Des trois coups d'essai, qui réalisera le coup de maître ? Ils ont émergé en 2016 là où on ne les attendait pas. Ils ont été bien aidés par leur mentor d'hier et d'aujourd'hui, Sarkozy et Hollande. Aussi, ils brigueront, eux, le trône de l'Elysée. François Fillon, Emmanuel Macron et Manuel Valls seront les têtes d'affiche de la présidentielle française des 23 avril et 7 mai 2017, aux côtés de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Sauf surprise dont l'actualité politique a été friande ces derniers mois.
...

Des trois coups d'essai, qui réalisera le coup de maître ? Ils ont émergé en 2016 là où on ne les attendait pas. Ils ont été bien aidés par leur mentor d'hier et d'aujourd'hui, Sarkozy et Hollande. Aussi, ils brigueront, eux, le trône de l'Elysée. François Fillon, Emmanuel Macron et Manuel Valls seront les têtes d'affiche de la présidentielle française des 23 avril et 7 mai 2017, aux côtés de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Sauf surprise dont l'actualité politique a été friande ces derniers mois. La dernière en date, le 1er décembre, a vu le président sortant renoncer à se représenter, " conscient des risques que ferait courir une démarche [...] qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle ". Un chef d'Etat peut-il susciter un tel rejet populaire indépendamment d'un bilan qui, lui, serait honorable ? C'est l'idée que François Hollande a voulu accréditer ce soir-là en énumérant les " réalisations " de son bilan. Pour Vincent Laborderie, politologue à l'université catholique de Louvain (UCL), même le recul de l'histoire ne fera pas oublier les deux grandes déceptions de la présidence Hollande. " D'un côté, les électeurs de gauche se sont sentis trahis par la politique du dirigeant socialiste parce qu'à aucun moment, on ne les a prévenus qu'elle virerait au social-libéralisme. De l'autre, les Français dans leur ensemble ont été déçus que François Hollande n'ait jamais réussi à endosser le costume présidentiel alors qu'ils restent attachés aux attributs de "monarque républicain" que requiert, selon eux, la fonction. Il a enchaîné gaffe sur gaffe. " Dans les tréfonds de la popularité, l'ancien secrétaire général du PS risquait l'humiliation s'il se présentait. " Le principal danger était qu'il échoue à la primaire de la gauche, à l'instar de ce que venait de vivre Nicolas Sarkozy ", analyse Vincent Laborderie. " Surtout, il voulait éviter qu'un Arnaud Montebourg, par exemple, ne s'impose de facto comme le leader de la gauche socialiste pour les années à venir. Et, effectivement, Manuel Valls a plus de chance que lui de pouvoir l'emporter. " Le prédécesseur de François Hollande, autre grand " sacrifié " de 2016, pouvait-il raisonnablement espérer symboliser " l'homme nouveau " ? En 2012, le " J'ai changé " de Nicolas Sarkozy n'avait pas convaincu une majorité de ses concitoyens. En 2016, il partait avec des atouts dans la campagne pour la primaire de la droite et du centre : le prestige du chef rassembleur d'un parti, Les Républicains, qui s'était déchiré dans une bataille d'ego entre Jean-François Coppé et François Fillon, le succès de ses deux ouvrages de l'année (La France pour la vie vendu à 173 000 exemplaires et Tout pour la France à 77 000), une expérience à exploiter (dans les meetings) et à faire valoir (dans le programme et lors des débats télévisés)... Mais l'ancien président a cédé à la facilité en rejouant une énième fois la même partition : courir sur les chemins déjà labourés par le Front national en adoptant un discours radical sur la sécurité et sur l'immigration. Plus subtils, ses principaux adversaires creusaient d'autres voies. Alain Juppé, donné favori, entretenait son image de modéré, chantre d'une droite ouverte. François Fillon, en embuscade, fortifiait son projet de droite libérale au plan économique, conservatrice sur les sujets de société. Le " Tout sauf Sarkozy ", ravivé par les six autres candidats en fin de campagne, a fini par avoir raison des ambitions de l'ancien chef d'Etat, défait dès le premier tour et contraint, dans une douleur bien cachée, à soutenir son ancien... collaborateur. Quel que soit son sort en 2017, François Fillon restera comme l'incarnation des bienfaits de la primaire. Inauguré par la gauche en 2012, le système est désormais bien installé dans le paysage politique français, adoubé qu'il a été, cette année, par