Après les affrontements du weekend - qui ont fait quatre morts et des centaines de blessés - que peut faire le jeune "président par intérim", reconnu par une cinquantaine de pays ?

Quelles options sur la table ?

A l'issue d'une réunion à Bogota du Groupe de Lima (13 pays latino-américains majoritairement hostiles au régime Maduro, plus le Canada), Juan Guaidó a demandé à la communauté internationale de ne pas relâcher la pression sur ceux qui "menacent la stabilité du continent".

Le vice-président américain Mike Pence, qui assistait à la rencontre, a répondu que "toutes les options restaient ouvertes".

"Maduro est plus isolé que jamais et son gouvernement est devenu un paria international", affirme à l'AFP David Smilde, expert de l'Institut WOLA à Washington.

Pour Félix Seijas, directeur de l'institut vénézuélien Delphos, si la communauté internationale est aussi déterminée qu'elle le dit, "alors Maduro hier n'a fait qu'accélérer une spirale fatale". Mais sinon, "les choses vont de sérieusement se compliquer pour l'opposition". Pour Guaido, "la marge de manoeuvre était faible, la suite dépend surtout de la communauté internationale", estime-t-il.

Or, si Juan Guaido affirme ne pas écarter l'éventualité d'une intervention armée étrangère, qu'une partie de la population appuie, de plus en plus de voix s'élèvent à l'étranger pour s'y opposer : dans l'Union européenne, au Canada et dans plusieurs pays latino-américains où les interventions américaines ont laissé de cuisants souvenirs.

Reste la possibilité d'un renforcement des sanctions internationales et d'une asphyxie économique du régime Maduro, avance une analyse d'Eurasia Group. Les Etats-Unis ont déjà gelé des comptes et des actifs vénézuéliens - dont le contrôle a été confié à Guaido - et décrété pour le 28 avril un embargo sur l'importation de brut vénézuélien, vitale pour le pays.

En réponse, Maduro compte sur l'appui financier de ses alliés, la Russie, la Chine et la Turquie : l'asphyxie économique risque donc de trainer en longueur, préviennent les experts.

Quel sort pour Guaido ?

Juan Guaidó s'est rendu vendredi en Colombie, bravant une interdiction judiciaire de quitter le pays pour "usurpation" des fonctions présidentielles. Il affirme avoir bénéficié de l'aide de militaires.

Même s'il n'a pas encore indiqué quand il comptait rentrer, ni comment, son allié le président colombien Ivan Duque a affirmé qu'il "devait retourner" au Venezuela "puisqu'il est le président".

Mais pour les observateurs, en rentrant le jeune opposant devra affronter les pressions de ses partisans, dont bon nombre risquent d'afficher leur frustration.

"Il devra se montrer déterminé mais savoir aussi gérer les attentes. La popularité du régime s'est sans aucun doute érodée, mais il faudra plus de temps qu'estimé initialement pour qu'il s'effondre", juge Michael Shifter, analyste du Diálogo Interamericano, basé à Washington.

Jusqu'à présent, les autorités n'ont rien dit du sort qu'elle réservent à Guaido s'il rentre, mais elles ont menacé de prison "les traitres à la patrie" et ceux qui réclament une intervention étrangère.

Que faire de l'aide humanitaire ?

Avoir empêché l'aide humanitaire d'entrer au Venezuela a entamé encore d'avantage l'image de Maduro. Mais ce n'est pas "le coup de grâce", dit M. Shifter.

Environ 600 tonnes d'aides sont stockées côté colombien à Cucuta. "Le président Duque a donné l'ordre de préserver les stocks au mieux. Les denrées périssables sont en chambre froide, le reste dans des entrepôts climatisés", a assuré sa vice-présidente Marta Lucía Ramírez. "Attendre le moment propice" pour les envoyer au Venezuela, comme annoncé, risque de prendre encore un peu de temps.

L'aide du Brésil, 200 tonnes d'aliments non périssables et de médicaments, est conservée sur une base aérienne de Boa Vista, capitale de l'Etat frontalier du Roraima.

Par ailleurs, un cargo affrété par les émigrés vénézuéliens en Floride a dû rebrousser chemin vers l'île néerlandaise de Curaçao sous la menace de la marine vénézuélienne.

Lundi, Mike Pence a annoncé une assistance supplémentaires de 56 millions de dollars. Sans donner de date.