Le titre du livre cingle comme le regard de Marlon Brando dans un film de Francis Ford Coppola. Un parrain à la Maison Blanche, cela en jette mais on n'est pas dupe de la dimension un peu commerciale de ce choix. L'auteur, Fabrizio Calvi, spécialiste des services secrets, du FBI et de la grande criminalité organisée, en convient lui-même à demi-mot. " On a longtemps hésité sur le titre. Stricto sensu, Donald Trump n'est pas un mafieux. Mais il se comporte comme tel. Tout le monde lui doit allégeance. Il ne supporte pas la contradiction. D'ailleurs, il a fait place nette autour de lui. Il n'a conservé que des béni-oui-oui. Viré par le président américain, le directeur du FBI James Comey l'a dit lui-même :"Il a des allures de parrain. Quand je l'ai vu, je me suis dit qu'il fallait faire acte de soumission et de contrition". " La réalité sur l'influence des organisations du crime à la Maison Blanche affleure au gré de la conversation avec celui qui a mené son enquête pendant trois ans. " A force de fréquenter les gens de la mafia, Donald Trump en a pris les manières ", assène Fabrizio Calvi, ce qui ne veut pas dire qu'elle a infiltré son administration.
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Le titre du livre cingle comme le regard de Marlon Brando dans un film de Francis Ford Coppola. Un parrain à la Maison Blanche, cela en jette mais on n'est pas dupe de la dimension un peu commerciale de ce choix. L'auteur, Fabrizio Calvi, spécialiste des services secrets, du FBI et de la grande criminalité organisée, en convient lui-même à demi-mot. " On a longtemps hésité sur le titre. Stricto sensu, Donald Trump n'est pas un mafieux. Mais il se comporte comme tel. Tout le monde lui doit allégeance. Il ne supporte pas la contradiction. D'ailleurs, il a fait place nette autour de lui. Il n'a conservé que des béni-oui-oui. Viré par le président américain, le directeur du FBI James Comey l'a dit lui-même :"Il a des allures de parrain. Quand je l'ai vu, je me suis dit qu'il fallait faire acte de soumission et de contrition". " La réalité sur l'influence des organisations du crime à la Maison Blanche affleure au gré de la conversation avec celui qui a mené son enquête pendant trois ans. " A force de fréquenter les gens de la mafia, Donald Trump en a pris les manières ", assène Fabrizio Calvi, ce qui ne veut pas dire qu'elle a infiltré son administration. Un parrain à la Maison Blancheexplore donc le passé de promoteur immobilier de l'actuel président américain pour constater que sa relation avec ces milieux s'est déroulée en deux temps, avec les familles italiennes jusqu'en 1990, avec les clans russes ensuite. Résumé par Fabrizio Calvi, cela donne : " Trump construit ses tours grâce à la mafia italienne ; il fait de l'argent avec la mafia russe. " Pourtant, quand on lui demande quel est l'acte le plus manifeste de la compromission du milliardaire avec les organisations du crime, entre les magouilles pour ériger la Trump Tower et sa rencontre avec " Fat Tony " Salerno, le boss de la famille Genovese, une des cinq qui régentent New York, Fabrizio Calvi n'hésite pas et cite... sa rencontre avec un avocat, Roy Cohn. " Roy Cohn était un des hommes les plus puissants de New York. Ancien bras droit du sénateur Joe McCarthy, ami du directeur du FBI de 1924 à 1972 J. Edgar Hoover et du cardinal Francis Joseph Spellman, il avait dans son portefeuille les plus grandes sociétés industrielles américaines mais aussi la mafia. Surtout, il n'était pas seulement l'avocat des familles mafieuses ; il en était le consigliere. Il leur donnait des conseils stratégiques ", justifie Fabrizio Calvi. Roy Cohn sert donc d'intermédiaire entre le magnat de l'immobilier et les truands. Mais sachant que la mafia italienne était omniprésente dans le secteur de la construction à New York pendant les années 1970 et 1980, un bâtisseur pouvait-il espérer prospérer en évitant tout lien avec le crime organisé ? " A cette époque, si vous travailliez dans le domaine de la construction, vous deviez fatalement dealer avec la mafia et ses sociétés. Vous étiez forcés de négocier avec les syndicats qui étaient noyautés par elle, admet Fabrizio Calvi. Toutefois, Donald Trump en faisait un petit peu plus que ses collègues. Il passait des accords privilégiés avec les syndicats ; il n'y avait donc jamais