La Une du magazine se résume à une interrogation en grandes lettres rouges sur fond noir: "La vérité est-elle morte ?"
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La Une du magazine se résume à une interrogation en grandes lettres rouges sur fond noir: "La vérité est-elle morte ?" Une vraie question que voilà. Il en faut cependant plus pour déstabiliser le président américain. De ses propos sur la réaction des musulmans lors du 11-Septembre à ses accusations contre Barack Obama, le président américain Donald Trump a défendu jeudi dernier dans le Time Magazine ses affirmations controversées et souvent contredites par les faits, mettant en avant son "instinct". "J'ai prédit beaucoup de choses (...) J'ai dit, "le Brexit va avoir lieu", et tout le monde a ri, et le Brexit a eu lieu", lance-t-il. Une affirmation pas vraiment juste selon Knack. Car s'il a bel et bien dit quelque chose de semblable trois mois avant le scrutin, lorsqu'il a été interrogé sur le sujet à la veille de ce jour historique, le candidat républicain s'était montré beaucoup moins catégorique: "Il ne faut pas que les gens m'écoutent, car je ne me suis pas trop intéressé à la question", avait-il affirmé tout en se déclarant favorable à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.Dès qu'une question l'ennuie, le président noie le poissonComme le montre l'extrait ci-dessous, Trump maîtrise l'art consommé de tourner autour du pot: "Et vos tweet sur les écoutes dont vous auriez fait l'objet" demande le journaliste. "Le directeur du FBI James Comey et celui de la NSA Mike Rogers ont dit que c'était faux." Trump : "Si vous voulez parler de ça, j'en ai une bonne pour votre couverture. Aujourd'hui j'ai entendu que Devin Nunes (le républicain qui dirige l'enquête sur les liens supposés entre Trump et la Russie, mais qui trouve que cette enquête est une chasse aux sorcières NDLR) a donné une conférence de presse. Vous n'en avez vraiment pas entendu parler ? Scherer : Non. Trump : J'ai mis le terme d'écoute illégale entre parenthèses. Mais ce terme a de toute façon été mal compris. Ce que je voulais vraiment dire c'est que j'ai été observé. Et c'est à propos de cela que Devin Nunes a donné une conférence de presse. Malheureusement cette interview est passée inaperçue à cause des évènements à Londres (L'attaque à Westminster, NDLR.). Mais cette interview existe. C'est une chose. Une autre chose que j'ai dite, c'est que nous allions gagner les élections et nous avons gagné. Et il y a encore beaucoup de choses comme ça. Je pense que ça va devenir très intéressant.Scherer : Vous devez quand même admettre que le témoignage de James Comeys a un peu plombé votre crédibilité, avec ou sans guillemets. Trump: Non... J'ai... Regardez. J'ai des articles qui disent ce qui s'est passé. Vous devez vraiment regarder ce qui vient de sortir dans la conférence de presse de Devin Nunes. Je veux dire, je ne sais pas, je n'ai pas pu m'y rendre parce que j'étais en réunion, mais ils ont tenu une conférence de presse sur le fait que j'étais observé. Encore une fois ce sont des citations. Il s'agit de surveillance et de tas d'autre chose. Le The New York Times avait sa Une, qu'il a dû ensuite rectifier. Ils ont retiré le mot 'wiretapping' par la suite. Mais ils l'avaient d'abord utilisé. Beaucoup d'informations viennent seulement d'être révélées et il y en aura encore beaucoup par la suite." Knack a vérifié. Et s'il y a bien eu des articles de la BBC, du The New York Times et du National Review, il n'y en a pas un qui soutienne les affirmations de Trump. Trump a peut-être confondu avec un article publié sur le site du The New York Times. Et Nunes alors ? Eh bien, il n'a pas dit que le président avait été observé sur ordre d'Obama. Il a par contre dit qu'il n'y avait pas de preuves que le téléphone de Trump était sur écoute. "That never happened." était ses propres mots.Et le fait que plusieurs millions de personnes ont voté illégalement