Les lettres de Paul et les Actes des apôtres laissent entendre que des femmes ont été fondatrices d'églises domestiques et ont codirigé des communautés chrétiennes. Elles prophétisaient, enseignaient l'Evangile. Néanmoins, deux mille ans plus tard, leur place exacte dans l'Eglise naissante est toujours l'objet de débats. Et pour cause : ni l'Eglise catholique romaine, ni l'Eglise orthodoxe ne permettent l'accès des femmes au ministère sacerdotal. Argumentation : tout prêtre célèbre l'eucharistie (la messe) in persona Christi (en la personne du Christ). Il ne peut donc être qu'un homme, puisque Jésus était un homme, et qu'il n'a appelé que des hommes auprès de lui parmi l...

Les lettres de Paul et les Actes des apôtres laissent entendre que des femmes ont été fondatrices d'églises domestiques et ont codirigé des communautés chrétiennes. Elles prophétisaient, enseignaient l'Evangile. Néanmoins, deux mille ans plus tard, leur place exacte dans l'Eglise naissante est toujours l'objet de débats. Et pour cause : ni l'Eglise catholique romaine, ni l'Eglise orthodoxe ne permettent l'accès des femmes au ministère sacerdotal. Argumentation : tout prêtre célèbre l'eucharistie (la messe) in persona Christi (en la personne du Christ). Il ne peut donc être qu'un homme, puisque Jésus était un homme, et qu'il n'a appelé que des hommes auprès de lui parmi les douze apôtres. L'ordination au sacerdoce réservée aux hommes ne relève pas de la simple " discipline " de l'Eglise, qui a changé au cours des siècles, mais de son dogme le plus imprescriptible, fondé la tradition : la charge d'enseigner, de sanctifier et de gouverner les fidèles a toujours été réservée à des hommes. A ceux qui accusent l'Eglise de misogynie, elle réplique que, hormis les ministères ordonnés - évêque, prêtre, diacre -, toutes les fonctions dans l'Eglise sont ouvertes aux femmes. Des papes, en se référant à l'affection que Jésus portait aux femmes, n'ont cessé de louer les valeurs féminines capables d'humaniser la société. Pour autant, déplorent les milieux catholiques féministes et l'aile progressiste du clergé et de l'épiscopat, les clercs chargés de délibérer et de décider du sort de l'Eglise sont tous des hommes, et cela alors que les femmes ont aujourd'hui des postes de direction dans les entreprises, la fonction publique, la politique... Le paradoxe est frappant : les femmes sont majoritaires dans les ordres religieux, les écoles catholiques, les aumôneries d'universités, d'hôpitaux, de prisons... La plupart de ceux qui assurent le catéchisme aux enfants sont des femmes. Elles animent aussi des messes et des retraites, préparent les fidèles au mariage, au baptême... Mais elles n'ont pas voix au chapitre dans l'élaboration des orientations de l'Eglise qui portent sur la vie du couple, la contraception, le divorce ou la procréation artificielle. Le fait de réserver à un prêtre la célébration des sacrements aboutit à des situations absurdes : une aumônière d'hôpital qui a accompagné un mourant doit attendre son arrivée et lui laisser la place pour l'onction des malades. Une évolution du droit canon est-elle envisageable ? En 1994, Jean-Paul II a décrété que l'ordination au sacerdoce était " définitivement " réservée aux hommes. Tout débat sur le sujet est donc formellement interdit au sommet de l'Eglise. Sur le terrain, le ministère féminin s'avère d'ailleurs un véritable casse-tête pour une Eglise dont la majeure partie des membres se situe désormais dans des pays où l'égalité hommes-femmes est loin d'être acquise. Le pape François a accepté de constituer une commission chargée d'envisager l'accession des femmes au diaconat. Si, un jour, elles sont ordonnées diacres, elles pourront baptiser, marier, célébrer des funérailles, conduire la prière, proclamer l'Evangile et prêcher (mais pas confesser, ni célébrer la messe). L'initiative a-t-elle une chance d'aboutir ? On peut en douter, à cause du risque de schisme dans l'Eglise et de la peur de la contagion : si des femmes sont ordonnées diacres, au nom de quels arguments interdirait-on les femmes prêtres ?