Un incident avec une bénévole belge sur l'île de Lesbos est le dernier cas d'une série d'accrochages entre les habitants de l'île, les réfugiés et les organisations humanitaires. "Après cet incident, Médecins Sans Frontières a décidé de mettre fin à ces opérations. Notre sécurité ne pouvait simplement plus être garantie."
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Un incident avec une bénévole belge sur l'île de Lesbos est le dernier cas d'une série d'accrochages entre les habitants de l'île, les réfugiés et les organisations humanitaires. "Après cet incident, Médecins Sans Frontières a décidé de mettre fin à ces opérations. Notre sécurité ne pouvait simplement plus être garantie."Le week-end dernier, la Gantoise Ien Vitse désirait accoster dans un port de l'île grecque Lesbos avec un groupe de bénévoles, mais cela a mal tourné. La population locale a clairement fait savoir qu'ils n'étaient pas les bienvenus. "C'était très agressif", raconte la Gantoise. Elle est sur l'île grecque Lesbos pour nettoyer les déchets. Depuis l'intensification de l'afflux des réfugiés l'été dernier, beaucoup de déchets restent abandonnés sur les plages et dans la mer.Les Grecs ont commencé à crier sur eux. Ils ne pouvaient pas entrer dans la baie. Ils ont réessayé à un quai quelques centaines de mètres plus loin, mais là aussi, il y avait des Grecs en colère qui les attendaient en agitant sauvagement les bras. Ils ont dû immédiatement partir. "Il n'y a pas encore eu de violence physique à ce moment-là, mais ils étaient furieusement en colère", raconte Vitse.L'incident est symptomatique d'un problème plus vaste dans les îles grecques. Les habitants sont inquiets. La saison touristique a commencé et les touristes ne viennent plus. Depuis le deal du 20 mars entre l'Union européenne et la Turquie, les réfugiés ne peuvent plus poursuivre leur voyage et plus de 8.500 personnes issues de pays comme la Syrie et l'Afghanistan sont bloquées dans les îles. La capacité d'accueil dans la région est estimée à 7.450 par le Haut Commissariat pour les réfugiés, l'UNHCR. Sur Lesbos, les centres sont quasiment pleins. Ils ont une capacité de 3.500 personnes.Un propriétaire de restaurant local témoigne: "les habitants de Lesbos sont traumatisés, les gens craignent de ne pas pouvoir nourrir leurs enfants cet hiver et de ne pas être à même de payer leurs factures d'électricité."Cela mène à de sinistres situations dans différentes îles. A Leros, une île située 220 km au sud de Lesbos, des dizaines de volontaires internationaux ont dû quitter l'île après les menaces. Mais les premières histoires à propos d'incidents physiques arrivent également de Lesbos.Un collaborateur de Médecins Sans Frontières, qui désire rester anonyme, a été le témoin de trois incidents au cours du mois dernier. Récemment, il est allé nager avec un groupe de mineurs non accompagnés. Quand ils sont arrivés sur la plage, les habitants ont fait des remarques racistes: "Nous ne voulons pas de ces noirs ici!"Lors d'autres incidents, cela a été encore plus loin. "Le matin du 18 juin, nous avions retiré deux bateaux remplis de réfugiés de l'eau et selon les directives des gardes-côtes grecs, nous les avons amenés vers le port de Molyvos." C'était une mauvaise décision de la part des autorités, estime le travailleur humanitaire. Ce port est surtout touristique. Lorsque le bateau a débarqué avec les réfugiés, beaucoup de propriétaires de restaurant et exploitants de café sont sortis. "Ils ont crié qu'ils ne voulaient pas entendre parler des réfugiés. Ils ont menacé de faire couler notre bateau", raconte le travailleur humanitaire. Les autorités ont très mal abordé l'ensemble de cette situation, dit-il encore: "Le capitaine des gardes-côtes qui nous a accompagnés était tout simplement ivre, il puait l'alcool.Le troisième événement a suivi une semaine plus tard, plus sérieux. Une quinzaine de solides gaillards étaient debout à attendre un bateau plein de réfugiés. "Ils savaient que nous venions, c'était presque impossible autrement. Quelqu'un des autorités a dû les avertir", raconte le travailleur humanitaire de MSF. Lorsqu'ils ont essayé de mettre pied à terre, ils ont été repoussés dans le bateau avec violence. Les passants qui essayaient de filmer l'événement ont été menacés physiquement."Cela a finalement été impossible de débarquer ici, en partie parce que ni les gardes-côtes ni la police ne sont intervenus", raconte le collaborateur de MSF. "Après cet incident, Médecins Sans Frontières a décidé de mettre fin à nos opérations de sauvetage autour de Lesbos. Notre sécurité ne pouvait tout simplement plus être garantie."Pour la Gantoise Vitse, c'est également allé plus loin que de simples cris. Sur le bateau de Vitse, il fut décidé de faire légèrement demi-tour en direction de la mer, pour évaluer la situation. "Il régnait surtout l'incrédulité, nous étions sous le choc", dit Vitse. Ils étaient à peine sortis du port qu'une tête brûlée parmi les pêcheurs a sauté dans son bateau pour les poursuivre. Avec son embarcation, il tournait autour du bateau. De ce fait, il produisait des vagues qui secouaient fortement le bateau. "Un moment, nous semblions sur le point de chavirer."Rapidement, un bateau des gardes-côtes grecs s'est approché. Mais là aussi, les autorités grecques semblaient ne pas pouvoir faire grand-chose pour éviter les problèmes. Ils ne venaient pas pour les secourir. Le pêcheur agressif avait lui-même averti la patrouille pour arrêter les écologistes. Ils ont été retenus en mer pendant trois heures. Lorsqu'ils essayaient de découvrir pourquoi ils étaient retenus, il ne recevaient pas de réponse claire. "Nous étions consternés", raconte Ien. "L'unique objectif de notre projet est de rendre l'île plus belle, et puis nous sommes traités de la sorte par la population et les autorités locales ?"Le porte-parole de la police de Lesbos a rapidement raccroché lorsque nous avons demandé une réaction sur ce que les bénévoles avaient traversé. Les gardes-côtes n'étaient également pas joignables pour des commentaires.Entre-temps, la mission écologique de Ien a reçu l'autorisation de poursuivre son travail. Maintenant, la question est de savoir comment les habitants vont réagir. "Nous ne prendrons par la mer demain, c'est sûr, nous devons laisser encore tout cela un peu décanter."Par Willem De Maeseneer, en Grèce. Il écrit pour le collectif de journalistes The Caravan's Journal.