Qui aurait pu prédire un tant soit peu le cours des événements à l'entame de 2008 ? Les douze mois écoulés resteront comme l'année des surprises. Le premier coup de théâtre est même intervenu à la veille de 2008. Guy Verhofstadt (Open VLD) a alors fait un retour triomphal sur la scène politique. Il rempilait comme Premier ministre à la tête d'un gouvernement intérimaire, tremplin à Leterme Ier. Pourtant, au lendemain des élections de juin 2007, personne n'aurait misé sur sa " résurrection " : le parti libéral flamand avait subi une lourde défaite, et la popularité d'Yves Leterme et du CD&V/N-VA était au zénith. Autre exem...

Qui aurait pu prédire un tant soit peu le cours des événements à l'entame de 2008 ? Les douze mois écoulés resteront comme l'année des surprises. Le premier coup de théâtre est même intervenu à la veille de 2008. Guy Verhofstadt (Open VLD) a alors fait un retour triomphal sur la scène politique. Il rempilait comme Premier ministre à la tête d'un gouvernement intérimaire, tremplin à Leterme Ier. Pourtant, au lendemain des élections de juin 2007, personne n'aurait misé sur sa " résurrection " : le parti libéral flamand avait subi une lourde défaite, et la popularité d'Yves Leterme et du CD&V/N-VA était au zénith. Autre exemple : pour 2008, c'est la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde que les Flamands attendaient. Et non l'éclatement du cartel gagnant CD&V/N-VA, survenu en septembre dernier ! De même, sur le plan international, la campagne pour l'élection présidentielle américaine s'annonçait sans grand suspense. A la veille des primaires démocrates, la Maison-Blanche semblait acquise à Hillary Clinton. Mais c'est son " coreligionnaire " Barack Obama qui s'est finalement imposé face au républicain John McCain, à la faveur de la crise financière et économique. En effet, dès août 2007, le marché - jusque-là très méconnu du grand public - des crédits immobiliers à risque américains était entré dans une zone de turbulences. Mais on ignorait, à l'époque, que les soubresauts du subprime allaient produire la plus grande crise financière de l'Histoire. A moins que ceux qui savaient n'aient préféré taire le chaos à venir. Et l'inconcevable est arrivé. Le 26 septembre, le cours de l'action Fortis s'est effondré. Quelques jours plus tard, le président du conseil d'administration de cette vénérable institution, Maurice Lippens, " parrain " du monde des affaires belges, a été acculé à la démission. Puis son ami, Etienne Davignon, proposé à la tête d'un Holding Fortis fortement amputé, s'est fait flinguer, lors de l'assemblée générale du 2 décembre à Bruxelles, par des petits porteurs qui ont même obtenu, le 12 décembre, de la cour d'appel, la suspension du démantèlement du groupe de bancassurance. Du jamais-vu. Enfin, dernier enseignement de 2008 et non des moindres : l'ère de l'hégémonie américaine inaugurée avec la Seconde Guerre mondiale semble condamnée. Le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück a été un des premiers, en septembre, à annoncer que l'Amérique allait " perdre son statut de superpuissance du système financier mondial ". Et, en novembre, un rapport du NIS (National Intelligence Service) des Etats-Unis confirmait l'émergence d'un monde multipolaire à l'horizon de 2025. Un monde où l'Occident ne donnerait plus le ton. L'empire de la Chine et de l'Inde s'amplifiera au détriment, aussi, d'une Europe vieillissante, empêtrée dans des blocages d'Etats plus soucieux de leurs intérêts nationaux que mus par la volonté d'une construction politique digne de ce nom. L'Union européenne pourrait ainsi perdre son statut d'acteur de premier plan dans le concert des nations. Mais, alors, elle ne pourra prétendre qu'elle ne savait pas. Dorothée Klein Rédactrice en chef