Dans un monde "glocalisé" de plus en plus régi par la justice personnelle et le retour au bilatéralisme, les Nations-Unies semblent faire désormais pâle figure. Elles sont globalement impuissantes et se contentent d'émettre des rapports, dont il est souvent difficile de mettre en place quelconque sanction par la suite. Ce serait facile de faire une croix sur l'ONU puisque jamais il n'y a eu autant de conflits intraétatiques, de crises politiques, de drames humanitaires, de guerres ouvertes sans fin, et l'avènement des grands populismes récents de l'Amérique, en passant par l'Amérique du Sud et l'Asie sont une puissante étincelle à ce choc des civilisations qui se dessine petit à petit et que nous avons voulu éviter.

Quid après Khashoggi ? Rien

Que dire de l'affaire Khashoggi, après les dernières révélations de l'enquête indépendante de l'ONU ? Selon le rapporteur spécial Agnès Callamard, l'Arabie saoudite est responsable de la "mort extra-judiciaire" de Kamal Khashoggi en octobre 2018 à l'ambassade saoudienne à Istanbul. Ce meurtre était, également selon elle, bien un acte prémédité. Qui peut encore nier, après l'accumulation de preuves, la possession de vidéos de surveillances côté turc, et la haine farouche connue qui existait entre MBS et le journaliste d'opposition Khashoggi ? Pourtant, même le procureur général saoudien avait reconnu que la mort n'avait pas été accidentelle, et que la responsabilité semblait désigner tout droit la garde personnelle... du Prince Héritier. Quid alors ? Rien. Car cette liquidation, pourtant sur un sol étranger, ne semble pas déroger à la nouvelle règle du non-droit international qui prévaut chez les Occidentaux et ses alliés, supposés chantres du multilatéralisme: le retour de l'arbitraire comme celui du fait du prince pour principe politique et la liquidation pure et simple sans représailles juridiques.

Un nouveau système international "d'hommes à hommes"

L'arrivée de Donald Trump en 2016 à la Maison Blanche a marqué un tournant dans ce nouveau système international : le Président américain a fini de balayer toute dernière culpabilité de la communauté internationale face à son impuissance depuis des années. Au pire, on peut se passer des Nations-Unies, de l'OTAN, de l'UE, du droit international, au mieux on doit. Il n'est plus besoin de passer par le système géopolitique et juridique issu de la Seconde guerre mondiale face à un Etat ou une personne. L'Etat de nature semble même vanté. Le retour à la justice punitive, comme la multiplication des fake news, mais également le retour du bilatéralisme "d'homme à homme" semble faire petit à petit religion. Trump a décidé d'isoler seul l'Iran et c'est le monde qui pâtit tout comme MBS a décider de blacklister le Qatar, et c'est toute la région du Golfe et du Conseil de Coopération du Golfe qui se vide d'une de ses missions premières : la stabilité et la sécurité.

Dans un monde "glocalisé" de plus en plus régi par la justice personnelle et le retour au bilatéralisme, les Nations-Unies semblent faire désormais pâle figure.

L'Arabie Saoudite en roue libre

Car l'Arabie Saoudite, avec ou sans Khashoggi, reste avant tout le premier allié des USA dans la région, le nouveau partenaire idyllique d'Israël, et le fer de lance de l'axe de résistance saoudo-émirato-israélo-américain contre le seul ennemi qui vaille selon eux : l'Iran. Depuis des mois, Riyad a cherché à détourner l'attention de sa guerre calamiteuse au Yémen, du blocus illégal du Qatar et de la mort du journaliste du Washington Post, en pointant du doigt Téhéran qui n'est pas tout blanc non plus. Et malgré une image désastreuse, une impunité totale, Mohamed Ben Salmane continue à être, avec son mentor émirati Mohamed Ben Zayed, le nouveau héros de Washington. La région dérive vers un risque d'embrasement majeur ou les Nations-Unies ne pourront bientôt plus rien, comme ce fut le cas en Syrie, que ça continue d'être en Libye, et que cela pourrait rapidement survenir au Soudan. Et la perspective de réélection de Trump en 2020 n'augure aucun changement en faveur de la démocratie et du droit international. Pire : tous les objectifs sont désormais braqués sur l'Iran, qui peut basculer demain dans une nouvelle guerre, pire que celle qu'il a connu pendant 8 ans en 1980 avec l'Irak que nous soutenions. Et pire pour nous aussi, Européens, qui connaissons les risques en matière de sécurité énergétique mais également des Etats.

Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l'OMAN (UQAM Montréal) et du CPRMV (Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence/ Montréal), auteur de l'ouvrage "Pays du Golfe, les dessous d'une crise mondiale" (2019, Armand Colin)

Dans un monde "glocalisé" de plus en plus régi par la justice personnelle et le retour au bilatéralisme, les Nations-Unies semblent faire désormais pâle figure. Elles sont globalement impuissantes et se contentent d'émettre des rapports, dont il est souvent difficile de mettre en place quelconque sanction par la suite. Ce serait facile de faire une croix sur l'ONU puisque jamais il n'y a eu autant de conflits intraétatiques, de crises politiques, de drames humanitaires, de guerres ouvertes sans fin, et l'avènement des grands populismes récents de l'Amérique, en passant par l'Amérique du Sud et l'Asie sont une puissante étincelle à ce choc des civilisations qui se dessine petit à petit et que nous avons voulu éviter. Quid après Khashoggi ? RienQue dire de l'affaire Khashoggi, après les dernières révélations de l'enquête indépendante de l'ONU ? Selon le rapporteur spécial Agnès Callamard, l'Arabie saoudite est responsable de la "mort extra-judiciaire" de Kamal Khashoggi en octobre 2018 à l'ambassade saoudienne à Istanbul. Ce meurtre était, également selon elle, bien un acte prémédité. Qui peut encore nier, après l'accumulation de preuves, la possession de vidéos de surveillances côté turc, et la haine farouche connue qui existait entre MBS et le journaliste d'opposition Khashoggi ? Pourtant, même le procureur général saoudien avait reconnu que la mort n'avait pas été accidentelle, et que la responsabilité semblait désigner tout droit la garde personnelle... du Prince Héritier. Quid alors ? Rien. Car cette liquidation, pourtant sur un sol étranger, ne semble pas déroger à la nouvelle règle du non-droit international qui prévaut chez les Occidentaux et ses alliés, supposés chantres du multilatéralisme: le retour de l'arbitraire comme celui du fait du prince pour principe politique et la liquidation pure et simple sans représailles juridiques. Un nouveau système international "d'hommes à hommes"L'arrivée de Donald Trump en 2016 à la Maison Blanche a marqué un tournant dans ce nouveau système international : le Président américain a fini de balayer toute dernière culpabilité de la communauté internationale face à son impuissance depuis des années. Au pire, on peut se passer des Nations-Unies, de l'OTAN, de l'UE, du droit international, au mieux on doit. Il n'est plus besoin de passer par le système géopolitique et juridique issu de la Seconde guerre mondiale face à un Etat ou une personne. L'Etat de nature semble même vanté. Le retour à la justice punitive, comme la multiplication des fake news, mais également le retour du bilatéralisme "d'homme à homme" semble faire petit à petit religion. Trump a décidé d'isoler seul l'Iran et c'est le monde qui pâtit tout comme MBS a décider de blacklister le Qatar, et c'est toute la région du Golfe et du Conseil de Coopération du Golfe qui se vide d'une de ses missions premières : la stabilité et la sécurité. L'Arabie Saoudite en roue libreCar l'Arabie Saoudite, avec ou sans Khashoggi, reste avant tout le premier allié des USA dans la région, le nouveau partenaire idyllique d'Israël, et le fer de lance de l'axe de résistance saoudo-émirato-israélo-américain contre le seul ennemi qui vaille selon eux : l'Iran. Depuis des mois, Riyad a cherché à détourner l'attention de sa guerre calamiteuse au Yémen, du blocus illégal du Qatar et de la mort du journaliste du Washington Post, en pointant du doigt Téhéran qui n'est pas tout blanc non plus. Et malgré une image désastreuse, une impunité totale, Mohamed Ben Salmane continue à être, avec son mentor émirati Mohamed Ben Zayed, le nouveau héros de Washington. La région dérive vers un risque d'embrasement majeur ou les Nations-Unies ne pourront bientôt plus rien, comme ce fut le cas en Syrie, que ça continue d'être en Libye, et que cela pourrait rapidement survenir au Soudan. Et la perspective de réélection de Trump en 2020 n'augure aucun changement en faveur de la démocratie et du droit international. Pire : tous les objectifs sont désormais braqués sur l'Iran, qui peut basculer demain dans une nouvelle guerre, pire que celle qu'il a connu pendant 8 ans en 1980 avec l'Irak que nous soutenions. Et pire pour nous aussi, Européens, qui connaissons les risques en matière de sécurité énergétique mais également des Etats.Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l'OMAN (UQAM Montréal) et du CPRMV (Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence/ Montréal), auteur de l'ouvrage "Pays du Golfe, les dessous d'une crise mondiale" (2019, Armand Colin)