Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, est avant tout un stratège, ce qui signifie que les détails d'une loi lui importent moins que la manière dont il peut la réaliser, la faire passer. Il le fait en brossant les gens dans le sens du poil ou en les menaçant, en amassant des fonds pour ses alliés, ou en mettant des membres du parti moins loyaux sur la paille. Il a par exemple, en 2011, usé d'une habile stratégie concernant la dette publique.
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Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, est avant tout un stratège, ce qui signifie que les détails d'une loi lui importent moins que la manière dont il peut la réaliser, la faire passer. Il le fait en brossant les gens dans le sens du poil ou en les menaçant, en amassant des fonds pour ses alliés, ou en mettant des membres du parti moins loyaux sur la paille. Il a par exemple, en 2011, usé d'une habile stratégie concernant la dette publique. Mais cette thématique n'est rien comparée à "l'abolition et au remplacement de l'Obamacare", que visent les Républicains depuis sept longues années. Comme le dit la sénatrice républicaine Susan Collins : "Les soins de santé sont personnels", tandis que la dette publique l'est moins. C'est Barack Obama qui avait introduit l'Affordable Care Act (plus connu sous le nom officieux Obamacare), un système de subvention pour fournir une assurance santé aux non-assurés. Obamacare a commis des erreurs, le système n'est pas si populaire, mais il a apporté une assurance maladie à environ 26 millions d'Américains qui vivaient sans assurance jusque-là. L'alternative qu'imaginent les Républicains aura dans tous les cas l'effet inverse, et des millions de personnes pourraient perdre leur assurance. Or, enlever quelque chose qui était auparavant disponible est rarement populaire. La majorité républicaine à la Chambre des Représentants a approuvé plus tôt cette année un plan avec lequel, selon un calcul du CBO (Congressional Budget Office), 23 millions d'Américains seront moins assurés dans les dix ans qu'avec Obamacare. Cela vient notamment du fait que le plan républicain veut revoir l'obligation des entreprises d'offrir une assurance à leurs employés. Ces chiffres ont refroidi certains Républicains, et Donald Trump a demandé aux sénateurs à réfléchir à un plan qui ait "plus de coeur", c'est-à-dire qui priverait moins d'Américains de leur assurance. Les négociations en juin se sont déroulées en privé, en secret, sans les audiences publiques habituelles avec les experts. Sous la direction de Mitch McConnell, le Sénat est donc venu avec un plan qui faisait moins d'économies sur les subventions et les avantages installés par Obama, mais selon le CBO, cela mènerait dans les dix ans à 22 millions d'assurés en moins, soit à peine un million en moins que le plan "sans coeur" de la Chambre des Représentants. Les Démocrates, qui se tiennent unis contre l'abrogation d'Obamacare, qualifient les propositions républicaines de "Robin des Bois inversé" : prendre quelque chose aux pauvres pour offrir une réduction d'impôts aux riches. McConnell pensait qu'une action rapide offrait de meilleures chances d'obtenir une approbation des plans. Mais certains républicains n'ont pas accepté de coopérer, donnant à McConnell une majorité trop courte pour soumettre la loi à un vote. Il y avait d'ailleurs plusieurs types de dissidents parmi les Républicains : la droite dure, avec notamment l'ancien candidat à la présidentielle Ted Cruz, et le groupe modéré, emmené par Susan Collins, la sénatrice du Maine. Pour Cruz, il reste trop d'Obamacare dans la proposition de McConnell et les républicains ne tiennent donc pas leur promesse d'abroger cette loi. De son côté, Collins estime que trop de gens perdent leurs assurances maladie et autres avantages avec le plan républicain. Et parmi les gens qui perdent leur assurance santé, il y a notamment des vétérans et des personnes âgées, des groupes qui votent en majorité pour les Républicains. Comment se fait-il qu'après sept ans de résistance contre Obamacare, les Républicains ne soient toujours pas prêts à proposer une alternative viable ? Pat Toomey, sénateur républicain de Philadelphie, donne un début d'explication : "Je ne pensais pas que Donald Trump gagnerait." Il ajoute : "personne ne pensait que Donald Trump allait gagner et qu'on devrait transposer son slogan autour de l'abrogation et du remplacement d'Obamacare (NDLR : "repeal and replace") dans la pratique. Et donc il n'y avait pas de plan réaliste en réserve". Les Républicains sont très divisés sur ce qui devrait se passer maintenant. Certains, y compris Ted Cruz et dans une certaine mesure Donald Trump, ont suggéré que les deux éléments proposés à la base pouvaient être séparés : on peut abolir Obamacare sans modifier la loi. Dans cette optique, on pourrait immédiatement voter l'abolition, mais certaines parties de l'ancienne loi en vigueur seraient conservées en attendant le changement de loi. Ce serait en quelque sortir un Obamacare dépouillé et sous-financé. L'idée est la suivante : laisser l'ancien système s'effondrer tout seul, afin de pouvoir blâmer Obama et les Démocrates et non les Républicains. Cette semaine, Mitch McConnell a fait comprendre qu'en ce qui le concerne c'était un non-sens. Selon lui, les électeurs ne rejetteraient pas la faute sur les Démocrates ou sur Obama, mais plutôt sur les Républicains qui avaient six mois pour venir avec un plan qui tenait la route. "Les Américains veulent des résultats. Et je ne peux plus dire que je ne suis pas d'accord avec eux". Il a d'ailleurs laissé entendre que si les votes républicains ne suffisaient pas, il chercherait un compromis derrière lequel les Démocrates pourraient aussi se ranger. Selon plusieurs médias américains, s'il ne peut assurer une majorité derrière le plan républicain, il soutiendra une version allégée d'Obamacare. Ses paroles ont provoqué la consternation au sein de son propre parti. Il n'est cependant pas garanti que les Démocrates, qui jusqu'ici mènent une politique de non-coopération, contribueraient à un tel compromis. Ni que la main tendue de McConnell est sincère.