Le moins que l'on puisse dire, c'est que leurs destins sont différents. Radicalement. Même s'il a (trop) souvent été évoqué comme étant exemplatif d'une certaine fortune posthume, on ne résiste pas à commencer par celui de Vivian Maier (New York, 1926 - Chicago, 2009). L'histoire est belle. La plupart de son existence d'adulte, Maier l'a passée en travaillant en tant que nounou. Son temps libre? Elle l'occupait...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que leurs destins sont différents. Radicalement. Même s'il a (trop) souvent été évoqué comme étant exemplatif d'une certaine fortune posthume, on ne résiste pas à commencer par celui de Vivian Maier (New York, 1926 - Chicago, 2009). L'histoire est belle. La plupart de son existence d'adulte, Maier l'a passée en travaillant en tant que nounou. Son temps libre? Elle l'occupait en circulant dans les rues, son Rolleiflex, format carré autour du cou. Une véritable obsession car, du début des années 1950 jusqu'au milieu des années 1990, cette pure autodidacte a constitué en toute liberté un incroyable butin condensant l'Amérique urbaine de la seconde moitié du XXe siècle à la faveur d'environ 100 000 photos, d'innombrables films documentaires et d'une série d'enregistrements audio. C'est après la découverte fortuite d'une boîte de négatifs qu'un historien, John Maloof, s'est employé à rassembler et promouvoir cette oeuvre unique. De son côté Stephan Vanfleteren (Courtrai, 1969) a tout de la gloire nationale. Qu'il s'agisse de personnalités notoires (Spike Lee, Vanessa Paradis, Pedro Almodovar...) ou de vies minuscules, gueules impayables dégotées au bistrot du coin, Vanfleteren immortalise avec la même aura. Nourri à la photographie de presse - ses reportages sont parus dans le Morgen entre 1993 et 2009 - son travail s'affiche comme une référence indépassable. En dépit de tout ce qui les sépare, les oeuvres de Maier et Vanfleteren se répondent par-delà les biographies. Chez l'une et l'autre, ce qui est en jeu, c'est ce goût pour la rue et son caractère imprévisible. Le troublant rapprochement opéré par la galerie Fifty One ouvre les yeux sur ces convergences et ces échos qui subsistent dans une silhouette, le corps d'un enfant, un couvre-chef ou des traits fatigués. Elles disent le talent de deux photographes capables d'aller au-delà des apparences pour prendre le pouls de la vie urbaine comme elle va.