarante-cinq ans de service, il pourra s'attendre à recevoir 1 386 euros minimum par mois. Mais à 40 ans, il ne s'est pas encore constitué de réserve complémentaire pour ses vieux jours. Il opte dès lors pour une pension libre complémentaire pour indépendants (PLCI). Jean décide de verser annuellement le maximum autorisé, à savoir 3 017,73 euros (*) (soit 8,17 % de ses revenus, lui qui gagne 50 000 euros net taxable par an). Un peu plus de 250 euros chaque mois. En consultant les nombreux simulateurs mis en ligne par différentes banques, il constate que cela lui permet d'augmenter ses frais professionnels et donc de diminuer ses cotisations sociales. Une économie de 684 euros. Sans oublier un gain fiscal de 1 148 euros (49,2 % de la mise de départ). Sur le long terme, s'il cesse de travailler à 65 ans et pas avant, cela lui aura permis de se constituer un capital de 113 788 euros, basé sur un rendement net de 8,95 %, même si cela semble être une projection un brin optimiste (impossible de prévoir l'évolution sur vingt-cinq ans). Et avant imposition, bien entendu. Ce qui signifie qu'il faudra déduire quelque 14 132 euros tout de même. Capital net d'impôts à terme : 99 656 euros. Il ne reste plus qu'à épargner, maintenant ! (*) Exemple calculé par Allianz. Marianne vient de fêter ses 45 ans. Comme beaucoup d'autres personnes de son âge, cette cheffe d'entreprise indépendante commence à se dire qu'il serait grand temps de s'intéresser à sa retraite. Même si elle gagne confortablement sa vie (40 000 euros net par an) et qu'elle n'a pas l'intention de quitter son job avant 65 ans minimum, c'est maintenant ou jamais. Elle estime d'abord que la solution idéale serait une augmentation brute de son salaire qu'elle pourrait ainsi mettre de côté. Puis elle envisage un engagement individuel de pension (EIP). Cette assurance-vie relevant de la branche 21 a été spécialement prévue pour les dirigeants indépendants. Si elle investit 5 000 euros (brut) par année durant les deux prochaines décennies, cela lui aura permis à terme de se constituer un bas de laine de 98 885 euros (*) après réduction des retenues fiscales. Pour obtenir le même montant via une augmentation de salaire similaire de 5 000 euros par an (1 814 euros net), il lui aurait fallu placer cet argent à un taux d'intérêt de... 9,79 % ! Même si sa société fait faillite, le capital est garanti. Marianne pourra éventuellement cumuler l'EIP avec une autre formule alternative, comme la PLCI. Mais elle devra respecter une règle : la somme totale de sa pension légale et extralégale ne pourra pas dépasser 80 % de sa dernière rémunération brute annuelle. (*) Calcul effectué par AG Insurance. Hyperactif, lui ? Bertrand aime simplement son travail. Et il ne peut pas se résoudre à l'idée de raccrocher son tablier, maintenant qu'il affiche 65 ans au compteur. Puis avec les 1 450 euros de pension légale qu'il touche chaque mois pour sa femme et lui (il n'a plus d'enfants à charge), cela ne pourrait financièrement pas lui faire de tort... Vraiment ? Tout dépendra du montant que son job lui permettra de gagner. S'il parvient à dégoter un contrat de salarié, il ne devra pas dépasser un plafond de 21 436,5 euros brut annuels (17 149,19 net s'il se lance comme indépendant). Des salaires qui seront bien sûr soumis à l'impôt des personnes physiques. Et si Bertrand gagne plus que les montants indiqués ? Il devra rembourser ! " Tout dépendra du pourcentage du dépassement, explique Thierry Lagneau, du service contrôle de l'Office national des pensions. Si c'est moins de 15 %, la personne devra rembourser le pourcentage déterminé (15 % maximum, donc) de sa pension légale. Au-delà de 15 %, même pour un centime de plus, le paiement de la retraite sera entièrement suspendu. " Mauvais calcul ? Pas forcément : les salaires sont généralement supérieurs aux allocations de pension. Retraite (peu) dorée ou carrière prolongée, il faudra de plus en plus choisir, à l'avenir. La récente réforme initiée par le gouvernement Di Rupo prévoit cependant la suppression des plafonds si la personne a au moins travaillé quarante-deux ans. Mais elle n'est pas encore entrée en vigueur : initialement prévue pour le 1er janvier 2013, il semble qu'elle ait pris un certain retard et nul ne sait exactement quand ce texte sera officialisé par un arrêté royal. Quant aux personnes qui prennent leur pension avant l'âge légal, elles n'ont pas grand intérêt financier à continuer à travailler, puisque les plafonds en vigueur se révèlent beaucoup plus bas : 7 421,57 euros brut pour un salarié, 5 937,26 euros net pour un indépendant... Il pensait que sa pension légale suffirait. Mais trois ans après avoir pris sa retraite, Luc (68 ans) se rend compte que les fins de mois sont dures. Les 1 125 euros qu'il reçoit mensuellement suite à sa carrière d'indépendant ne lui suffisent pas et il n'a pas cotisé parallèlement. Sa maison - une villa à Ixelles - est son unique patrimoine. Luc décide alors d'opter pour le viager : il vend la nue-propriété de son habitation mais en conserve l'usufruit et peut donc continuer à l'habiter. Son bien est estimé à 500 000 euros. L'acheteur devra lui payer d'emblée un bouquet de 30 000 euros, puis chaque mois une rente (indexée et nette d'impôts) de 1 700 euros durant quinze ans maximum. Aucun frais à sa charge, c'est l'acheteur qui devra s'en