Il serait intellectuellement séduisant de penser que la bataille de Raqqa, bastion syrien de Daech, lancée le 6 novembre, participe de la réponse que la France a orchestrée pour combattre les commanditaires des attentats de Paris qui provoquèrent, il y a un an, la mort de 130 fans de hard rock et de convivialité en terrasse de bistrot. L'offensive des Forces démocratiques syriennes répond pourtant davantage, de ce que l'on en sait au stade actuel, à la volonté du président américain Barack Obama de terminer son second mandat sur un succès militaire contre l'Etat islamique. Une ambition vraisemblablement plus réaliste à Mossoul, en Irak, qu'à Raqqa, tant l'offensive de...

Il serait intellectuellement séduisant de penser que la bataille de Raqqa, bastion syrien de Daech, lancée le 6 novembre, participe de la réponse que la France a orchestrée pour combattre les commanditaires des attentats de Paris qui provoquèrent, il y a un an, la mort de 130 fans de hard rock et de convivialité en terrasse de bistrot. L'offensive des Forces démocratiques syriennes répond pourtant davantage, de ce que l'on en sait au stade actuel, à la volonté du président américain Barack Obama de terminer son second mandat sur un succès militaire contre l'Etat islamique. Une ambition vraisemblablement plus réaliste à Mossoul, en Irak, qu'à Raqqa, tant l'offensive des alliés syriens des Américains, majoritairement kurdes, suscite la méfiance. La frilosité de la France tranche avec son activisme antérieur sur le dossier (notamment lorsqu'elle espéra convaincre, en 2013, les Etats-Unis de bombarder des cibles du régime de Bachar al-Assad, en vain). Elle est à peine compensée par l'annonce subreptice par François Hollande d'exécutions extrajudiciaires de planificateurs des attentats (dans le livre Un président ne devrait pas dire ça...). Et, pour tout dire, elle interroge sur l'effectivité de l'exercice du pouvoir en France en cette période d'agitation préélectorale. Ce n'est pas le seul indice du mal-être qui habite l'Hexagone un an après l'attaque terroriste du 13 novembre perpétrée par Abdelhamid Abaaoud et ses sbires. S'il fallait en fournir une illustration emblématique, on pourrait le jauger à l'aune de l'appréciation de l'attitude de la police : chérie encore en novembre 2015 dans la foulée des embrassades et des applaudissements de la manifestation du 11 janvier après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher ; reprise systématiquement pour cible aujourd'hui par ses détracteurs extrêmes, ou décriée pour les accointances de certains de ses membres avec le Front national. En France, l'aspiration à une cohésion minimale face au terrorisme est enterrée. Certes, l'engagement citoyen en appui des services de secours a connu une expansion. Mais la société a rarement paru aussi fracturée. La responsabilité des politiques est clairement engagée. La présidence Hollande a plus divisé que fédéré, obsédée par la fantasmatique loi sur la déchéance de nationalité. Une certaine droite a attisé les frictions communautaristes en hystérisant le débat sur des microphénomènes, comme le port du burkini. Et aucun candidat à la primaire de la droite, pas plus que le gouvernement, ne paraît jusqu'à présent en mesure de développer une stratégie cohérente de lutte contre le radicalisme, à l'intérieur et à l'étranger. Enfin, les experts ès fondamentalisme musulman continuent de se chamailler entre tenants de l'islamisation de la radicalité et de la radicalisation de l'islam comme cause principale de la menace terroriste. Un dernier indice de division ajoute à l'inquiétude sur l'état de la France. Des associations observent depuis quelque temps une montée inquiétante du rejet des plus défavorisés. Le phénomène est tel qu'elles lui ont donné un nom, " pauvrophobie ", afin de mieux la combattre. SDF, sans-papiers, migrants en sont les principales cibles. Particuliers et institutions publiques en sont indifféremment les responsables. Le pire est-il donc à craindre pour la nation qui symbolise toujours la patrie des droits de l'homme ?