Tellement qu'elle a dû commencer à couper dans ses nappes et ses rideaux. Personne ne le lui avait vraiment demandé, elle avait juste envie d'aider. " A sa petite échelle. " Personne ne l'a payée, d'ailleurs. Juste un pot de miel ou de pesto, une bouteille de vin déposés devant sa porte.
...

Tellement qu'elle a dû commencer à couper dans ses nappes et ses rideaux. Personne ne le lui avait vraiment demandé, elle avait juste envie d'aider. " A sa petite échelle. " Personne ne l'a payée, d'ailleurs. Juste un pot de miel ou de pesto, une bouteille de vin déposés devant sa porte. Mais pourquoi, Christine, pourquoi ? C'est très bien, hein ! Mais c'est juste étonnant, que ce ne soient pas Christian. Ou Jean, ou Clément, qui veuillent ainsi " donner du sens " à leur confinement. Si, pour lutter contre le coronavirus, il avait fallu, disons, ériger des murs, Nathan, Alban ou Fernand auraient-il passé leurs journées à empiler les briques, gratuitement ? " C pour L ", la couture. C'est écrit sur cette boîte d'épingles de sûreté (coucou, marketing genré). C bizarre, tout de même. " Quand on commence et qu'on est un bonhomme, c'est déstabilisant. Frustrant, même ! J'ai bien compris que ce n'était pas quelque chose de "naturel", pour un gars, d'assembler des tissus ", raconte Julien, spécialiste de la salopette, sur son blog. Naturel ! Genre elles naissent avec un Découvit entre les doigts, les filles. Elles manient le point zig-zag avant même de savoir marcher, et plient un ourlet avant d'apprendre à parler, c'est inné. C'est pourtant un bonhomme - Barthélémy Thimonnier, en 1830 - qui conçut le métier à coudre. Puis deux autres - Walter Hunt et Isaac Merrit-Singer, lors des deux décennies suivantes - qui inventèrent la machine. A croire qu'elles n'avaient pas de cerveau, les utilisatrices. Juste des " petites mains ". La haute couture, idem : une mâle oeuvre, celle de Charles Frederick Worth, vers 1850. Quasi deux siècles plus tard, 60 % des collections de prêt-à-porter féminines sont dessinées par des mains masculines. Des couturiers. Titre prestigieux, noble, renommé. Une couturière, par contre, c'est une mémère. Pareil pour un cuisinier, aussi surnommé chef ou maître-queux. Une cuisinière, c'est une ménagère. Ou une gazinière. Femme synonyme d'objet. Les subtilités de la belle langue française. Le mot " tailleur ", d'ailleurs, n'a pas de féminin. Historiquement, au xviie siècle, l'habillement relevait de sa seule habilitation. Il employait des ouvrières, mais elles ne pouvaient vendre elles-mêmes. Jusqu'à ce que Louis XIV, convaincu que ce travail était pour elles " le seul moyen de gagner honnêtement leur vie ", les autorise à se constituer en communauté et écouler ce qu'elles avaient confectionné. Mais bon, de nos jours, les femmes peuvent exercer tous les métiers. Même Première ministre, faut pas demander ! Difficile de comprendre pourquoi l'aiguille reste leur prérogative. Pourquoi elles (majoritairement elles) faisaient la file, au matin du 4 mai, pour dénicher en mercerie de l'élastique, cet or pandémique. Pourquoi chez EcoRes, ligne de production solidaire de masques, à Bruxelles, à peine 5,6 % des 1 500 bénévoles sont des hommes. Et que les couturières, dans ce projet, sont les seules à ne pas être rémunérées. Elles ont l'habitude, après tout, les gonzesses. L'écart salarial, le travail ménager non rétribué et sous-estimé, tout ça... Prendre soin, c'est leur rayon. Alors, coudre mille masques à l'oeil, ça fait partie de leurs attributions, non ? Non. Mais bon. S'il fallait attendre Raymond, Gaston et Simon...