Après quatre jours en Cisjordanie s'impose une conclusion provisoire. La question israélo-palestinienne ? Il n'y a pas de nouvelles - et c'est là la mauvaise nouvelle. Nous avons attendu aux checkpoints avec un groupe de journalistes. Nous avons rendu visite à des clans de Bédouins menacés par les colonies. Nous avons roulé sur des autoroutes à quatre voies où seules les plaques d'immatriculation jaunes ou israéliennes sont autorisées, alors qu'au loin les voitures aux plaques minéralogiques vertes et palestiniennes formaient de longues files pour le checkpoint suivant. Nous avons compté tant de murs, de barrières et de tours de guet que nous avons perdu notre sens de l'orientation. Nous n'y avons pas seulement rencontré des Palestiniens, mais aussi des activistes de droits de l'homme israéliens qui continuent à s'opposer obstinément à l'occupation de la Cisjordanie qui dure depuis cinquante ans, un engagement de plus en plus difficile dans un pays où l'opinion publique a pris un virage à droite. Nous n'avons pas pu nous enquérir du sentiment de ce gouvernement ou de l'opinion publique. Nous étions invités par Représentation européenne auprès de l'Autorité palestinienne. Intégrés à elle donc. Mais cela n'enlève rien, dans tous les sens du terme, aux murs que nous avons vus.
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Après quatre jours en Cisjordanie s'impose une conclusion provisoire. La question israélo-palestinienne ? Il n'y a pas de nouvelles - et c'est là la mauvaise nouvelle. Nous avons attendu aux checkpoints avec un groupe de journalistes. Nous avons rendu visite à des clans de Bédouins menacés par les colonies. Nous avons roulé sur des autoroutes à quatre voies où seules les plaques d'immatriculation jaunes ou israéliennes sont autorisées, alors qu'au loin les voitures aux plaques minéralogiques vertes et palestiniennes formaient de longues files pour le checkpoint suivant. Nous avons compté tant de murs, de barrières et de tours de guet que nous avons perdu notre sens de l'orientation. Nous n'y avons pas seulement rencontré des Palestiniens, mais aussi des activistes de droits de l'homme israéliens qui continuent à s'opposer obstinément à l'occupation de la Cisjordanie qui dure depuis cinquante ans, un engagement de plus en plus difficile dans un pays où l'opinion publique a pris un virage à droite. Nous n'avons pas pu nous enquérir du sentiment de ce gouvernement ou de l'opinion publique. Nous étions invités par Représentation européenne auprès de l'Autorité palestinienne. Intégrés à elle donc. Mais cela n'enlève rien, dans tous les sens du terme, aux murs que nous avons vus. Le but de cette rencontre intensive: démontrer pourquoi l'Europe continue à croire en la solution à deux états, et de quelles façons l'Union européenne contribue à la réalisation de cette solution prévue par les accords d'Oslo de 1993. Avec beaucoup d'argent, on peut déjà le dire. Chaque année, l'UE et les états membres injectent 1 milliard d'euros dans le développement des territoires palestiniens. Mais ce n'est pas là question. Après quatre jours, nous avons découvert un fil rouge : tous les Palestiniens, jeunes ou âgés, diplômés ou non, crachent sur Oslo. Ici, la foi en la solution à deux états est très faible. Mais là non, plus il n'y a rien de neuf. Et puis, le jeudi 12 octobre, sur la route de retour de Ramallah: dernière nouvelle ! Les mouvements palestiniens Fatah et Hamas ont conclu un accord au Caire ! Après dix ans de querelles intestines amères et sanglantes par moments, Ramallah et Gaza tentent de mettre fin à leur vendetta. Hamas, qualifié d'organisation terroriste par les États-Unis et l'Europe, cède la bande à l'autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. Il y aurait des élections dans l'année, les premières en onze ans. À Gaza, la réconciliation annoncée, qui offre l'espoir de meilleures conditions de vie, mènera à une fête populaire. Rien de tout cela à Ramallah, et nous nous y heurtons à beaucoup de scepticisme. Nos compagnons de voyage palestiniens, collaborateurs locaux de l'UE et journalistes, tous jeunes et diplômés de l'enseignement supérieur, ne sont guère enthousiastes. Choisir entre le Fatah et le Hamas ? Ils se moquent du fondamentalisme religieux, et ils qualifient le régime Fatah de corrompu et d'autoritaire. Le mois dernier, six journalistes critiques ont été arrêtés, nous apprend un photographe. "Il y a un problème énorme de légitimité", dit-il. "Les jeunes Palestiniens, c'est-à-dire la très grande majorité, ne se reconnaissent pas du tout dans la génération actuelle de leaders. Ils ne croient pas non plus à une solution à deux états. Tout ce qu'ils désirent, c'est une vie meilleure. C'est grave de le dire, mais beaucoup seraient même contents d'un statut analogue à celui des Palestiniens israéliens. Des citoyens de seconde zone, mais dans un état qui fonctionne."L'histoire des accords d'Oslo est connue. Suite notamment à l'assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin en 1995, le processus de paix déjà délicat s'est définitivement grippé. La subdivision provisoire revêt un caractère permanent. "Israël en a abusé en annexant toute la zone C de fait", déclare Jad Isaac. "Il y a déjà 700 000 colons, au rythme actuel il y en aura plus d'un million en 2020. