"J'espère sincèrement que les Jeux olympiques d'hiver à Pyeongchang (en Corée du Sud, ndlr) seront menés avec succès. Nous sommes disposés à prendre des mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation. À cette fin, les autorités du Nord et du Sud pourraient se retrouver dans un avenir proche".
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"J'espère sincèrement que les Jeux olympiques d'hiver à Pyeongchang (en Corée du Sud, ndlr) seront menés avec succès. Nous sommes disposés à prendre des mesures nécessaires, y compris à envoyer notre délégation. À cette fin, les autorités du Nord et du Sud pourraient se retrouver dans un avenir proche". Prononcée par Kim Jong-un dans son allocution de Nouvel An, cette phrase d'ouverture a totalement surpris au Sud."C'est un cadeau de Nouvel An" a réagi le président du comité organisateur des JO d'Hiver, Lee Hee-beom. "Le comité a toujours souhaité qu'une délégation nord-coréenne participe", assure-t-il dans un article du Monde.Le geste du leader nord-coréen a été très bien reçu par les autorités sud-coréennes. L'élection en mai dernier du président Moon Jae-in n'est peut-être pas étrangère à cette attitude conciliante. Depuis son investiture, le leader progressiste du Pays du matin calme ne cesse de vouloir relancer le dialogue avec ses homologues du Nord, et a déjà proposé de tenir des discussions avec Pyongyang le 9 janvier prochain. Séoul reste pourtant calme sur l'instauration de ces pourparlers, et explique attendre les réactions internationales (et évidemment celle du Nord) à leur prise de position. Preuve de la bonne volonté des dirigeants sud-coréens, Moon Jae-in souhaiterait rouvrir la zone industrielle de Kaesong, dans laquelle des entreprises sud-coréennes avaient engagé des travailleurs du Nord, mais fermée par la présidente conservatrice Park Geun-Hye, en février 2016.Mais la classe politique reste divisée quant à la stratégie à adopter envers ses voisins. Renvoyé dans l'opposition, le camp conservateur, traditionnellement hostile aux Nord-Coréens, se montre très méfiant suite à l'allocution de Kim Jong-un, et catalyse les divisions politiques qui règnent actuellement dans le pays. Mais la droite coréenne s'inquiète surtout des éternelles ambitions nucléaires de son voisin, une nouvelle fois répétées lors de l'allocution. Dans son discours, Kim Jong-un indique que le territoire américain était toujours à la portée de ses missiles et que le programme de production de têtes nucléaires allait être poursuivi. Un des leaders du parti conservateur appelle le président à faire face à la réalité, et à admettre qu'un dialogue constructif et sincère ne pourra pas se faire dans un climat aussi menaçant que celui-là. Les autorités sud-coréennes doivent tenter de trouver un équilibre entre résoudre la question nucléaire et améliorer les relations avec son éternel rival. Sensible aux critiques de l'opposition, le gouvernement sud-coréen a voulu rassurer. "Nous devons procéder avec prudence et analyser le sens et les intentions derrière le discours du Nouvel An."L'article du Monde explique que le geste d'ouverture du leader nord-coréen est peut-être une réponse à la proposition faite par les Sud-Coréens aux Etats-Unis de décaler leurs exercices militaires dans la région, qui auraient dû avoir lieu pendant les JO d'Hiver en février et les JO paralympiques, en mars.Mais l'attitude de Kim Jong-un n'est certainement pas un simple geste de faveur envers ses voisins du Sud. Tirer profit d'un évènement relativement "simple et neutre" comme les Jeux olympiques pour ensuite élargir les discussions (et réclamer des contreparties) est une idée intelligente du camp du Nord, et rappelle la "diplomatie du ping-pong", utilisée dans les années 1970. L'expression fait référence aux échanges de joueurs de tennis de table entre les USA et la Chine, qui ont permis d'ouvrir la voie à un renouveau dans les relations sino-américaines, au moment de la visite de Richard Nixon en Chine, en 1972. Le leader nord-coréen avait déjà eu recours à cette "diplomatie du sport" en invitant en 2014 l'ancien joueur de basket Dennis Rodman pour participer à un match qui devait symboliser un "rapprochement". Sans réel succès. Mais derrière cette stratégie de rapprochement, la Corée du Nord souhaite bien entendu élargir les discussions et faire entendre sa voix. Sa volonté est d'affaiblir la coalition de ses adversaires dans la région. Alors que la Corée du sud souhaite relancer les discussions avec le Nord, les Etats-Unis et le Japon ne veulent surtout pas changer leur fusil d'épaule, et ont l'ambition de forcer la main de Kim Jong-un, en continuant la série de lourdes sanctions économiques. "Une grande partie du scénario imaginé par Kim est d'exploiter les différents intérêts des partenaires de la coalition", résume Daniel Russel (Asia Society Policy Institute de Washington) dans les colonnes du South China Morning Post. Le classique "diviser pour mieux régner."De plus, leader nord-coréen pourra peut-être émettre plusieurs revendications. L'INSS, un organe d'analyse de sécurité nationale attaché aux renseignements sud-coréens, estime que la Corée du Nord pourrait exiger, contre sa participation aux Jeux, une levée des sanctions imposées par son voisin, une reprise de l'aide économique et humanitaire, ou encore la fin des exercices Corée du Sud-USA dans la région. Mais deux questions subsistent encore : les discussions proposées par la Corée du Sud vont-elles tout de même avoir lieu le 9 janvier prochain ? Et comment vont réagir les Etats-Unis ?