Alie Brahim n'a pas dormi et n'a pas mangé depuis deux jours. Ce membre de l'opposition syrienne joint hier soir par Le Vif.be n'en a pas eu le temps. Militant de la première heure contre le régime de Bashar al-Asad, il participe à la coordination de l'aide humanitaire à Madaya, ville de 40 000 habitants située à une quarantaine de kilomètres de Damas, près de la frontière libanaise. Comme tous les habitants de Madaya, Alie Brahim vit en état de siège depuis le mois de juillet. Madaya selon lui n'est ni plus ni moins qu'un "ghetto". Prévu dimanche, le convoi du Comité international de la Croix Rouge (CICR) et de ses partenaires le Croissant Rouge syrien et les Nations unies est finalement arrivé au compte-gouttes lundi après-midi. Dans la soirée, seuls quatre camions sur un total de 40 avaient commencé à décharger la marchandise: des rations comprenant riz, sucre, différents types de haricots secs et en conserve, du boulgour et de l'huile, des couvertures, du matériel médical et de l'eau.
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Alie Brahim n'a pas dormi et n'a pas mangé depuis deux jours. Ce membre de l'opposition syrienne joint hier soir par Le Vif.be n'en a pas eu le temps. Militant de la première heure contre le régime de Bashar al-Asad, il participe à la coordination de l'aide humanitaire à Madaya, ville de 40 000 habitants située à une quarantaine de kilomètres de Damas, près de la frontière libanaise. Comme tous les habitants de Madaya, Alie Brahim vit en état de siège depuis le mois de juillet. Madaya selon lui n'est ni plus ni moins qu'un "ghetto". Prévu dimanche, le convoi du Comité international de la Croix Rouge (CICR) et de ses partenaires le Croissant Rouge syrien et les Nations unies est finalement arrivé au compte-gouttes lundi après-midi. Dans la soirée, seuls quatre camions sur un total de 40 avaient commencé à décharger la marchandise: des rations comprenant riz, sucre, différents types de haricots secs et en conserve, du boulgour et de l'huile, des couvertures, du matériel médical et de l'eau. En arrivant dans Madaya, ville contrôlée par les rebelles et encerclée par le régime syrien appuyé par le Hezbollah libanais, les travailleurs humanitaires ont confirmé l'état de détresse dans lequel se trouvaient ses habitants. Des images d'enfants émaciés et de cadavres aux corps décharnés circulaient sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, sans que celles-ci puissent être authentifiées par une source indépendante. Des récits de famine, de prix exorbitants pour la moindre denrée, comme le kilo de riz à 250 dollars, de personnes obligées de manger de la "soupe d'herbe", des plantes et des feuilles d'arbre pour survivre, avaient ému la communauté internationale. Le personnel soignant de la ville, soutenu par Médecins sans Frontières (MSF), disait avoir recensé 28 décès liés à la faim. "Nous avions du mal à déterminer si ce que nous voyions était fabriqué ou exagéré. Tristement, ce ne l'était pas. Ce sont des histoires vraies venant de Madaya", a déclaré Yacoub el Hillo, coordinateur humanitaire des Nations unies lors d'un point de presse sur place lundi soir. Environ 400 personnes "en grand danger de mort" souffrant de malnutrition ou "d'autres problèmes médicaux" devaient être évacuées au plus vite, a fait savoir l'ONU mardi matin.En échange de la levée temporaire du blocus sur Madaya, Bashar al-Assad a obtenu un geste similaire de la part des rebelles qui tiennent les localités chiites de Foua et de Kefraya, soit environ 20 000 personnes, dans la province d'Idleb, au nord-ouest de la Syrie. Pour une quarantaine de camions autorisée à franchir les checkpoints du Hezbollah à Madaya, une vingtaine devait aller ravitailler les combattants du régime et les civils à Foua et Kafraya. "Il s'agit d'une opération énorme et complexe, car elle doit être synchronisée entre Madaya, Kefraya et Foua", expliquait vendredi Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix Rouge à Damas. Un marchandage macabre qui fait de la vie des civils une monnaie d'échange. Assiéger une population civile avec pour objectif de l'affamer est d'ailleurs un crime de guerre, a rappelé dans la nuit de lundi à mardi l'ambassadeur espagnol Roman Ozargun Marchesi lors d'une réunion du Conseil de Sécurité de l'ONU à New York. Plusieurs organisations humanitaires, comme CARE international et Oxfam, le secrétaire d'Etat américain John Kerry, la Grande-Bretagne et la France, réclament eux un accès humanitaire complet et durable à toutes les villes assiégées en Syrie. "L'opération devrait se prolonger pendant quelques jours. C'est une ouverture très positive, mais il ne faut pas en rester à une seule distribution. On doit avoir un accès régulier à ces zones", déclare Marianne Gasser, qui dirige le CICR en Syrie. La création d'un corridor humanitaire donnant accès aux zones assiégées de Syrie est l'une des conditions posées par l'opposition syrienne avant des pourparlers prévus le 25 janvier au siège européen des Nations unies Genève. A Madaya, Alie Brahim acquiesce : "l'ONU devrait faire la différence entre les civils et les forces armées". Plus vite dit que fait, quand les combattants pro-gouvernementaux et les groupes rebelles se mélangent aux populations locales. Originaire de la localité voisine de Zabadani, ancien bastion de la révolution, le jeune rebelle reconnaît que le futur est incertain : "Dans un mois, que va-t-il se passer ? Est-ce que l'on va à nouveau mourir de faim ?". Mais celui-ci n'a aucune intention de "rendre les armes" : "Je ne baiserai pas les bras. Si je devais abandonner, je ne me serais jamais engagé dans la révolution", dit-il, avant de retourner décharger des vivres. Propos recueillis par Stéphanie Fontenoy avec l'aide de Mahmoud Bitar @MahmoudBitar1