Malgré sa santé fragile, Reiko Sato arpente vaillamment, tous les jours, les rues désertes de Yubari, une bourgade de 9 000 âmes de l'île d'Hokkaido. Le froid hivernal lui glace ses os d'octogénaire, mais elle n'a pas le choix : son mari est décédé et sa pension mensuelle de 730 euros lui permet à peine de survivre. Alors l'ex-conseillère en beauté enchaîne les petits boulots. Sa ville, ancienne " capitale du charbon ", accumule les records. C'est la plus âgée du Japon : un habitant sur deux a plus de 65 ans et on dénombre huit décès pour une naissance. Elle affiche par ailleurs la plus grosse dette de l'archipel depuis la fermeture de la dernière mine, en 1990. Mais elle prétend aussi être la cité japonaise la plus exemplaire. Son maire, le charismatique trentenaire Naomichi Suzuki - plus jeune élu du pays lors de sa première élection en 2011 -, a décidé de n'être rémunéré que 2 000 euros par mois, décrochant au passage le titre d'édile nippon le moins bien payé. Sa priorité : accompagner dignement ses vieux administrés dans leur fin de vie. A moins d'un changement radical, Yubari aura perdu deux tiers de ses habitants dans vingt-cinq ans.
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