la droite et le mouvement écologiste. Et pour cause, ses avantages sont patents. Il permet une occupation de l'espace médiatique ; il expose un exercice de démocratie interne séduisant pour les électeurs ; il favorise l'unité d'un camp derrière un seul candidat. Vincent Laborderie en ajoute un. " Etant donné que les candidats gardent le souci de ne pas hypothéquer l'avenir qui nécessitera de se rassembler, ils évitent les attaques personnelles. Le débat se concentre donc sur le fond. Cela a été le cas lors de la primaire de la droite et du centre. L'exemple américain des Républicains démontre pourtant que ce n'est pas nécessairement aussi évident ". Le professeur de l'UCL, d'origine française, décèle tout de même des écueils potentiels à la procédure. " Alors qu'elle est censée y contribuer, la primaire n'empêche pas nécessairement les candidatures dissidentes. Ce sera le cas à gauche avec le cavalier seul d'Emmanuel Macron. En outre, les votants d'une primaire peuvent avoir tendance à élire une personnalité qui correspond uniquement aux attentes de leur camp sans se préoccuper de celles de l'ensemble des citoyens, prépondérantes au moment de l'élection. " Sur cette base, Vincent Laborderie relève le handicap qui pourrait entraver l'irrésistible ascension de François Fillon. L'homme de la Sarthe faisait figure d'outsider pas plus crédible que le troisième homme des sondages en début de campagne, Bruno Le Maire. Au gré de prestations réussies lors des débats télévisés successifs, il a vu les rangs de ses partisans grossir au point d'installer sa candidature comme une évidence. Pareil retournement n'aurait cependant pas été possible sans un travail de fond de longue durée et sans un programme sérieux et argumenté. Il n'empêche, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, s'il part favori, n'est pas à l'abri d'une surprise, juge Vincent Laborderie. " Son programme économique ultralibéral est en décalage avec ce que veut une majorité de Français. En cas de deuxième tour face à la candidate du Front national, il sera difficile pour certains électeurs de gauche de reporter leur vote sur son nom alors que le programme de Marine Le Pen se situe plus à gauche, économiquement ", argumente l'expert de l'UCL. L'issue de la primaire de la droite n'a pas déplu au candidat surprise de la présidentielle. Emmanuel Macron espérait affronter Nicolas Sarkozy plutôt qu'Alain Juppé qui lui aurait fait de la concurrence au centre. Avec François Fillon, le boulevard est tout aussi dégagé. Figure de l'élite économique et technocratique, l'ancien ministre de l'Economie de François Hollande n'a jamais été élu et peut donc apparaître comme un personnage neuf. " Il a un potentiel très élevé ", confirme Vincent Laborderie. " Il ne peut pas être accusé de magouilles politiciennes dans le passé. Et bien que les programmes de ces deux camps n'aient rien à voir entre eux, il est susceptible d'aller pêcher des voix dans l'électorat du Front national, qui aspire à voir émerger de nouvelles têtes. " Le professeur de l'UCL se garde cependant de mettre un chiffre précis sur ce " potentiel ", tant Emmanuel Macron reste un acteur atypique de l'histoire de l'élection présidentielle en France. Jamais sous la Ve république, ses rares prédécesseurs n'ont réussi à transformer l'essai. L'avenir n'est pas davantage écrit pour le troisième candidat de renouvellement. Souvent comparé à lui pour son hyperactivité et ses déclarations tranchées quand il était ministre de l'Intérieur, Manuel Valls irrite ses pairs comme le faisait Nicolas Sarkozy. Au point que d'ici le premier tour, le 22 janvier 2017, il pourrait fédérer contre lui tout ce que la gauche socialiste engendre comme candidats à la primaire : tout sauf Valls ? L'homme, il est vrai, n'a jamais représenté qu'une minorité au sein du parti. Et son expérience de chef de gouvernement ne l'a pas rapproché, loin de là, de son aile gauche. Face aux atouts que la priorité actuelle à la sécurité et l'échec de la présidence Hollande octroient à Marine Le Pen et à François Fillon, les socialistes français ont pourtant intérêt à conjuguer toutes leurs forces pour espérer seulement sauver la face. De tous les novices de la présidentielle 2017, Manuel Valls est le plus fragilisé. Certainement par rapport à François Fillon. Et même en regard d'Emmanuel Macron. L'homme qui n'aura rien à perdre en 2017.