Les partis traditionnels y ont été supplantés par une formation de création récente (2011), à l'image, en France, de la République en marche. Un mouvement d'extrême droite y a réalisé une percée significative, à l'instar, il y a quelques semaines, de l'AfD en Allemagne et du FPÖ en Autriche. Un richissime homme d'affaires s'appuyant sur des médias populaires s'apprête à en diriger le gouvernement sur le modèle de Silvio Berlusconi devenu, en 1994 déjà, président du Conseil italien.
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Les partis traditionnels y ont été supplantés par une formation de création récente (2011), à l'image, en France, de la République en marche. Un mouvement d'extrême droite y a réalisé une percée significative, à l'instar, il y a quelques semaines, de l'AfD en Allemagne et du FPÖ en Autriche. Un richissime homme d'affaires s'appuyant sur des médias populaires s'apprête à en diriger le gouvernement sur le modèle de Silvio Berlusconi devenu, en 1994 déjà, président du Conseil italien. Leader du parti vainqueur, Andrej Babis correspond exactement aux critères de cette tendance qui voudrait que les politiques ont fait leur temps et que, face à l'impuissance à lutter contre le chômage et la paupérisation, rien ne vaudrait le recours à des managers (comme l'analysait un dossier du Vif/L'Express du 22 septembre). Le formateur désigné par le président tchèque Milos Zeman ne s'en cache pas : il entend diriger l'Etat comme il a géré ses entreprises. Son passage dans le gouvernement sortant en tant que ministre des Finances n'a pas démenti ses compétences. Mais il a exposé Andrej Babis à de possibles conflits d'intérêts. La solution entrepreneuriale de gouvernement a aussi ses limites, dont la verticalité de la décision n'est sans doute pas la moindre à l'heure où, dans la crise entre Madrid et Barcelone par exemple, beaucoup s'accordent à juger qu'un peu plus de sens politique serait bienvenu. A ces éléments que la scène politique tchèque partage avec des gouvernements d'Europe de l'Ouest, il convient d'en ajouter qui s'avèrent plus spécifiques à une Europe centrale où se conjuguent le plus souvent droite nationaliste et extrême droite. Le refus de la moindre ouverture sur la question des migrants, une forme de préférence nationale absolue au détriment de la coopération européenne (bien que la France, après l'accord du 23 octobre sur les travailleurs détachés, ait cru pouvoir démentir une opposition entre un " bloc de l'Est " et un " bloc de l'Ouest "), et la tentation d'une limitation des droits et des libertés caractérisent les politiques actuelles de la Pologne, de la Hongrie et, dans une moindre mesure, de la Slovaquie. En fonction de l'alliance qu'il privilégiera pour former son gouvernement à Prague, Andrej Babis, que l'on sait opposé à l'euro mais pas à l'Union européenne, orientera peu ou prou le vent d'euroscepticisme qui souffle sur ces anciens pays communistes. Acquis au libéralisme économique, dont ils ont profité grâce au soutien de l'UE, ils peinent encore, vingt-cinq ans après leur sortie du giron soviétique, à se conformer aux règles du libéralisme politique. En vertu de ce constat, d'aucuns redoutent l'émergence d'une nouvelle démocratie " illibérale " en République tchèque sur le modèle de l'expérience hongroise de Viktor Orban. L'essayiste américain Fareed Zakaria a avancé cette théorie dès 1997 pour caractériser un système politique qui n'est plus tout à fait une démocratie mais pas encore une dictature. Sachant que la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, la Russie de Vladimir Poutine ou la Chine de Xi Jinping, qui postule à une hégémonie mondiale, tendent, au départ de systèmes différents, à copier ce processus, il n'est pas absurde de prédire que l'internationale de l'" illibéralisme " a un certain avenir devant elle. Une évolution qui a de quoi sérieusement inquiéter sur la marche du monde.