de grève sur ses chantiers. Autre exemple. A New York, on ne peut rien entreposer sur les chantiers. Tout doit arriver au moment voulu. Grâce aux accords particuliers qu'il avait noués avec Tony Salerno, les ouvriers de Donald Trump étaient fournis en béton à prise rapide quand ils en avaient réellement besoin. " Dans les années 1980, la lutte contre les activités de la mafia s'intensifie, notamment sous l'impulsion de Rudy Giuliani, alors procureur fédéral du district de New York, qui deviendra maire puis conseiller du président Trump et, à ce titre, sera impliqué dans l'affaire ukrainienne de déstabilisation du candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden. Des procès s'ensuivent. Mais jamais le constructeur de la Trump Tower ne sera inquiété. Pour Fabrizio Calvi, le rôle d'indicateur du FBI du futur président explique cette impunité. Il en donne une illustration de terrain. " Quand, à la fin des années 1970, Donald Trump veut s'implanter à Atlantic City, le Las Vegas de la côte est des Etats-Unis, la ville est totalement contrôlée par deux mafias redoutables, la new-yorkaise et celle de Philadelphie. Pour ériger ses propres établissements de jeux, il est obligé de passer par elles. La Commission de contrôle des casinos (CCC), très stricte, risque de lui refuser les permis d'exploitation, ne fût-ce qu'en raison de ses relations avec la mafia à New York. Il est allé voir deux agents du FBI et leur a dit : "Je veux construire deux casinos à Atlantic City. Je vais être obligé de dealer avec la mafia. Vous me protégez et, en échange, je laisse vos agents monter des opérations de pénétration et de surveillance à partir de mes établissements." Une fois qu'il a obtenu l'accord du FBI sur sa proposition, il s'est présenté auprès des autorités de la DCE (Division of gaming enforcement) qui accordent les autorisations d'exploitation et leur a assuré qu'il travaillait avec la mafia et avec le FBI. Il a eu son autorisation en six mois au lieu des deux ans nécessaires habituellement. " Dans les années 1990, la mafia italienne est contrainte de faire profil bas après les actions de la justice diligentées par Rudy Giuliani. Qu'à cela ne tienne, les activités de Donald Trump vont croiser la route de la mafia russe. Au début des années 1980, il avait déjà fait affaire avec un commerçant russe installé à New York qui avait équipé en téléviseurs les chambres de l'ancien hôtel Commodore qu'il avait transformé en un Hyatt. Ce deal lui donne-t-il accès à une certaine clientèle ? Sa Trump Tower attire en tout cas des personnages sulfureux. Les journalistes américains identifient à un certain moment jusqu'à treize membres de la mafia russe parmi les copropriétaires de la tour ou ceux d'autres établissements du groupe. Autre soupçon de liaison dangereuse, le financement de ses opérations immobilières. " Donald Trump a construit son empire sur l'endettement, soutient Fabrizio Calvi. A un moment, aucune banque américaine ne voulait plus entendre parler de lui parce qu'il était trop endetté. Il s'est alors tourné vers une institution bancaire qui venait de s'installer aux Etats-Unis, la Deutsche Bank. Il cumule les prêts. Il va même jusqu'à emprunter à une branche de la banque pour rembourser le prêt contracté auprès d'une autre. Aussi, quand il accède à la Maison-Blanche, sa dette à l'égard de l'institution s'élève à plus de deux milliards de dollars. On s'est aperçu alors que tous les prêts de la Deutsche Bank à Donald Trump avaient été souscrits par une banque d'Etat russe, Vneshtorgbank (VTB), liée à Vladimir Poutine. Même si Donald Trump n'en était pas nécessairement informé, quelqu'un de son entourage a bien dû savoir qui garantissait ses prêts auprès de la Deutsche Bank. " Pour Fabrizio Calvi, Donald Trump a incontestablement bénéficié de l'aide des Russes dans la déstabilisation d'Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle de 2016. Cela ne veut pas pour autant dire qu'il l'ait sollicitée, fort de ses relations antérieures avec quelques personnages sulfureux. L'auteur de Un parrain à la Maison Blanche serait même tenté par une explication plus prosaïque, illustrée par un ami du président américain : " Les affaires pour les affaires, cela n'intéresse pas Donald Trump. Il lui faut toujours un petit frisson en plus, qui va attiser son intérêt. "