Les missiles américains qui ont manqué leur cible ont provoqué la condescendance de certains. L'attaque américaine aurait été trop précipitée et aurait causé peu de dégâts à l'armée gouvernementale syrienne. C'est peut-être le cas, mais les missiles ont envenimé les relations américaines avec la Chine et la Russie. C'est encore une mauvaise nouvelle. À court terme, la réaction de Pékin et Moscou est moins virulente que prévu. À plus long terme, cet incident aggravera la méfiance, rapprochera la Chine et la Russie et accélérera la surenchère militaire.
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Les missiles américains qui ont manqué leur cible ont provoqué la condescendance de certains. L'attaque américaine aurait été trop précipitée et aurait causé peu de dégâts à l'armée gouvernementale syrienne. C'est peut-être le cas, mais les missiles ont envenimé les relations américaines avec la Chine et la Russie. C'est encore une mauvaise nouvelle. À court terme, la réaction de Pékin et Moscou est moins virulente que prévu. À plus long terme, cet incident aggravera la méfiance, rapprochera la Chine et la Russie et accélérera la surenchère militaire.La réaction véhémente de Trump à l'utilisation de gaz toxique en Syrie n'est guère surprenante. Le nouveau président se targue de son style énergique. Il est aussi propre à la politique de grandes puissances que les nouveaux leaders démontrent leurs intentions au monde au moyen de pouvoir militaire. Dans le jargon, on appelle ça Signalling. Cela fait partie du jeu de pouvoir où les rivaux testent jusqu'où ils peuvent aller auprès du nouveau leader, ou s'ils peuvent profiter d'une plus grande complaisance ou s'ils doivent tenir compte d'une politique plus dure. Inversement, pour Trump c'est un devoir de bloquer ces tentatives. Il dit qu'il a voulu viser Bachar el-Assad, mais il a certainement estimé les effets de son opération à Pékin et à Moscou. Fondamentalement, il n'y a pas grand-chose qui change. Le lancement de missiles ne signifie pas du tout que Washington veuille se plonger dans le nid de guêpes syrien après la réticence de Barack Obama. Les Américains crieront peut-être un peu plus fort qu'Assad doit partir, mais pour un réaliste tel que le ministre de la Défense James Mattis, forcer un changement de régime avec une grande campagne militaire n'est pas envisageable. Le département de Défense a déjà souligné que la lutte contre l'EI demeure la tâche principale des États-Unis et c'est difficile s'il faut en même temps pourfendre les troupes du gouvernement de ce pays. Il n'est pas nouveau que l'Amérique fasse fi d'intérêts d'autres puissances telles que la Russie. Elle a refusé d'intégrer la Russie dans l'OTAN quand celle-ci en a fait la demande dans les années nonante. Elle a élargi l'OTAN jusqu'à la frontière russe. Elle a ignoré l'appel russe de ne pas intervenir en Serbie. Je ne me prononce pas sur le caractère justifié de cette décision. Il est clair que cela a irrité les Russes au plus haut degré et que Vladimir Poutine a réagi de façon de plus en plus virulente. Celui qui a du pouvoir l'utilise, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il entraîne les effets désirables. Dans ce cas-ci, il est clair pour les Russes et les Chinois que Trump ne se laisse pas marcher sur les pieds, mais les deux pays risquent plus que jamais de faire bloc contre le superpouvoir. Quelle que soit la superpuissance des forces américaines, l'association de matières premières russes et de l'industrie chinoise est redoutable. La Russie peut offrir le soutien à la Chine dont elle a besoin pour détrône l'Amérique dans une dizaine d'années. Si les Américains veulent vraiment continuer à dominer, ils feraient mieux de semer la discorde entre les deux, même si aujourd'hui, cela semble improbable. Je peux difficilement m'imaginer que les stratèges autour de Donald Trump ne sont pas conscients de ce dilemme. La question, c'est quelle stratégie est là derrière. L'objectif immédiat était d'empêcher Assad d'utiliser encore des armes chimiques et de montrer que l'Amérique respecte ses traités. Mais comment estime-t-elle les conséquences plus larges de l'attaque ? Les Américains augmentent-ils la pression sur les Russes pour les sortir d'un camp chinois à l'aide d'un deal ? Ont-ils l'intention d'exténuer les rivaux dans une nouvelle course aux armes ? Les deux calculs me semblent trop risqués. Une stratégie encore plus cynique consisterait à déstabiliser encore davantage les frontières maritimes de l'Eurasie, afin de les épuiser à coup de conflits régionaux autour de Corée du Nord par exemple. Quelle que soit la direction prise par l'Amérique, les enjeux deviennent de plus en plus importants.