Selon le groupe Gun Violence Archive (GVA), fréquemment cité par les médias américains et internationaux, le nombre de fusillades de masse aux États-Unis en 2019 a dépassé le nombre de jours. L'année 2019 s'annonce donc comme la première année depuis 2016 avec une moyenne de plus d'un évènement de ce type par jour. Au 1er septembre, qui était le 244e jour de l'année, il y avait eu 283 fusillades de masse aux États-Unis, note la chaine CBS. Toujours selon GVA, il y aurait eu 37.662 incidents de tir au total, entraînant la mort 9.932 personnes par arme à feu au 1er septembre.

Un bilan alarmant, interpellant, mais que contestent certains politiques et d'autres médias, qui n'en répertorient que 8 depuis le début de l'année. Dans un pays divisé par les accusations de fake news, cette différence flagrante de bilan a tendance à surprendre. Ces sources mentent-elles ? Pas vraiment. Elles parlent surtout de concepts différents.

Une définition difficile

Les tueries de masse aux États-Unis font souvent la Une des médias internationaux. Difficile pourtant de tirer un bilan chiffré exact, tant la définition de "mass shooting" dépend d'une institution à l'autre, du nombre de victimes et des circonstances de la fusillade.

On peut globalement qualifier le concept "d'incidents impliquant de multiples victimes liées aux armes à feu", mais les critères précis sont contestés. Gun Violence Archive (GVA), un groupe de recherche à but non lucratif fréquemment cité par les médias, définit une fusillade de masse comme "une violence armée qui fait qu'au moins quatre personnes sont touchées par un tir à peu près au même moment et au même endroit, sans compter le tireur". Selon cette définition, il y a eu 2.128 fusillades de masse depuis 2013, soit environ une par jour.

L'autre base de données souvent référencée par la presse est le site d'informations Mother Jones, qui s'en tient à la définition du FBI. Le FBI considère qu'une fusillade est une tuerie de masse avec au moins trois morts - sans compter le tireur. Le crime doit avoir été commis dans un même lieu, et dans un même temps. Le FBI ne reconnaît, par ailleurs, pas comme "mass shooting" les actes du crime organisé ou les violences domestiques, contrairement à GVA. Enfin, la police fédérale américaine ne compte que les victimes décédées, alors que les autres associations comptent toutes les victimes, y compris les blessés.

© Reuters

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, et quelle que soit la définition utilisée, les décès engendrés par les tueries de masse aux États-Unis ne représentent qu'une petite proportion des meurtres par balle commis chaque année dans le pays. Selon le Pew Research Center, ce type d'évènement est devenu plus fréquent au cours des dernières années. Le FBI a constaté une augmentation du nombre d'incidents impliquant des tireurs actifs ("active shooter", le terme utilisé par le service fédéral).

Pas que les tueries de masse

Les données chiffrées officielles et complètes les plus récentes datent de 2017. Pour cette année, on estime que près de 40.000 personnes ont perdu la vie des suites de blessures par balle, selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Ce chiffre comprend plusieurs faits liés aux armes à feu : meurtres, suicides, accident, circonstances indéterminées... On estime par ailleurs que 3/4 de tous les meurtres commis aux États-Unis en 2017 impliquaient des armes à feu.

Selon le Pew Research Center, les chiffres de 2017 étaient le plus élevé depuis 1968. Un bilan qui a tendance à augmenter ces dernières années. Le taux de décès par arme à feu diffère considérablement d'un État à l'autre.

Le taux de mortalité par arme à feu aux États-Unis est beaucoup plus élevé que dans la plupart des autres pays. Il reste cependant très inférieur à celui de plusieurs pays d'Amérique latine, selon une étude menée dans 195 pays et territoires par des chercheurs de l'Institute for Health Metrics and Evaluation à l'Université de Washington. Dans l'ensemble, les États-Unis se sont classés au 20e rang pour ce qui est du taux de décès par balle.

Donald Trump et le "terrorisme intérieur"

Accusé de promouvoir la détention personnelle et l'usage des armes à feu, Donald Trump est régulièrement accusé d'être indirectement responsable de ces drames meurtriers. Son prédécesseur Barack Obama l'a notamment accusé de tenir des propos attisant la haine. Le principal intéressé lui a immédiatement rétorqué qu'il avait également connu sous son mandat de nombreuses fusillades.

Quelle que soit la base de données et la définition utilisées, les tueries de masse sont en hausse. Ainsi, George W. Bush a vu ces chiffres presque doubler entre ses deux mandats. La situation s'est encore aggravée sous Barack Obama et continue d'exploser depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. Ce qui est plus marquant, c'est que les tueries de masses sont davantage liées au racisme qu'auparavant, dont un grand nombre sont le fait de suprématistes blancs.

Donald Trump © Reuters

Pendant des années, les autorités américaines ont été accusées de négliger les cas de terrorisme intérieur, qui ont tué davantage aux États-Unis depuis 2002 que le jihadisme. Mais de récents coups de filet des autorités fédérales marquent un changement, selon les experts. "Je pense que les autorités fédérales comprennent que cela inquiète au plus haut point", assure Brian Levin, directeur du centre d'étude de l'extrémisme à la California State University-San Bernardino.

Pour les analystes, l'ambiguïté longtemps entretenue par Donald Trump à l'égard des nationalistes blancs et des néonazis dans le sillage de fusillades et d'autres évènements violents avait poussé le Federal Bureau of Investigation (FBI) à ne pas pleinement confronter la menace. Mais le FBI semble en faire clairement une priorité désormais.

NRA et influence politique

A chaque bain de sang, les Américains se divisent sur les explications du nombre record de fusillades dans leur pays : haine, jeux vidéo, discours racistes... Mais celui du port d'arme revient continuellement dans le débat. Le droit au port d'armes est inscrit dans la Constitution américaine. Un tiers des adultes déclarent d'ailleurs posséder au moins une arme à feu.

De nombreuses voix émergent, à chaque drame, pour demander des contrôles renforcés et l'interdiction des armes les plus meurtrières, mais le puissant lobby des armes, National Riffle Association (NRA), s'y est toujours opposé. Compte tenu de son influence sur la classe politique, très peu de mesures concrètes ont été adoptées, à l'exception d'une interdiction en 2018 des "bump stocks", un dispositif permettant de tirer en rafale et utilisé par l'auteur de la tuerie de Las Vegas (58 morts) en 2017.