Les 29 membres de l'Otan se réunissent pour fêter le 70e anniversaire de l'Alliance. Mais les divergences, désormais exposées au grand jour, entre les États-Unis, la France et la Turquie pèsent sur la bonne entente. Ce message d'unité, qu'on peut qualifier de "façade", est en effet mis en péril par la zizanie entre dirigeants de l'Alliance, Macron et Trump en tête.

Macron et la "mort cérébrale" de l'Otan

Le président français avait déjà frappé fort il y a quelques jours en déclarant que l'Otan était en état de "mort cérébrale". Une sortie médiatique très remarquée, mais aussi très critiquée par ses alliés. Emmanuel Macron a expliqué avoir souhaité donner un coup de fouet à l'Alliance, et dénoncer les décisions unilatérales et non concertées des États-Unis et de la Turquie qui ont mis en péril les opérations contre l'État islamique en Syrie, dans lesquelles sont engagées des forces françaises et d'autres pays alliés.

Conférence de presse commune à l'occasion des 70 ans de l'Otan. © AFP

Certains ont lui ont demandé de revenir sur ses propos, mais le président français a clairement fait savoir qu'il les maintenait. Donald Trump avait d'ailleurs rapidement lancé les hostilités en qualifiant les propos d'Emmanuel Macron de "très insultants" et "très, très méchants". Il estime par ailleurs que "personne n'a besoin de l'Otan plus que la France".

Trump et les "mauvais payeurs"

Donald Trump a également durement critiqué la volonté de la France de taxer les géants américains de la tech. Son administration a déjà menacé d'imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% sur l'équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français. Les deux dirigeants se sont finalement accordés sur leur capacité à surmonter ce que Trump a qualifié de "différend mineur" commercial, mais les divergences sur les autres sujets sont loin d'être du passé.

Outre les attaques contre la France, Donald Trump pousse depuis son élection ses alliés à augmenter leurs budgets militaires pour partager davantage le "fardeau". Il a profité de l'anniversaire pour lancer une nouvelle charge ceux qu'il estime être les "mauvais payeurs" de l'Otan, avec notamment l'Allemagne en ligne de mire. Il veut maintenir la pression sur les alliés pour leur faire respecter leur engagement de consacrer 2% de leur PIB à leurs budgets militaires en 2024. Malgré une hausse des budgets du Canada et des membres européens en matière de défense, il se dit "insatisfait".

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Turquie, sujet épineux

Si le président français a insisté sur "l'ennemi commun" que représente le terrorisme, il s'est dit "désolé de dire que nous n'avons pas la même définition du terrorisme autour de la table", lors d'une rencontre avec Donald Trump. Il l'a sèchement rabroué d'un "soyons sérieux" lorsque Trump a expliqué que de nombreux jihadistes venaient d'Europe et lui a demandé, en plaisantant, s'il voulait en récupérer.

En interne, l'intervention lancée par la Turquie en octobre dans le nord-est de la Syrie, sans en informer les autres membres de l'Alliance, a également fait monter la tension. Les critiques du président français ont également jeté un froid. Jusqu'à tourner à l'incident diplomatique la semaine dernière lorsqu'Erdogan a estimé que le président français était lui-même en "mort cérébrale". Mais aujourd'hui, l'affaire n'est toujours pas close. Au point que la France craint un blocage par la Turquie de toute avancée lors du sommet de mercredi. "Quand je regarde la Turquie, ils se battent à présent contre ceux qui ont combattu à nos côtés. Et parfois ils travaillent avec des intermédiaires" du groupe jihadiste Etat islamique, a renchéri Macron.

Une rencontre entre Macron, Erdogan, Boris Johnson et Angela Merkel n'a pas non plus permis de régler le différend. "Toutes les clarifications n'ont pas été obtenues et toutes les ambiguïtés n'ont pas été levées", a déclaré Emmanuel Macron à l'issue de la réunion. Avec la Turquie, "il y a des désaccords qui existent, des choix qui ne sont pas les mêmes, mais il y a la nécessité d'avancer."