acquitter, sauf pour le précompte immobilier. Luc est loin d'être le seul à opter pour cette solution. Les agences spécialisées constatent une augmentation significative, tant au niveau de l'offre (de plus en plus de pensionnés cherchent ainsi un revenu complémentaire tout en continuant à vivre chez eux) que de la demande (des investisseurs, déçus par la Bourse, y voient une alternative). Seul point négatif : ses enfants n'hériteront pas de sa maison. La formule est d'autant plus prisée qu'on n'a pas d'héritier. Ce n'est pas tellement l'aspect financier qui motive Elisabeth. Mais depuis le décès de son mari, cette septuagénaire se sent seule dans sa grande maison. Puis, il est vrai que la pension de survie à laquelle elle a droit, elle qui n'a jamais travaillé, ne dépasse pas les 1 000 euros. Même si elle dispose d'une petite épargne, un complément mettrait du beurre dans les épinards ! Elisabeth a entendu parler de l'habitat kangourou. Deux formules se présentent. La première consiste à adapter son logement pour y accueillir un ménage. La Région wallonne accorde même des subventions et des prêts à 0 % pour financer les travaux d'aménagement. Son bien ainsi séparé sera loué à une personne à revenus précaires. Le loyer qu'elle percevra oscillera entre 100 et 500 euros selon le profil de ses futurs locataires et servira en grande partie... à rembourser le prêt. Autre solution : mettre une chambre à disposition d'un étudiant. L'ASBL " 1toit, 2âges " offre cette possibilité contre paiement d'un loyer de 100 à 300 euros (charges comprises) par mois. Elisabeth hésite encore. Mais peu importe l'option qu'elle prendra, elle ne sera pas pénalisée fiscalement. Dans la première situation, elle sera dispensée de précompte immobilier sur la partie de son logement occupée par d'autres. Quant au kot, l'étudiant n'étant pas domicilié chez elle, elle ne sera pas taxée. Et elle se sentira moins seule. Comme 35 622 autres Belges avant eux (chiffres de 2012 - hors fonctionnaires - soit une hausse de plus de 12 000 personnes en dix ans), Sophie et Etienne entendent couler leurs vieux jours à l'étranger. Ils ne savent pas encore s'ils opteront pour l'une des trois destinations les plus prisées dans le monde par nos retraités, à savoir la France (et de loin, avec près de 15 000 résidents belges), l'Espagne ou les Pays-Bas. Mais ils sont prêts à assumer toutes les tracasseries administratives pour profiter d'un peu plus de soleil (quoique, outre-Moerdijk...). Ils savent qu'ils recevront leur pension légale belge chaque mois, mais qu'ils risquent d'être imposés selon les règles en vigueur sur leur terre d'accueil. Un avantage ou un inconvénient, selon les destinations... Aussi, s'ils restent dans l'Union européenne, ils seront toujours couverts par le système d'assurance maladie belge (ailleurs, cela dépendra des accords conclus entre la Belgique et le pays d'accueil). Ils espèrent trouver un bien immobilier moins coûteux (en France, le marché s'effondre depuis 2008), profiter d'un coût de la vie moins élevé, selon le pays sur lequel ils auront jeté leur dévolu. Encore faudra-t-il éventuellement apprendre la langue et parvenir à s'intégrer dans la vie quotidienne de leur nouveau pays d'adoption... Il fournit exactement le même travail, fait face aux mêmes responsabilités, preste le même horaire. Mais il n'est pas nommé. Et Pierre le sait : en tant qu'agent contractuel, sa retraite sera beaucoup moins importante que celle de son collègue statutaire. Selon une étude de la KULeuven, les pensions des fonctionnaires nommés correspondent en moyenne à 66 % de l'ancien revenu de travail, là où celles des salariés s'élèvent à 46 %. Ainsi, après une carrière complète, la pension mensuelle brute d'un ingénieur statutaire est 47 % plus élevée que celle d'un contractuel... Pierre, 35 ans, a la chance de travailler dans une administration qui a mis en place un système de pension complémentaire pour ses contractuels. Le principe est grosso modo le même qu'une assurance groupe relevant du deuxième pilier dans le secteur privé : chaque mois, son employeur réserve 3 % de son salaire à la constitution d'un capital pour ses vieux jours. Pierre gagne 30 000 euros brut par an. Il est entré en fonction en janvier 2011. Concrètement, cela signifie qu'à 65 ans, en plus de sa pension légale (et en admettant qu'il travaille pour le secteur public pour le restant de sa carrière), il touchera une rente annuelle de 4 049,79 euros, soit un complément de 337,5 euros chaque mois. Un montant qui sera soumis à l'impôt des personnes physiques. Actuellement, la décision d'organiser ce mode de " compensation " est laissé à l'appréciation des administrations publiques. Toutes n'y recourent pas. " Surtout dans les communes et les CPAS, explique Philippe Brack, responsable commercial collectivités chez Ethias. Ils se montrent concernés par la problématique, mais sont souvent freinés par leur situation financière. " Seules une vingtaine d'entités wallonnes ont aujourd'hui souscrit au système proposé par l'ONSSAPL (Office national de sécurité sociale des administrations provinciales et locales). Les agents contractuels ne peuvent en réalité rien décider eux-mêmes, sauf à espérer un poste dans le bon service public... M. GS.Des compléments financiers mais aussi des surplus immobiliers peuvent compenser les faibles pensions