lors du scrutin du 8 novembre, comme il l'a affirmé à plusieurs reprises ? "Je pense que l'on verra que j'ai eu raison aussi là-dessus", répond-il. En attendant, aucune preuve de fraudes massives lors des élections présidentielles et législatives de 2016 n'a été apportée à ce jour et la plupart des ténors démocrates comme républicains ont catégoriquement écarté cette théorie dit encore le Knack. Et les affirmations, qu'aucun élément factuel ne corrobore, selon lesquelles des musulmans du New Jersey ont célébré l'annonce des attentats du 11-septembre 2001 ? "Regardez le journaliste, il a écrit l'histoire dans le Washington Post", répond Donald Trump, évoquant un article qu'il avait cité durant la campagne, mais dont l'auteur Serge Kovaleski avait catégoriquement contesté l'interprétation. Un rappel d'autant plus gênant que Trump avait imité les mouvements spasmodiques du journaliste Kovaleski en réponse à ce déni. Un geste de très mauvais goût lorsqu'on sait que le journaliste souffre d'un handicap dit encore Knack. 'Je n'affirme pas, je cite' Et que dit-il sur son affirmation selon laquelle le père du sénateur Ted Cruz, son ancien rival républicain, a été vu en présence de Lee Harvey Oswald l'assassin de John F. Kennedy ? Pour rappel, Donald Trump avait affirmé en plein milieu des primaires que "Son père était avec Lee Harvey Oswald avant qu'il soit tué" en citant un article du tabloïde National Enquirer. "C'était dans le journal", répond le président américain. "Pourquoi dîtes-vous que je devrais m'excuser ? Je ne fais que citer le journal". "Étant donné la portée de ses propos, n'est-il pas préférable pour un président des États-Unis de ne mettre en avant que des informations qui ont été vérifiées ? " insiste pourtant le journaliste. "Je n'affirme pas, je cite. Et je cite des personnes respectées de grandes chaînes de télévision", répond Donald Trump. "Le pays me croit lui. Pas plus tard qu'hier il y avait 25.000 personnes pour m'écouter. Le pays ne l'accepte pas, les médias sont faux. Et The Wall Street Journal en fait partie." "Et votre sortie sur la Suède ? Maintenant vous dites que vous parliez des évènements qui ont eu lieu deux jours plus tard... " demande encore le journaliste. Et Trump de lui répondre : "Non, je dis juste que j'ai raison. J'ai parlé de la Suède. J'ai dit que je trouvais triste ce que la Suède s'imposait. C'est ça que j'ai voulu dire. Vous pouvez le formuler comme vous voulez. Un jour plus tard, la Suède a effectivement eu de terribles émeutes. Pareil pour Bruxelles. J'ai dit que la ville n'était plus ce que c'était et que c'était très triste de voir ce que Bruxelles était devenu. Je me suis fait descendre. Et pas beaucoup plus tard, il y a eu ce gros attentat contre Bruxelles. C'était il y a juste un an. Et maintenant les gens disent que j'avais raison. Que puis-je vous dire ? J'ai tendance à avoir raison. Je fonctionne à l'instinct, il se trouve que je suis une personne qui sait comment la vie fonctionne". "Je fonctionne beaucoup à l'instinct, mais mon instinct se révèle juste. J'ai dit que j'allais gagner les élections et j'ai gagné. J'ai été en pole position dès que j'ai annoncé ma candidature. Et le The New York Times, CNN et tous les autres qui étaient extrêmement négatifs se sont trompés." "J'imagine que je vais encore fait la Une", dit-il un peu plus loin. "Ai-je battu le record ? Personne n'a fait plus de Unes que moi", ajoute-t-il. En fait, si. Comme le précise Knack, le record est même encore loin puisque Trump n'en a fait que 11. Nixon, lui, en fait pas moins de 55. Surtout à cause du Watergate.L'accumulation des tweets et d'accusations polémiques, dont certains ne sont étayés par aucun fait, ne pose-t-elle pas un problème de crédibilité pour le locataire de la Maison-Blanche ? demande enfin Michael Scherer. "Pour l'instant, j'imagine que je ne m'en sors pas si mal, car je suis président et pas vous", conclut-il à l'adresse du journaliste..