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a octroyé et construit plus de colonies en 2016 qu'au cours de cinq années précédentes réunies." C'est devenu une tournée déprimante par moments. Nous avons visité Aida, un camp de réfugiés très mal situé dans un virage du mur de séparation. Pour compliquer encore la situation, il y a une route qui passe devant, aménagée pour les pèlerins juifs et les touristes qui se rendent à la tombe de Rachel, la femme du patriarche Jacob. Le camp, qui ne peut que croître vers le haut, est terriblement surpeuplé : il abrite 6000 réfugiés. À Aida, on entend parler du VENOM Launcher, une machine capable de tirer 60 bonbonnes de gaz lacrymogène par minute. On appelle ça on-lethal urban warfare (NDLR : guerre urbaine non létale). B'Tselem, une organisation de droits de l'homme israélienne, et UNWRA, l'agence de l'ONU responsable depuis 1949 des camps de réfugiés palestiniens, ne partagent pas cet avis. Les projectiles de gaz mal visés ont déjà fait plusieurs morts, et d'autres victimes ont péri asphyxiées par une concentration trop élevée. Nulle part ailleurs dans le monde, des personnes n'ont été exposées à des doses de gaz lacrymogène aussi élevées qu'à Aida. Aussi l'agence recommande-t-elle une étude sur les effets à long terme sur la santé. Il y a suffisamment d'occasions de servir de gaz lacrymogène, de balles en caoutchouc et de munitions 22 qualifiées de non mortelles. Les frustrations débouchent régulièrement en protestations et même pire. Une fois par semaine en moyenne, l'armée fait irruption pour des opérations "search and arrest" qui ne ménagent pas les enfants : le dernier examen du cinquième degré a été salement perturbé quand une grenade assourdissante et quelques bonbonnes de gaz lacrymogène ont traversé la fenêtre. Les services d'ordre palestiniens aussi en font chaque fois les frais. Leur impuissance face aux opérations israéliennes mine leur autorité. Notre arrêt à Hébron, la plus grande ville de Cisjordanie, où 800 colons sionistes religieux se sont installés sous la protection de 600 soldats, impressionne. Nous y conversons avec deux colons qui se targuent d'avoir félicité personnellement le soldat Elor Azaria juste après que ce dernier ait achevé un assaillant blessé au sol. Le plus jeune des deux pousse le bouchon jusqu'à couvrir notre accompagnatrice palestinienne, une toute jeune stagiaire, des pires insultes. Il ne fait pas de doute que la haine se déchaîne de l'autre côté aussi, mais ici c'est tout de même difficile de faire pire. Il y a eu aussi des moments porteurs d'espoir. À Tubas, au nord de la Cisjordanie, l'UE finance une installation qui doit purifier et recycler les eaux usées de 34 000 personnes. L'Europe fait d'une pierre deux coups, car de cette façon les provisions souterraines d'eau potable ne sont plus contaminées par les saletés qui s'infiltrent. Nael Ali Ahmad, ingénieur et responsable du projet, ne peut retenir quelques observations amères. Ainsi, il a dû redessiner tous les plans parce que quinze mètres de la construction empiétaient sur la limite non marquée entre la zone A et la zone C. Il a fallu creuser 70 000 mètres cubes à cause de ces harcèlements administratifs, qui ne se justifient pas aucun motif de sécurité. Il n'a pas pu cacher sa colère au sujet du système de zones. A, B ou C, cela lui est égal, c'est du terrain qui appartient aux Palestiniens. Mais quelle est la réalité ? Il est même interdit à l'Autorité palestinienne de forer un puits d'eau sans autorisation israélienne dans la zone A ! Oslo, monsieur ! Les négociateurs palestiniens, qui ne sont guère entravés par leurs connaissances hydrologiques et géologiques, ont été roulés en 1993. La conséquence, c'est que les Palestiniens doivent implorer à genoux de forer un puits. C'est exceptionnellement autorisé dans la petite nappe aquifère à l'ouest, la nappe beaucoup plus riche à l'est est exclusivement destinée à l'usage israélien. "la conséquence, c'est que pour l'approvisionnement nous dépendons totalement d'Israël", fulmine Ahmad. "Il nous font même payer plus - pour notre propre eau." Au retour, on traverse la fertile Vallée du Jourdain, tout à fait située en zone C. Que ce soit à gauche ou à droite, on ne voit pratiquement que des colonies israéliennes, des plantations de dattiers et les fortifications militaires. Difficile de croire que tout cela tombera un jour sous la souveraineté palestinienne. L'Europe est fort critiquée pour sa foi "naïve" en la solution à deux états, que depuis Trump les Américains ne se croient même plus obligés d'approuver. D'après les détracteurs les plus virulents, l'Europe se rend même complice de l'occupation en en portant les coûts. "Peut-être", propose un diplomate anonyme, mais haut placé. "Mais on peut aussi regarder les choses autrement : sans notre aide aux Palestiniens, la Cisjordanie aurait été irrévocablement annexée depuis longtemps."