Depuis l'adolescence et au fil de ses rencontres avec la police, LZ Granderson s'est forgé une carapace pour éviter de ressentir les émotions qui, sinon, le submergeraient et l'empêcherait de vivre. "Pour survivre", témoigne-t-il dans une carte blanche publiée dans le Los Angeles Times.
...

Depuis l'adolescence et au fil de ses rencontres avec la police, LZ Granderson s'est forgé une carapace pour éviter de ressentir les émotions qui, sinon, le submergeraient et l'empêcherait de vivre. "Pour survivre", témoigne-t-il dans une carte blanche publiée dans le Los Angeles Times. "Je ne me sentais pas bien le jour de la mort de George Floyd, raconte-t-il. Mon corps était tendu, mon estomac retourné, le mal de tête dont j'essayais de me débarrasser ne voulait pas partir. La plupart du temps, je choisis de refouler mes émotions. Mardi, j'ai décidé de briser ma carapace". Pour lui, la mort de George Floyd n'a pas été un choc, elle a simplement été la goutte qui a fait déborder le vase après des années de racisme. Il explique avoir appris à toujours être sur ses gardes quand il sortait de chez lui. À la lecture de son témoignage, on comprend aisément pourquoi. "J'avais 12 ans lorsqu'un policier a pointé son arme sur ma tête alors que son genou écrasait mon dos. On m'avait envoyé au magasin pour acheter une bouteille de lait. Je suis rentré chez moi traumatisé. Lorsque l'officier m'a mis les menottes, il a dit que je ressemblais à un suspect de cambriolage qu'il recherchait."Même scène 10 ans plus tard. "On m'a dit la même chose lorsque j'ai été arrêté et menotté, alors que j'étais un jeune journaliste tout juste sorti des études. L'officier m'a demandé ce que je faisais dans le quartier. Quand je lui ai dit que j'y vivais, il a refusé de croire que j'en avais les moyens." Les années ont passé, mais LZ Granderson continue de vivre la même expérience. "Dans la trentaine, peu après avoir emménagé avec mon mari Steve dans sa banlieue du Michigan à majorité blanche, j'ai été arrêté et menotté. Un autre officier m'a alors dit que je "ressemblais à quelqu'un"." Ces exemples ne sont qu'une partie de ses interpellations à cause de sa couleur de peau. Le journaliste se dit lassé d'être continuellement obligé d'écrire sur le racisme. "Et pour ceux d'entre vous qui sont fatigués de lire des textes sur le racisme, je suis fatigué des corps noirs et bruns tués par le racisme", dit-il. "Parfois, vous avez juste envie conduire et de ne pas être stressé quand vous croisez une voiture de police. Parfois, vous vous demandez ce que c'est que d'échouer, au lieu de travailler deux fois plus dur pour être considéré comme deux fois moins bon. Parfois, vous ne voulez pas avoir à choisir entre refouler et vous laisser submerger par vos émotions. Parfois, vous voulez juste être vous-même", écrit-il.Un soir, termine-t-il, alors qu'il partait de chez lui en voiture pour aller à la pharmacie, une voiture de police l'a suivi. "Peu de temps après, j'étais entouré de plusieurs voitures de police - lumières clignotantes, des armes à feu pointées sur moi". Depuis sa voiture, il a alors téléphoné à son petit ami blanc resté à la maison. "Au début, il n'a pas compris l'urgence, mais je lui ai dit que s'il ne venait pas, il y avait un risque que je sois tué", raconte-t-il. Son petit ami l'a alors identifié comme le propriétaire de la maison et il a été autorisé à rentrer chez lui. Le policier avait cru en le voyant sortir de la maison, qu'il avait volé la voiture. "Encore aujourd'hui, je plaisante avec Steve en lui disant que, bien qu'il ait toujours su qu'il était avec un homosexuel, c'est cette nuit-là qu'il a compris qu'il sortait avec un Noir."Il s'agit d'une anecdote dont il est capable de rire les jours où il endosse sa carapace, mais c'est aussi le moment le plus effrayant de sa vie, les jours où il arrive à faire face à ses émotions.