Dans une conférence de presse au timing vilipendé par les démocrates, Bill Barr a également assuré que M. Trump n'avait pas entrepris d'action pour contrarier les 22 mois d'investigations de Robert Mueller.

"Pas de collusion. Pas d'entrave (à la justice). Game over", a instantanément réagi le locataire de la Maison Blanche, alors que le fameux rapport d'enquête ne devait être transmis au Congrès qu'en fin de matinée jeudi. Seuls Bill Barr et les avocats du président ont eu accès à la teneur de ce document de 400 pages, expurgé de ses données confidentielles.

Dans son tweet M. Trump a utilisé une affiche inspirée de "Game of Thrones", pour ce qu'il considère être une disculpation retentissante, au terme d'une "chasse aux sorcières" menée par ses ennemis politiques. Le milliardaire républicain avait dénoncé plus tôt "la plus grande arnaque politique de tous les temps", ainsi qu'un "harcèlement présidentiel".

L'opposition démocrate a de son côté critiqué le ministre de la Justice, nommé par M. Trump, l'accusant de gérer avec "une partialité regrettable" la communication autour du rapport que lui a remis le 22 mars le procureur spécial Mueller, un ancien chef respecté du FBI.

Ce document pourrait permettre à Donald Trump de se tourner résolument vers sa campagne de réélection à la Maison Blanche.

Mais l'opposition démocrate se tient à l'affût, convaincue que MM. Trump et Barr ont oeuvré ensemble pour dissimuler des actes à mettre au passif du président. Si c'est le cas, elle usera de tous les moyens en son pouvoir, à commencer par son contrôle de la chambre basse du Congrès, pour relancer les poursuites. Les démocrates ont demandé jeudi au procureur Mueller de témoigner à la chambre des représentants d'ici le 23 mai. M. Barr a dit qu'il ne s'y opposerait pas.

- Entrave -

Le procureur spécial Mueller a supervisé pendant 22 mois des investigations tentaculaires, ponctués par l'inculpation de 34 personnes russes et américaines, dont six proches collaborateurs du président Trump pour des malversations diverses.

Cet homme méthodique et austère, qui s'est toujours tenu à l'écart du vacarme politique et médiatique, a simplement remis son rapport final à Bill Barr, sans dire un mot de plus.

Selon ce dernier jeudi, Robert Mueller "a confirmé que le gouvernement russe avait mené des efforts pour s'ingérer de manière illégale dans l'élection présidentielle de 2016, mais n'a pas trouvé de collusion avec la campagne Trump ou d'autres Américains".

Bill Barr a par ailleurs évoqué "dix épisodes" ayant alimenté les soupçons d'entrave à la justice visant le président Trump.

En raison notamment du limogeage du chef du FBI James Comey en mai 2017, qui dirigeait alors l'enquête russe, Donald Trump était suspecté d'avoir abusé de ses prérogatives présidentielles pour mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs.

"Des preuves montrent que le président était frustré et en colère, sincèrement convaincu que cette enquête portait atteinte à sa présidence", a ajouté Bill Barr.

"Pour autant, la Maison Blanche a pleinement coopéré avec l'enquête du procureur spécial" et le "président n'a pas agi pour (le) priver des documents et témoins nécessaires pour mener à bien son enquête", a-t-il poursuivi.

- Coupes -

Des membres de l'équipe Mueller ont déclaré à la presse que le résumé de Bill Barr ne reflétait pas fidèlement le résultat de leurs travaux.

Soupçonnant le ministre d'avoir édulcoré les conclusions du procureur spécial, les démocrates réclament d'avoir accès au rapport intégral pour se forger leur propre opinion.

La version publiée jeudi sera expurgée des détails risquant de révéler les sources des enquêteurs, de nuire à la réputation d'acteurs "périphériques", de compromettre des enquêtes en cours ou obtenues par un "grand jury".

Les principales conclusions du rapport Mueller

Long de 448 pages et divisé en deux volumes, le rapport du procureur spécial américain sur l'ingérence russe, Robert Mueller, a été publié jeudi. En voici les principaux points.

- "Je suis foutu" -

Donald Trump a réagi avec effroi à l'annonce, le 17 mai 2017, qu'un procureur spécial avait été nommé.

"Oh mon Dieu. C'est terrible. C'est la fin de ma présidence. Je suis foutu", a réagi le président dans le Bureau ovale, quand son ministre de la Justice de l'époque, Jeff Sessions, lui a appris la nomination de Robert Mueller.

Donald Trump "s'est écroulé dans son fauteuil", précise le rapport du procureur Mueller, s'appuyant sur des notes prises par le directeur de cabinet de M. Sessions.

"Tout le monde me dit que si vous avez un de ces procureurs spéciaux, ça vous gâche la présidence. Ça prend des années et des années, je ne pourrai rien faire. C'est la pire chose qui me soit arrivée".

- Pas de preuve de collusion -

Le procureur Mueller conclut qu'il n'y a pas eu d'entente entre les membres de l'équipe de Trump et la Russie, malgré de nombreux contacts plus ou moins discrets.

"Les indices n'étaient pas suffisants pour accuser les membres de l'équipe de campagne de Trump de s'être coordonnés avec des représentants du gouvernement russe pour influencer l'élection de 2016".

- Mais y a-t-il eu entrave? -

Sur ce point crucial, le procureur Mueller ne blanchit pas Donald Trump: "Si ce rapport ne conclut pas que le président a commis de délit, il ne l'exonère pas non plus".

Robert Mueller explique que "les efforts du président pour influencer l'enquête ont dans leur majorité échoué, mais cela résulte principalement du fait que les personnes entourant le président ont refusé d'exécuter ses ordres ou de donner suite à ses demandes".

Le président a ainsi demandé au chef des services juridiques de la Maison Blanche de limoger le procureur spécial, ce qu'il a refusé. Il a multiplié les pressions sur son ministre de la Justice et des témoins-clés. "Voir les actes dans leur ensemble peut permettre d'illuminer leur sens", écrit Robert Mueller.

- "5 heures" pour cibler Hillary Clinton -

Robert Mueller rapporte que le renseignement militaire russe, le service "GRU", a "ciblé pour la première fois le bureau personnel de Clinton environ cinq heures après la déclaration de Trump" du 27 juillet 2016, lors de laquelle il a appelé la Russie à retrouver les emails effacés de sa rivale démocrate à l'élection.

Les Russes ont réussi à pirater et faire diffuser par des sites et WikiLeaks des emails du parti démocrate, puis d'un proche collaborateur d'Hillary Clinton.

- Ingérence russe -

Sur ce point, aucun doute pour le procureur spécial: "l'Etat russe s'est immiscé dans l'élection présidentielle de 2016 d'une façon vaste et systématique".

"D'abord, une organisation russe a mené une campagne sur les réseaux sociaux qui a favorisé" Donald Trump mais "a dénigré" son opposante démocrate Hillary Clinton.

"D'autre part, une agence du renseignement russe a mené des opérations de piratage informatique contre des organisations, employés et volontaires travaillant sur la campagne de Clinton puis ont publié les documents volés".